Lovely Bones (Peter Jackson, 2009)

de le 31/01/2010
 
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Peter Jackson a changé, il n’y a aucun doute là-dessus. Il est bien loin celui qui faisait hurler de plaisir les geeks bisseux avec ces chefs d’œuvre déviants qu’étaient Bad Taste et Braindead. Le succès extraordinaire de son adaptation pharaonique et géniale du Seigneur des Anneaux a modifié la donne, même si le réalisateur n’a jamais véritablement suivi une ligne toute tracée dans sa carrière. Il fait aujourd’hui partie des metteurs en scène les plus influents de la planète, des plus bankables aussi, il est devenu le roi du grand spectacle. Il y a quatre ans, il a impressionné avec sa relecture mégalo de King Kong, mais il a en même temps déçu, le film souffrant de très gros défauts alors qu’il partait dans sa première partie sur des bases extraordinaires. Dans sa seconde partie, il s’engageait sur une voie qui rend parfaitement justifiable l’existence de Lovely Bones, celle du mélodrame. Et d’ailleurs, quiconque a suivi la carrière du réalisateur kiwi s’est sans doute rappelé, lors de la campagne promo de son dernier bébé, du film qui restera comme son grand chef d’œuvre, Créatures Célestes. La filiation saute aux yeux dès les premières images, à savoir un véritable drame aux résonances parfois graves qui se voit contaminé par le fantastique. Sauf que ce qui fonctionnait à merveille dans le film qui révéla Kate Winslet manque ici de charme, Peter Jackson passant d’un petit budget l’obligeant à trouver des solutions techniques inédites (5M$) à un confort de grosse production US (65M$) qui rend l’ensemble sans grande saveur. Au final, malgré de très belles choses et malgré toute l’affection portée à ce cinéaste si talentueux, Lovely Bones constitue une déception.

Premier problème quasiment rédhibitoire, la durée du film. Peter Jackson est en train de prendre la sale habitude de dépasser à chaque fois les deux heures, suivant la tendance générale au cinéma (c’est malheureux mais les films d’1h30 se font de plus en plus rares!), et très franchement ce n’est pas une bonne idée. Faire un film de 2h10 quand il y a un scénario riche derrière, c’est très bien, quand on sent le remplissage, c’est énervant. Concrètement Lovely Bones dure 30 minutes de trop, et cela se ressent particulièrement dans la dernière partie, et d’autant plus que le réalisateur nous refait le coup du Retour du Roi avec ses multi-climax, ici inutiles. On ne peut passer outre des facilités de scénario indignes de ce genre de production (sans spoiler, comment Monsieur Harvey a t’il pu mettre le coffre-fort tout seul dans son pick-up?) ou ce sentiment étrange d’être très en avance sur les personnages dans la première partie du film. La faute à une campagne promo qui dévoilait le visage du tueur, rendant ses premières apparitions pas vraiment effrayantes mais paradoxalement plus malsaines, le spectateur se sentant vraiment dans une position de voyeur inconfortable.

Ce qui nous amène au problème de la structure du film. Prévisible, beaucoup trop pour atteindre son but. L’effet de tension recherché ne se fera sentir que l’espace de quelques scènes à tendance hitchcockiennes. C’est peu, même si c’est très efficace pour ne pas dire virtuose. On retiendra un passage en particulier, dans l’appartement d’Harvey, où explose à l’écran le talent de Peter Jackson pour créer le suspense. Pour le reste, on nage dans les eaux connues du mélodrame classique, malgré l’aspect fantastique inhérent au scénario. Et c’est sans doute sur ce point que le film va décevoir, alors que les 4 derniers films du réalisateur sont extrêmement classiques. On l’a vu il y a peu avec Avatar, on le voit à chaque nouveau film de Clint Eastwood, faire du cinéma classique ne constitue en rien un défaut, quand c’est bien fait. Alors oui Lovely Bones n’est pas très original, oui le film tombe parfois dans le mielleux, dans le convenu, le vu et revu, mais c’est le genre dans lequel il évolue qui veut ça.

Le gros point faible de Lovely Bones, celui qui risque de dégoûter une grosse partie du public, se situe ailleurs. Et malheureusement il se trouve dans ce qui faisait toute l’originalité de cette histoire, le côté fantastique. Là où l’aspect « bricolage » donnait un charme aux scènes imaginaires de Créatures Célestes, celui bien trop artificiel car dopé aux CGI pas toujours réussis du petit dernier l’enfonce. Trop coloré, trop kitch, trop enfantin, trop décalé avec la noirceur d’autres séquences, tout ce qui se situe dans l’entre-deux-mondes peut séduire mais peut surtout paraitre ridicule. Et cela tombe même dans le cliché publicitaire, à la manière de certaines scènes de Mr. Nobody, recyclant une imagerie et une musique certes magnifiques mais avec un air de déjà vu. Chose improbable pour un mélodrame, Lovely Bones rejoint également le film de Van Dormael dans son plus gros ratage, un cruel manque d’émotions. C’est rageant car avec ce récit il y avait matière à faire quelque chose de véritablement poignant. Le résultat imparable est qu’on ne s’attache pas aux personnages.

Sensation renforcée par des acteurs décevants. Mark Wahlberg, pourtant capable de belles choses (en particulier chez P.T. Anderson et James Gray), surjoue au point qu’on ne croit pas à sa souffrance et Rachel Weisz fait de la pure figuration. Heureusement Susan Sarandon apporte de belles nuances, et la jeune Saoirse Ronan est tout à fait crédible et Stanley Tucci est carrément impressionnant en tueur d’enfant. Ce dernier signe là une superbe performance! On peut y voir un bilan totalement négatif, mais ce n’est pourtant pas le cas. Lovely Bones vient toucher des thèmes universels et en particulier celui de la frustration terrible induite par l’impuissance qu’on peut ressentir face à certains évènements. Peter Jackson évite également, et heureusement, le happy end commun qu’on pouvait craindre et préfère développer un pessimisme permanent jusque dans sa conclusion, qui nous dit en gros qu’il faut apprendre à vivre avec l’intolérable.

Il est clair que Lovely Bones constitue une déception, mais ce n’est pas la purge que certains ont vu (ni le chef d’œuvre que d’autres ont aveuglément pointé). La mise en scène exceptionnelle de Peter Jackson qui renoue avec ses tics de réalisation de ses débuts élève le tout, mais ne parvient pas à masquer les trop nombreux défauts. Même si cela fait presque mal au cœur à dire, Lovely Bones est le film le plus mineur du réalisateur.

FICHE FILM
 
Synopsis

L'histoire d'une jeune fille assassinée qui, depuis l'au-delà, observe sa famille sous le choc de sa disparition et surveille son meurtrier, ainsi que la progression de l'enquête...