Man on Fire (Tony Scott, 2004)

de le 13/09/2009
 
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Injustement décrié à sa sortie, le douzième film du cadet des frères Scott s’avère pourtant être un sommet dans sa carrière. En fait il n’avait rien fait d’aussi puissant depuis le génial True Romance qui était une sorte de parenthèse enchantée dans une carrière de simple faiseur efficace (et très rentable). Depuis la fin des années 90, début 2000, on pouvait constater chez Tony Scott comme une recherche tardive de son style à lui, plutôt habitué des productions impersonnelles. Il a entamé quelque chose d’intéressant sur Spy Game puis a trouvé ce style de clippeur fou sur son court métrage pour BMW, Beat the Devil, 10 minutes de folie furieuse avec Clive Owen, James Brown, Danny Trejo et Gary Oldman. Et bien entendu, avec l’opportunité de porter à l’écran une nouvelle adaptation de la nouvelle de A.J. Quinnell (déjà adaptée en 1987 par Elie Chouraqui avec Scott Glenn dans le rôle titre), c’est l’occasion d’utiliser ses expérimentations sur un long métrage. Une voie qu’il suivra jusqu’à l’extrême Domino, chef d’oeuvre de nawak hyper jouissif interdit aux épileptiques…

Seulement, là où le film de Chouraqui ne durait que 90 minutes, Scott en rajoute presque une heure! Broder sur 2h20 avec un scénario qui tient sur un post-it c’était plutôt risqué. Car Man on Fire n’est finalement rien d’autre qu’une histoire de vengeance, le portrait d’un tueur en pleine rédemption et qui va faire de sa dernière mission un chemin de croix violent. Le propos a de quoi choquer, ce type qui se réfugie dans l’alcool et dans la Bible, qui va reprendre les armes pour un ultime bain de sang, semant la mort dans sa propre interprétation de la justice divine. La morale est douteuse, mais pas plus que dans ce que le cinéma nous servait dans les années 70, des années bénies où le politiquement correct n’avait pas lieu d’être. Dans Man on Fire la justice officielle est corrompue jusqu’à l’os, c’est donc la justice personnelle qui prime, mieux que dans The Punisher, le film de Scott a ré-ouvert la voie à un genre qui sera un peu plus tard abordé par A Vif de Neil Jordan ou Death Sentence de James Wan.

Man on Fire vient donc se poser comme une alternative aux frustrés de l’adaptation (molle et édulcorée) du vigilante le plus violent issu d’un comics, le Punisher. Et c’est clair que toute la seconde partie renvoie le film de Jonathan Hensleigh au rayon des jolies histoires pour enfants. Le seul soucis c’est que Scott nous a rajouté cinquante minutes d’exposition avant… et c’est long, très long! Alors oui c’est nécessaire de créer un background au personnage de John Creasy, de lui donner une motivation valable pour la suite mais tout cela traîne en longueur alors que le générique d’intro (un modèle, comme tous ceux du réalisateur) nous promettait un rythme d’enfer d’entrée de jeu. Toute cette première partie pousse un peu trop sur les bons sentiments, si la mise en scène n’était pas aussi inspirée et énergique (ou irritante pour certains rabats-joie), ça serait d’un classicisme absolu…

D’ailleurs dans cette partie, Denzel Washington est d’une telle sobriété qu’il se fait voler la vedette sans trop de problèmes par une jeune Dakota Fanning (qui ferait mieux de retourner faire du vrai cinéma plutôt que de jouer dans les futures bouses Twilight 2 et 3… suites d’un des plus mauvais films de vampires de l’histoire du cinéma). Certes la relation entre Creasy et la petite Pita et mignonne tout plein, plutôt réaliste mais ça dégouline un peu trop… Heureusement, Fanning disparaît de l’écran au bout de cinquante minutes et on assiste enfin au film qu’on voulait voir! Après son enlèvement, Creasy semble être en vie pour une seule chose, la venger et semer la mort. Denzel Washington prend alors une toute autre allure, se révèle comme le bras armé de la justice et le film devient vraiment intéressant.

Et jusqu’à la fin on assiste médusé à une succession d’actes d’une barbarie et d’un sadisme qu’on ne soupçonnait pas. Pour résumer ce qui se passe à l’écran, rien de mieux qu’un phrase de Christopher Walken: « A man can be an artist at anything, food or whatever if you’re good enough at it. Creasy’s art is death, and he’s about to paint his masterpiece! »

Et c’est un peu ça. En véritable ange de la mort, Denzel Washington devient devant la caméra de Scott (les deux ont du mal à se séparer depuis) une icône de la vengeance, et ce sadisme, ce plaisir malsain à filmer des tortures et des mises à mort (ah la capsule avec la micro-bombe dans le rectum, quel plaisir!) a quelque peu dérangé le tout Hollywood et les bien-pensants… C’est pourtant un spectacle hyper jouissif comme on n’en voit que trop peu.

Revival des séries B hyper violentes made in 70’s, Man on Fire hérite en plus d’un casting quatre étoiles avec autour de Washington et Fanning les seconds rôles de Christopher Walken, Mickey Rourke, Radha Mitchell, Marc Anthony et Giancarlo Giannini. Scott filme le tout comme un gigantesque clip, même si on est encore loin du délire de Domino, utilise les filtres à profusion, vient incruster ses sous-titres à même l’image, superpose des images, use d’un montage ultra cut… à partir du moment où la machine est lancée, c’est tellement dopé à l’énergie pure que le film passe à toute allure.

Dommage qu’il y ait cette première partie aussi laborieuse car sans cela Tony Scott signait là son chef d’oeuvre. Reste que c’est une franche réussite, qui aurait certes mérité une bonne demi-heure de moins, mais qui est tellement généreuse et hard-boiled (classé R tout de même) dans sa seconde partie qu’on lui pardonne.

FICHE FILM
 
Synopsis

Le Mexique est en proie à une vague d'enlèvements sans précédent. Face au danger, certaines familles aisées engagent des gardes du corps pour assurer la protection rapprochée de leurs enfants. C'est dans ce contexte lourd de menaces que débarque à Mexico l'ancien agent de la CIA John Creasy. Appelé par son vieil ami Rayburn, ce dernier se voit proposer un job inattendu : bodyguard de la petite Pita Ramos, fille de l'industriel Samuel Ramos. La fillette, précoce, pleine de curiosité et de vitalité, insupporte John par ses questions personnelles. Pourtant, au fil des jours, Pita parvient à percer ses défenses. Après bien des années, celui-ci retrouve le goût de vivre. C'est alors que Pita est kidnappée. Bien que grièvement blessé, Creasy se lance à la poursuite des ravisseurs. Inflexible, il remonte la piste, se jurant de retrouver sa protégée.