Main dans la main (Valérie Donzelli, 2012)

de le 24/12/2012
 
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Avec La Guerre est déclarée, son second film, Valérie Donzelli frappait très fort. Si le film était très loin d’être parfait, parcouru d’erreurs grossières, pas très original dans sa relecture d’un sujet déjà traité dans Lorenzo, ponctué d’effets de style parfois ringards, il s’en dégageait pourtant quelque chose de puissant. Le problème de Main dans la main est qu’en plus d’être trop attendu, le film n’a plus de sujet pour construire quelque chose. Et si Valérie Donzelli progresse en tant que cinéaste, elle ne va pas nécessairement dans le bon sens et son film est une vraie déception.

Comment rebondir après un film-phénomène ? C’est exactement le problème qui s’est posé pour Valérie Donzelli qui a eu la bonne idée de repartir immédiatement en tournage. Le problème est qu’après un sujet si fort, elle préfère revenir à quelque chose de plus léger, dans la veine de son premier long métrage La Reine des pommes. L’expérience aidant, elle fait preuve d’une réelle évolution dans sa façon d’aborder le cinéma, notamment à travers sa mise en scène, mais échoue à transmettre à nouveau sa passion. Et ce pour de nombreuses raisons. Tout d’abord, c’est la troisième fois qu’elle consacre un film à sa relation fusionnelle avec Jérémie Elkaïm. Elle a beau le filmer dans une histoire avec Valérie Lemercier, elle peine à masquer que le véritable sujet c’est elle, même lorsqu’elle se donne le rôle de la sœur. Donc à moins d’avoir une passion pour cette histoire d’amour dont ni l’un ni l’autre ne parvient à se défaire, il est bien difficile pour le spectateur de se passionner pour un propos aussi nombriliste. Sur ce point, Valérie Donzelli tombe dans les travers d’un cinéma d’auteur qui tourne en rond depuis 50 ans, ne trouvant jamais de meilleur sujet que lui-même.

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Outre cette fâcheuse tendance à l’autocélébration, les scories d’une nouvelle vague non digérée viennent également gâcher la fête de la pire des façons. Musique ringarde, acteurs qui ne dénoteraient pas sur les planches d’un théâtre (où ils pourraient presque être taxés d’avancer en surjeu) et surtout, utilisation d’une voix off insupportable pour souligner la moindre des actions que tout le monde avait bien compris en regardant les images. Un goût de la redite dans le cadre et sur tout le film, qui laisse penser que malgré tous ses défauts bien évidents, La Guerre est déclarée était avant tout un heureux alignement de planètes plutôt qu’un quelconque coup de génie. Sans sujet fort, Valérie Donzelli voit son cinéma s’effriter, alors que paradoxalement il semble s’affirmer et se professionnaliser en quelque sorte. Sauf que le côté très amateur et bordélique de La Reine des pommes servait le film qui ne se prenait pas au sérieux et avançait tête baissée. Main dans la main transpire beaucoup plus le sérieux, sans pour autant que cette maîtrise de plus en plus présente ne serve vraiment les choses. Sacré paradoxe qui doit beaucoup à l’artificialité du film au final. Ni drôle ni émouvant, Main dans la main ne peut provoquer qu’un désintérêt poli, lorsque les petits trucs ringards ne viennent pas tout simplement agacer le spectateur. Le pire étant bien entendu cette narration en voix off absolument détestable tant elle représente à elle seule ce que le cinéma français ne devrait plus jamais faire pour espérer avancer. Cet effet tuant la narration, il n’y a plus qu’à attendre la petite idée qui dynamiterait tout ça, le petit coup de folie qui ferait que le film s’élève, sauf qu’il n’arrive jamais et avance avec sa partition bien connue d’œuvre nombriliste et impersonnelle à la fois, plombée par son héritage régurgité sans la moindre forme de digestion. On assiste ainsi à un ballet très linéaire bâti autour d’une seule idée : un couple qui ne peut pas se séparer, littéralement, et qui va passer la majeure partie du récit à se suivre et faire les mêmes gestes. Un élément burlesque jamais utilisé à sa juste mesure, simple gimmick qui peine à cacher le vrai sujet : le vrai couple qui ne peut pas se séparer est ailleurs, et ce sujet est tellement peu intéressant…

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Le fait est que cet élément burlesque n’est finalement qu’un vulgaire dérivé du lien qui unissait les couples errants dans Dolls de Takeshi Kitano, et qu’un symbole puissant et poétique se transforme tout à coup en vecteur de gags pouet-pouet pas très drôles. Il y a bien quelques séquences plutôt amusantes : un enterrement surréaliste, une démonstration de danse qui provoque le malaise… mais globalement on trouve peu de matière à rire, ou tout simplement à être ému d’une quelconque façon. Jérémie Elkaïm continue de dérouler son numéro habituel, dévoilant une palette de jeu des plus limitées, tandis que les seconds rôles habituels et quelques nouveaux invités peinent à exister dans le cadre. Le principal intérêt de l’exercice se situe du côté de Valérie Lemercier, évidemment. Peu importe la médiocrité des films dans lesquels elle apparait, elle y rayonne toujours autant et porte l’essentiel du pouvoir de séduction que peut dégager Main dans la main. A sa présence s’ajoute bien entendu une bande son à la fois terriblement ringarde et hautement contagieuse, du genre à être immédiatement insupportable mais à se greffer durablement. Quelques éléments qui viennent apporter un maigre intérêt, mais l’évolution de la mise en scène de Valérie Donzelli, claire et nette, mérite mieux que ce tout petit film inoffensif et très oubliable pour s’exprimer. Une belle déception donc, pour un film malade, cathartique et dont on reste inéluctablement à distance. Mais parait-il qu’il s’agit (enfin) de la fin d’un cycle…

FICHE FILM
 
Synopsis

Quand Hélène Marchal et Joachim Fox se rencontrent, ils ont chacun des vies bien différentes. Hélène dirige la prestigieuse école de danse de l’Opéra Garnier, Joachim, lui, est employé d’un miroitier de province.
Mais une force étrange les unit. Au point que, sans qu’ils puissent comprendre ni comment, ni pourquoi, ils ne peuvent plus se séparer.