Lust, Caution (Ang Lee, 2007)

de le 03/03/2009
 
FacebooktwitterFacebooktwitter

Quand le plus américain des cinéastes chinois rentre au bercail pour son nouveau film, il y met les moyens. Fort de succès critiques et publics comme Brokeback Mountain et Tigre et Dragon, il a droit à un budget conséquent de 15M$ pour cette fresque historique située dans le Shanghai des années 40-50, sous l’occupation japonaise. Le film s’est pris une claque par la censure chinoise et même par la censure américaine… Comme quoi au pays des libertés les armes à feu oui mais le sexe non… Heureusement le film a eu un beau succès un peu partout et a reçu la plus haute distinction dans l’un des derniers festivals au monde où le cinéma compte encore, Venise. Un succès et des récompenses amplement méritées pour un très grand film de ce réalisateur qui devrait retourner plus souvent dans son pays…

Tout d’abord la reconstitution historique est bluffante, tout dans le soucis du moindre petit détail, on s’y croirait. La musique du décidément excellent Alexandre Desplat aide encore à l’immersion dans ce passé douloureux de la Chine. Temps d’occupation toujours troubles pendant une guerre et où se croisent toujours résistants et collaborateurs.

Mais la longue exposition ne nous permet pas de bien comprendre où on va, malgré la scène clé d’ouverture, une partie de MahJong, qui nous présente de façon inédite où se jouent les enjeux politiques… souvent chez les épouses des décideurs. C’est très beau, très académique, mais c’est tout. Les choses prennent une toute autre tournure dés l’initiation de Wong Chia-Chi avec l’habitué des bordels… Le ton devient alors plus grave et l’approche du puissant collabo par la jeune espionne (destin qu’elle ne choisit pas vraiment pour les bonnes raisons) laisse planer une ambiance étrange.

De leurs ébats, à la fois violents et sensuels, naitra une histoire belle mais impossible, la jeune femme réussissant même au détour d’une superbe scène (au restaurant japonais) à briser la carapace de son amant qui lui fait la pire des révélations pour un homme de son rang. Il faut avouer que les scènes au lit entre les deux amants sont très très chaudes, Ang Lee exploite à fond le potentiel érotique de son beau couple et réussit à créer de l’empathie pour l’un comme pour l’autre finalement. Si la sauce prend aussi bien c’est qu’il s’appuie sur un couple de comédiens parfait. Tony Leung Chiu Wai est comme à son habitude habité par son rôle d’ordure hyper classe, sombre et mystérieux. En face de lui la jeune Wei Tang est lumineuse et irradie l’écran à chacune de ses apparitions!

Une fois de plus chez Ang Lee, vrai touche-à-tout du cinéma mondial, c’est une histoire d’amour extrêmement tragique. Il maitrise le genre à la perfection en s’effaçant derrière sa caméra presque neutre. Le temps d’un simple regard il réussit à faire ressurgir une passion qui semblait oubliée (les retrouvailles à Shanghai), c’est presque magique!

Si on peut faire un parallèle entre ce film et un autre ce serait avec Black Book, la belle résurrection de Paul Verhoeven. Les 2 films ont un thème semblable mais Ang Lee a réussi à y insuffler un érotisme rare pour un film chinois.

Très beau film sur une période difficile, interprétation superbe, passions éphémères, romantisme et lyrisme triste, le film n’a pas volé son Lion d’or à Venise!

FICHE FILM
 
Synopsis

Dans les années 1940, alors que le Japon occupe une partie de la Chine, la jeune étudiante Wong est chargée d'approcher et de séduire Mr Yee, un des chefs de la collaboration avec les Japonais, homme redoutable et méfiant que la Résistance veut supprimer. Très vite, la relation entre Wong et Mr Yee devient bien plus complexe que ne l'avait imaginé la jeune femme.