Magic Mike (Steven Soderbergh, 2012)

de le 26/08/2012
 
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Dans son vaste projet de relecture de tous les genres hollywoodiens, Steven Soderbergh s’attaque cette fois à un mélange entre le film de danse et le film de « protégé », entre Coyote Girls, Showgirls et Wall Street desquels il part pour sonder l’Amérique des désillusions. Beaucoup plus chaleureux que ses derniers films, Magic Mike réussit sur le mode du divertissement cool sans pour autant creuser ce qu’il avait de plus passionnant.

Avant sa retraite, Steven Soderbergh souhaite sans doute aborder tous les genres qui ont fait, font ou feront le cinéma, cela semble évident. Avec Magic Mike il continue dans la légèreté et la désinvolture qui, cette fois, collent plutôt bien au sujet. Ou au moins à une partie du sujet. Car cette fois Soderbergh ne cherche pas à révolutionner quoi que ce soit, on est dans un pur produit qui n’a d’autre prétention que de détourner un des codes du cinéma américain des années 90/2000 avec des filles qui vont vivre leur version du rêve américain en devant de déshabiller pour gagner leur croûte. Sauf que cette fois, les filles ce sont des hommes qui utilisent leur corps comme objet de fantasme et source de revenus, et le fait que ce soit un homme qui les filme permet d’éviter toute l’aigreur féministe coulant de plusieurs décennies machistes. Steven Soderbergh réussit plutôt bien son coup mais essentiellement lorsqu’il arrête d’essayer de raconter quelque chose. Magic Mike est formidable dans le futile et dans le spectacle, il l’est beaucoup moins quand il s’agit d’ausculter la gueule de bois économique que traversent les États-Unis ou de construire un semblant d’intrigue.

Le cinéma de Steven Soderbergh tend depuis quelques temps vers l’épure totale, sa façon à lui de réinventer la roue. Il le fait à tel point qu’il en est venu à légèrement oublier le spectateur. Fort heureusement il essaye dans Magic Mike de ramener un souffle de vie à sa mise en scène et à son récit écrit par Reid Carolin d’après une idée de Channing Tatum, qui a fréquenté l’univers du striptease pendant quelques mois. Mais il reste sur la retenue, définitivement guéri du bling-bling outrancier de sa série des Ocean’s. Dans Magic Mike, il foire deux choses qui auraient justement mérité un dégraissage. Tout d’abord il y a ces personnages, Mike et Adam, qui représentent un certain état des lieux de l’Amérique. Une dizaine d’années les séparent et ils vivent dans le même cycle de précarité. Au pays de l’investissement, celui qui n’est payé qu’en cash ne pourra jamais s’élever. La scène de la banque ou les nombreuses allusions à la multiplications des activités de Mike sont édifiantes pour mettre le doigt sur ce qui ne tourne pas rond au sein de ce système. Sauf que Steven Soderbergh ne développe aucun de ces points, pas plus que celui de la grande désillusion au moment de la trentaine, la perte des rêves, le retour de flamme du monde réel. Tous ces thèmes passionnants sont effleurés seulement, car le réalisateur ne s’y intéresse finalement pas, ou s’imagine que leur simple évocation suffira au spectateur. On peut surtout y voir une certaine paresse, tout comme dans la pastiche d’intrigue convenue du jeune con qui s’engage dans un milieu plein de paillettes et va se retrouvé mêlé tout d’un coup à un trafic d’exstasies. Visiblement Steven Soderbergh n’en a rien à faire et expédie tout ça en 3-4 scènes ratées qui ne servent absolument à rien. Plus largement il ne semble pas porter plus d’intérêt que cela à tout ce qui se situe en dehors du club de striptease, avec toutes ces séquences en extérieur qui prennent une teinte jaune pisse du plus mauvais goût. Et c’est quand il ne raconte rien qu’il touche à une certaine grâce, quand il se pose de façon old school dans le club et fait défiler les corps musclés de ses acteurs.

Les shows, sérieusement chorégraphiés, sont clairement la grosse attraction de ce petit film. Steven Soderbergh sait les filmer, les monte à l’ancienne, sans cesse à la recherche d’une forme de sublimation. Et ça fonctionne. Le potentiel érotique de la chose est assez net et on assiste à de véritables numéros de danse qui ne racontent rien mais touchent au but : distraire, faire du léger et du cool, faire bouger sur son siège. Et cette inversion des rôles, qui fait des hommes des objets de désir, s’avère payante. On n’est pas non plus devant un film 100% gay friendly, Steven Soderbergh adopte une mise en scène, lors des shows, qui abandonne toute retenue et tout recul pour devenir presque organique et épouser les mouvements des stripteaseurs pensés pour séduire ces dames. Plaisir des sens fugace qui ne manque pas d’intérêt et se marie merveilleusement à l’autre beau morceau de Magic Mike, le portrait du Mike en question, et sa relation avec son boss. Le trio ainsi formé, sorte de pyramide de pouvoir, de sagesse, chacun étant en quelque sorte le mentor de l’autre, est passionnant. On peut y voir une forme de cycle infernal dont il semble impossible de sortir à moins d’une décision radicale. Channing Tatum est excellent dans la peau de ce type tellement doué dans ce qu’il fait qu’il en serait presque insolent, alors qu’il n’est en rien passionné par l’exercice, et il prouve encore une fois qu’avec le réalisateur qu’il faut il est capable d’être très bon acteur. Mais c’est encore ce diable de Matthew McConaughey qui l’emporte, écrasant tout le monde sur son passage à chaque apparition. Sacrée résurrection que la sienne cette année. Dopé par une bande son qui déménage et sa mise en scène souvent élégante, parfois très beau, d’autres fois beaucoup moins (certains extérieurs ressemblent à un vilain téléfilm), Magic Mike est un film un peu fainéant mais qui procure un réel plaisir. Un film en miroir de son mou du genou Piégée qui aurait peut-être gagné à prendre certains aspects plus au sérieux (ses thèmes forts, ses personnages secondaires dignes de grands classiques, ses drames…) mais qui puise pourtant tout son charme dans sa légèreté et sa désinvolture, ainsi que dans sa gentille morale des familles.

FICHE FILM
 
Synopsis

Mike a trente ans et multiplie les petits boulots : maçon, fabricant de meubles, etc… Il se rêve entrepreneur. Il est surtout strip-teaseur. Chaque soir, sur scène, dans un club de Floride, il devient Magic Mike. Lorsqu’il croise Adam, il se retrouve en lui, l’intègre au club et décide d’en faire le Kid. Mais le Kid a une sœur, qui n’est pas prête à trouver Mike irrésistible…