Love, et autres drogues (Edward Zwick, 2010)

de le 23/12/2010
 
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Quoi qu’on puisse en dire, cet honnête faiseur qu’est Edward Zwick avait au moins pour mérite, depuis pas mal de temps maintenant, de proposer du cinéma certes classique, certes sans grande prise de risque, mais qui en mettait plein la vue. De Glory à Blood Diamond, en passant par Légendes d’automne et le Dernier Samouraï, il était devenu une sorte de conservateur de la fibre hollywoodienne pour les grandes fresques et le romanesque. On en avait presque oublié qu’il avait commencé avec une comédie romantique (À propos d’hier soir, avec entre autres Rob Lowe et Demi Moore), chose qu’il nous rappelle mais pas de la meilleure façon qui soit avec Love, et autres drogues. Dans un genre de plus en plus déserté par les vrais talents et qui peine terriblement à se renouveler, ne s’appuyant que sur une dose toujours plus forte de sexe et d’humour grinçant, on assiste encore à un ratage flamboyant. Love, et autres drogues promettait beaucoup. De part son casting tout d’abord, le couple Jake Gyllenhaal/Anne Hathaway ayant déjà prouvé son alchimie dans Le Secret de Brokeback Mountain, mais surtout par le sujet abordé tout simplement. Un super vendeur en produits pharmaceutiques à l’époque de la naissance du Viagra® et qui enchaîne les conquêtes d’un soir sans passion, c’est un point de départ plutôt séduisant! Sauf qu’à rester trop sage le film en devient insipide puis carrément chiant, et donc très oubliable. Encore une comédie romantique sans grand intérêt…

Pourtant pendant presque une heure, on se plait à rêver de LA comédie romantique qui va enfin mettre un coup de trique à un genre moribond. À grands coups de cynisme, de libertinage et d’humour bien vulgos, Love, et autres drogues part sur les chapeaux de roue. Jamie est un beau mec, un tombeur, le genre de type qui peut vendre un congélateur à un inuit, hyper doué dans son job. Mais Jamie est un bel enfoiré, et les enfoirés sont toujours des êtres intéressants au cinéma. Et plus ils sont méprisables, plus ils sont intéressants. Alors quand en plus arrive dans sa vie son équivalent féminin, on se dit qu’on tient là le couple de cinéma parfait, deux personnages complètement libres qui ne vivent que pour le cul (et l’argent), du presque jamais vu dans ce genre habituellement très politiquement correct. Cette première heure est donc pleine de promesses qui laissent voir tout à coup un avenir radieux pour la comédie romantique, loin des bluettes horripilantes qui valsent sur les écrans, une révolution en somme! Oui, sauf qu’on déchante pas mal ensuite…

À trop flirter avec le mauvais goût (avec un personnage de frère colocataire qui semble avoir pris des cours avec Zach Galifianakis, la barbe en moins, l’envie de lui mettre des claques en plus) Edward Zwick a sans doute été pris de remords. Dès lors adieu les scènes de sexe torrides où les acteurs n’hésitent pas à se mettre à nu, adieu l’humour méchant, adieu les requins en plein business. Love, et autres drogues devient une pale copie de copie de comédie romantique vue des millions de fois. Pire, peu à peu grandit une sale morale. Si Maggie est si libre, c’est qu’elle est malade, ou comment faire entrer dans le récit un des pires clichés qui soit et d’en plus en faire la cause d’une certaine liberté, comme si tout à coup ce mode de vie décalé devenait méprisable. Et c’est le film qui en devient méprisable, plongeant dans sa dernière demi-heure dans tous les pires lieux communs du genre qu’il est inutile d’énumérer (il suffit de réviser ses classiques) et une émotion sans cesse surjouée. La normalité comme conclusion, c’est presque à vomir.

Edward Zwick emballe le tout sans la moindre passion, sans talent non plus. Lui qui nous avait habitués à de belles images déçoit terriblement, se payant même de grosses fautes de goût dans ses choix de mise en scène. Heureusement il y a ce couple d’acteurs qui fonctionne à plein régime et apporte un véritable charme au film. Tous les deux, Jake Gyllenhaal et Anne Hathaway, portent le film sur leurs épaules malgré des personnages écrits à la truelle, supportés par quelques seconds rôles savoureux, resteront les seuls éléments à marquer un tant soit peu les mémoires. Car pour le reste, Love, et autres drogues est bien une grosse déception, comme on pouvait malheureusement s’en douter. Et balancer que l’amour est la plus puissante des drogues… c’est limite consternant autant de mièvrerie.

[box_light]Avec un potentiel énorme et un duo d’acteurs qui fonctionne comme rarement cela se produit, Love, et autres drogues ne pouvait pas se planter. Et pourtant si. Edward Zwick maintient l’illusion pendant une heure avec un spectacle cynique et politiquement peu correct pour ensuite tomber dans les travers de la comédie romantique lambda. Bon gros drame des familles, accumulation de clichés, morale dégueulasse, happy end de rigueur. Exactement ce qu’on espérait éviter. Non seulement Love, et autres drogues s’avère au final dénué de toute originalité, mais le film parvient à devenir carrément détestable. Quand certain évoluent avec les années, Edward Zwick signe son plus mauvais film depuis au moins 10 ans. On applaudit, et on l’oublie de suite.[/box_light]

FICHE FILM
 
Synopsis

New York, les années 90. Jamie est un jeune commercial redoutable dont l’assurance - et le physique avantageux - sévissent aussi bien auprès des femmes que dans l’univers implacable de l’industrie pharmaceutique où, entre antidépresseurs et dopants sexuels, il parvient finalement à tout vendre. Mais il y a une personne qui semble insensible aux charmes de Jamie : Maggie. Une jeune femme très séduisante et furieusement indépendante qui, comme Jamie, fuit l’engagement émotionnel, mais pour des raisons très différentes. Elle est atteinte d’une maladie chronique et a décidé de vivre uniquement au jour le jour. Malgré eux, ce qui devait être une histoire sans lendemain va alors s’intensifier. Tous deux vont bientôt voir leurs principes respectifs malmenés et devenir accros à la plus puissante des drogues qui soit : l’amour.