Ma 6-T va crack-er (Jean-François Richet, 1997)

de le 05/07/2007
 
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Sorti deux ans après La Haine, Ma 6-T va crack-er entretient comme seul véritable point commun avec son prédécesseur le lieu de l’action, ces poudrières qu’on appelle banlieues. Et quand Mathieu Kassovitz tentait une explication du déclenchement de la violence (chose qu’il a brillamment réussi et qui n’a pas pris une seule ride dans le portrait et l’impact) l’ex-banlieusard de Meaux Jean-François Richet, dont le premier film Etat des lieux avait fait sensation, prend le parti pris de la violence et du propos révolutionnaire. Ainsi Ma 6-T va crack-er pourrait très bien être considéré comme le côté obscur et énervé de La Haine.

Là où le film est à la fois un pavé dans la mare et un bon gros fuck aux institutions, c’est qu’il est clairement anti-flic, ce qui lui valut de belles interdictions dans certaines villes lors de sa sortie. Richet a grandi dans une banlieue et ne s’est jamais caché de son mépris pour les méthodes des forces de l’ordre dans ces quartiers chauds mais Ma 6-T va crack-er n’est pas pour autant pro-banlieusards. Ce n’est pas non plus un film social à thèse, même s’il est loin d’un simple étalage de violence.

En effet il dénonce clairement les guerres de gangs et le fait que ces jeunes peuvent avoir de belles idées mais qu’ils préfèrent souvent se laisser aller vers la facilité de la délinquance. Quand on regarde au-delà des images, au final on se rend bien compte que s’il a plus d’affection pour les jeunes en difficulté que pour la police, personne n’a véritablement le beau rôle…

Après si l’appel à la rébellion, revendiqué et limite haineux, peut déstabiliser une grande partie des spectateurs, il faut avouer que techniquement le film est une petite merveille. Richet occupe le poste de réalisateur et celui de monteur, et pour un autodidacte il contrôle vraiment bien les choses. Entre un découpage intelligent et certaines scènes vraiment puissantes (le match de basket en travelling circulaire qui démontre une maitrise du hors champ impressionnante, la fusillade sur le parking qui brouille les repères sans les perdre et inverse les rôles jusqu’à ce qu’on ne sache plus qui tire sur qui… et tant d’autres), Richet fait preuve d’une belle maîtrise à tous les niveaux.

Et si le film n’est pas parfait, il fait quand même l’effet d’une bombe et ne peut pas laisser indifférent. Un bémol toutefois, un détail, sur les apparitions de Virginie Ledoyen dans des incrustations ridicules et complètement hors sujet, desservant le propos plus qu’autre chose.

À l’ombre de La Haine, Ma 6-T va crack-er a eu un peu de mal à exister autrement que par le scandale qu’il a pu créer. Pourtant Jean-François Richet signait une véritable bombe aux relents prophétiques et un film coup de poing qui détonne dans le paysage cinématographique français. Même aujourd’hui, le film sent le souffre mais il y a du vrai cinéma de guerre dedans, du grand cinéma.

Date de sortie cinéma : 2 juillet 1997

Synopsis : Au cours d’une soirée hip-hop, très attendue par les jeunes d’un quartier, une fusillade éclate. La police intervient, un policier tire. Un mort. Les jeunes du quartier, désorientés, se révoltent…

FICHE FILM
 
Synopsis

Au cours d'une soirée hip-hop, très attendue par les jeunes d'un quartier, une fusillade éclate. La police intervient, un policier tire. Un mort. Les jeunes du quartier, désorientés, se révoltent...