Madagascar 3: Bons baisers d’Europe (Eric Darnell, Tom McGrath & Conrad Vernon, 2012)

de le 03/06/2012
 
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Franchise d’animation des plus lucratives, Madagascar se paye cette année un troisième épisode qui s’est invité hors compétition au Festival de Cannes, tapis rouge rempli de stars et projection en 3D à l’appui. Madagascar 3: Bons baisers d’Europe, projet à priori tellement complexe qu’il a fallu 3 réalisateurs de la dream team Dreamworks pour en venir à bout, représente une sorte d’aboutissement du système du studio, loin de l’ambition et de la réussite de Dragons par exemple, mais qui prolongent un système bâti essentiellement sur l’excès, comme une énorme baudruche prête à exploser à tout moment. Cette fois elle explose, éclaboussant tout et tout le monde au passage, dans un gigantesque feu d’artifice surréaliste qui va créer bien des crises d’épilepsies et d’euphorie. Madagascar 3: Bons baisers d’Europe c’est le film de tous les excès, de tous les mauvais goûts, mais également de tous les morceaux de bravoure. A priori après un tel exercice de style, il va falloir que les auteurs se calment un petit peu chez Dreamworks pour éviter l’implosion.

Le ton est donné le temps d’une séquence d’introduction qui risque bien d’empêcher nos chères têtes blondes de fermer l’œil de la nuit. En effet, Madagascar 3: Bons baisers d’Europe s’ouvre sur une séquence de cauchemar aux visuels directement issus du surréalisme, de quoi poser des bases bizarres pour un film d’animation qui ne s’adresse pas toujours aux enfants. Il y a dans le film quelque chose de basique dans le traitement narratif qui en fera une histoire globalement simple à saisir malgré la présence handicapante d’ellipses mal fichues. De plus, Madagascar 3: Bons baisers d’Europe est tout entier construit sur l’efficacité de ses scènes d’action très terre à terre et qui tranchent presque avec la volonté de construire un récit profond sur la remise en question des origines. Le problème est qu’avec des personnages pour la plupart assez mal écrits, difficile de se sentir proches de l’un ou de l’autre. Il ne reste donc que l’action, moteur du film qui préfère le survival coloré et fantaisiste à la quête initiatique comme auraient pu le faire les cousins chez Pixar. Rien de bien sérieux chez Dreamworks, le studio préfère jouer la carte du spectaculaire à tout prix, pour un résultat parfois incroyable, mais souvent incroyablement bête. Avec un rythme en dents de scie, qui donne une progression narrative étrange entre plages de néant dramatique absolu et grosses scènes qui éclatent littéralement la rétine et le cerveau du spectateur, Madagascar 3: Bons baisers d’Europe est un film qui se retrouve le cul entre deux chaises, entre le divertissement familial et l’expérimentation formelle aux frontières de la déviance et du cinéma purement sensitif. C’est très bizarre, car si tout l’aspect « classique » du film parait bien raté, avec un discours écolo bas du plafond et une morale toute aussi naïve et qui commence à sentir le rance, l’aspect complètement fou du reste fascine, mais ne s’adresse clairement pas aux plus jeunes.

Ainsi, le plus surprenant se situe dans une certaine forme d’humour parfois trash/scato, dans des séquences romantiques qui poussent la déviance tout de même très loin (la romance entre l’ourse et le petit singe), avec en fond la tradition Dreamworks de truffer le film de références populaires plus ou moins visibles, allant cette fois de Miss Daisy et son chauffeur à Matrix, en passant par Mission : impossible. On a parfois l’impression que Noah Baumbach, scénariste émérite de la scène indépendante US, a littéralement pété un plomb pour coucher sur papier tous ses délires inconscients dans un script qui sent bon le grand n’importe quoi. Entre une flic française qui chante du Edith Piaf et ressemble à un T1000, des courses poursuites dantesques, des gags plutôt drôles répétés tellement de fois qu’ils en deviennent épuisants et un récit à la ligne directrice indéfinissable, tout cela sent bon le scénario écrit sous psychotropes. Des substances sans doute partagées avec l’équipe de réalisateurs et animateurs quand on voit le résultat à l’écran, avec un climax visuel assez incroyable lors du dernier acte. Qui dit cirque dit folie visuelle et tout le monde semble avoir pris cela au pied de la lettre. Il y a dans Madagascar 3: Bons baisers d’Europe une longue séquence de représentation du cirque qui repousse à peu près toutes les limites de l’animation en terme de fréquence d’images, de flash et de couleurs. Pur moment psychédélique qui retourne le cerveau par la somme d’informations présentes à l’écran, avec une utilisation de la 3D assez remarquable (remarque valable pour quasiment tout le film mais ce passage représente une sorte d’apothéose en relief) et qui s’adresse directement aux sens plus qu’à la raison – on retrouve presque la sensation des trips visuels de Gaspar Noé ou Jan Kounen – cette scène est un morceau de bravoure qui vaut à lui tout seul le déplacement. Pour le reste, Madagascar 3: Bons baisers d’Europe est un peu nul, malgré son illustration assez précise et finalement proche de quelques expérimentations nippones en terme d’animation sous acide. Étonnant et euphorisant, à défaut d’être bon.

FICHE FILM
 
Synopsis

De retour d’Afrique, où leur dernière aventure les avait menés, Alex et ses fidèles amis Marty, Gloria et Melman aspirent désormais à rentrer chez eux, à New York, et à retrouver le cadre familier du zoo de Central Park. Autant dire qu’ils sont prêts à tout pour y parvenir ! Alors que King Julian, Maurice et les Pingouins se joignent à eux, leur nouvelle expédition rocambolesque les conduit en Europe où ils trouvent la couverture idéale : un cirque ambulant dont ils deviennent les héros – façon Madagascar bien sûr !