Machete (Robert Rodriguez & Ethan Maniquis, 2010)

de le 04/12/2010
 
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Alors qu’on pouvait craindre une nouvelle déception du niveau des Expendables avec toutes les promesses que nous faisait Robert Rodriguez, il faut avouer qu’il signe avec Machete un de ses meilleurs films. Violent, gore, très drôle, cliché à mort et manichéen au possible dans sa vision des immigrants mexicain, il s’agit d’un film qui s’assume complètement dans son délire potache et crétin. Rodriguez fait du Rodriguez, donc Machete est un film cool, sous influences pas forcément prestigieuses mais amusant, bourrin et qui s’impose par son manque de sérieux et son second degré délicieux. Ce n’est pas un grand film, c’est une série Z mal torchée mais forcément rigolote.

Il est marrant Robert Rodriguez. Pendant des années il a tellement tiré la couverture sur lui, se créditant avec toutes les casquettes possibles (réalisateur, scénariste, monteur, chef op…), qu’aujourd’hui il ne peut s’empêcher de « co-réaliser » ses films. Cela tient plus de l’anecdote que d’autre chose mais c’est assez rassurant sur l’état de son ego. Mais revenons-en à Machete. Car ce film on l’a tous – ou presque, les plus déviants en tête – fantasmé. Depuis la fausse bande-annonce absolument géniale qui trônait entre l’inégal Boulevard de la Mort et l’exceptionnel Planète Terreur, le revival du film grindhouse. L’origine de Machete est pourtant bien plus ancienne, le personnage existe dans la trilogie Spy Kids et Danny Trejo maniait déjà les couteaux à l’époque de Desperado, ce film ne pouvait donc pas ne pas se faire. De plus, il s’agit ouvertement d’un film à la gloire de cet éternel second couteau qu’est Danny Trejo, lui qui écume les grands et petits films depuis si longtemps, lui qui a la gueule cassée la plus inoubliable du cinéma américain et qui à 66 ans n’a jamais tenu le haut de l’affiche. C’est réparé aujourd’hui, grâce à la générosité  de Robert Rodriguez. Car oui, on peut lui reprocher tout ce qu’on veut au pote latino de Quentin Tarantino, mais c’est un type généreux, avec sa famille de cinéma comme avec le public. Et Machete est à son image, ni plus ni moins que le film qui était attendu, un plaisir (coupable ou non) de série Z décomplexée dans la lignée de ce que Robert Rodriguez a fait de mieux jusqu’ici. Il ne s’est toujours pas transformé en grand réalisateur mais il a tout compris à comment satisfaire ce qu’est devenu son public.

De la même manière que son compère génial, Robert Rodriguez est un expert du recyclage, en moin sintelligent. Plutôt que de refaire ce qui a déjà été fait par le passé, il invente en s’appuyant sur sa culture bis (voire Z, bien plus que Q.T.). Avec Machete, il réinvente le film de mexploitation, genre à part entière qu’il a parcouru par le passé, avec un certain talent. Ainsi Machete, plus que de lorgner du côté du gore outrancier et de l’hommage aux pelloches d’exploitation horrifiques de Planète Terreur, revient aux bases de Desperado et sa suite Il était une fois au Mexique. À savoir un joli bordel d’influences diverses et variées, du film d’action Z au western spaghetti, sans oublier au centre et bien en évidence le vigilante de blaxploitation (jamais on n’oublie l’ombre de Shaft) et le heroic bloodshed hong-kongais. Rodriguez a vu et beaucoup aimé The Killer et À toute épreuve de John Woo, et cela se ressent autant dans Machete que dans El Mariachi et Desperado à l’époque.

Donc sans grande surprise, Robert Rodriguez fait du Robert Rodriguez. Les amateurs sont aux anges, les détracteurs ont du nouveau grain à moudre, la même vieille rengaine. Avec son trop plein de générosité il développe sa trame autour de pas grand chose, à savoir relier comme il le peut les diverses séquences de sa fausse bande-annonce. Et forcément le résultat est franchement bancal. À broder sur du vide le risque de ne rien raconter est grand, et le film de n’exister qu’à travers quelques passages décomplexés et amusants. Et sur ce point, Roberto c’est pas un radin, il sait comment combler son public. Comme d’habitude il fait appel à un casting complètement dingue, rappelant au passage de vieilles gloires has-been et ses potes de toujours, il construit une intrigue faiblarde en dents de scie mais qui enchaîne les séquences d’action aussi brèves que grotesques pendant pas loin de deux heures. Il y a malheureusement d’énormes passages à vide dans ce gros délire potache à la gloire du moustachu buriné et sa grosse lame.

Il emballe le tout comme à son habitude, sans grand talent mais avec style, exploitant au maximum l’aspect de faux film fauché qui va bien à ce qu’il veut raconter. Il use et abuse du grand angle, des dutch angles et des contre-plongées, citant au passage le Kill Bill de son pote Quentin, développe une poignée de scènes outrancières et traite l’ensemble avec recul et un second degré salvateur. Rodriguez fait tout pour cacher le fait qu’il se prend au sérieux, et il a tendance à réussir. Il exploite le plus possible l’image iconique et les dents serrées de son mexicain préféré peu prolixe, lui fait balancer des répliques qui tuent (« Machete don’t text« ) et s’amuse comme un fou avec son parterre de stars venues se payer une bonne tranche de rigolade sans avoir peur du ridicule. Ridicule dans lequel tombe le pauvre Steven Seagal qui n’a jamais été aussi mauvais (et pourtant dieu sait s’il est mauvais acteur le gros panda) mais qu’évitent soigneusement Robert De Niro, Don Johnson, Cheech Marin et Jeff Fahey, excellents dans le cabotinage et le second degré. Au milieu de la distribution 5 étoiles se détachent bien sur Danny Trejo, attachant mais pas si convaincant en héros, mais surtout Michelle Rodriguez, dévoilant un potentiel érotique démentiel avec un bandeau sur l’œil et une mitraillette à la main. On appréciera également les petits rôles délicieux de Lindsay Lohan et Tom Savini, même si sacrifiés au milieu de tout ce monde.

FICHE FILM
 
Synopsis

Ils ont cru qu’il était un simple ouvrier, un bouc émissaire idéal pour porter le chapeau d’un assassinat politique. Ils ignoraient qu’il s’agissait de Machete, un ancien agent fédéral hors pair, une légende… Laissé pour mort après son affrontement avec le puissant baron de la drogue mexicain Torrez, Machete s’est réfugié au Texas, où il cherche à oublier son passé. L’assassinat d’un sénateur et un coup monté font de lui l’homme le plus recherché du pays. Cette fois, Machete est bien décidé à se laver de ces accusations et à dénoncer une corruption rampante et tentaculaire. Mais il va trouver sur sa route Booth, un homme d’affaires prêt à tout entouré d’innombrables tueurs à sa solde ; Von, à la tête de sa petite armée personnelle, et Sartana, une employée des services d’immigration prise entre le respect de la loi et son désir de faire ce qui est juste. Pour l’aider, Machete va faire appel à Luz, la belle au cœur de révolutionnaire, et au Padre, un prêtre aussi doué pour les bénédictions que dans le maniement des armes à feu. Se frayant un chemin à coups de rafales, de sang et de cœurs brisés, Machete cherche à la fois la vengeance et la rédemption…