Lost in Translation (Sofia Coppola, 2003)

de le 27/09/2009
 
FacebooktwitterFacebooktwitter

Le talent serait-il héréditaire? Possible quand on voit à quel point la jeune Mary Corleone est devenue une grande réalisatrice! Certes avec papa producteur mettre le pied à l’étrier a sans doute été simple mais le vrai talent ne s’achète pas avec un nom de famille ou les fonds familiaux, Sofia Coppola l’a prouvé dès son premier film, Virgin Suicides. Une sensibilité à fleur de peau, un vrai regard de metteur en scène… avec son deuxième film elle fait plus que confirmer de beaux espoirs, elle livre un sommet de cinéma envoûtant, dépaysant et rare. On peut revoir Lost in Translation autant de fois qu’on le veut, l’expérience est toujours la même: un plaisir de tous les instants, un voyage dans un pays lointain où deux âmes perdues se retrouvent… un film aussi émouvant qu’optimiste, on en ressort avec une sorte de sourire inexplicable, comme si on avait croisé le vrai bonheur le temps d’un film. Ou quand l’immense Tokyo devient le théâtre de la plus belle des amitiés…

C’est qu’il doit être fier le vieux Francis en voyant le travail de sa fille! Car elle nous convie à un voyage en apesanteur dans l’ambiance suave d’un grand hôtel en plein centre de Tokyo… la ville aurait pu en être une autre, peu importe, toutes les grandes villes se ressemblent! Bien entendu le fait de les placer au Japon sert à les perdre encore un peu plus, comme si leur vie ne suffisait pas. Deux personnes seules dans leur chambre, dans une ville où il ne comprennent pas la langue, sans parler de ses innombrables panneaux publicitaires qui donnent le vertige jusqu’à l’étourdissement. Lui est un acteur en perte de vitesse, contraint de tourner des publicités pour du whisky dans le seul pays où il est encore une star. Elle est l’épouse d’un photographe qui passe ses journées à travailler loin d’elle… C’est sous les lumières tamisées du bar qu’ils vont se rencontrer…

La suite, elle est d’un naturel incroyable, comme si Sofia Coppola avait tout compris au comportement des hommes et des femmes. Elle nous montre comment un environnement bien précis peut rapprocher deux êtres qui seraient passés l’un à côté de l’autre sans jamais se voir dans leur « milieu naturel ». Ainsi leur ennui va les pousser l’un vers l’autre. Ses journées à lui alternent tournages avec des japonais parlant un anglais atroce et qui lui demandent d’être plus intense, les siennes à elle consistent à flâner dans Tokyo, observer la ville d’en haut et profiter des merveilles que le pays peut lui offrir. Le soir c’est toujours le bar qui les réunit, alors qu’ils sont en perpétuel décalage horaire et que leur moitié est bien loin…

Et dans cette atmosphère de spleen, une amitié va naître. Et comme souvent, ses fondations seront que chacun trouve chez l’autre ce qui lui manque. Il lui apporte cet humour au trait jamais forcé de clown triste au regard désenchanté, elle lui apporte la fraîcheur d’une jeunesse aujourd’hui loin derrière lui. Entre discussions, escapades et moments de complicité, on sent qu’un lien aussi fragile que nécessaire se crée tout doucement. Un lien qu’un petit rien pourrait briser mais qui est leur bouffée d’oxygène. Sofia Coppola nous montre ce qu’on avait perdu l’habitude de regarder alors que c’est tous les jours sous notre nez. Ces petites choses toutes simples qui font le bonheur, elle réussit à les capter. Et de cette situation des plus chaotiques naît quelque chose d’évident et de simple… mais surtout de très fort.

Qui pourrait remplacer Bill Murray dans ce rôle? Il est en tous points parfait, trimballe son physique aujourd’hui marqué par le poids des années, son regard d’éternel mélancolique et cet air détaché qui font de lui le monsieur tout le monde idéal. Grâce à Lost in Translation, il trouve enfin un rôle à la mesure de son (immense) talent, un rôle principal de surcroît. Scarlett Johansson, si elle n’est pas et ne sera sans doute jamais une très grande actrice, son physique et sa fraîcheur corresponde tout à fait au personnage. Avec ses airs de jeune fille un peu paumée et rêveuse, avec juste ce qu’il faut d’insouciance, elle contribue également à cette identification immédiate du spectateur. C’est un film qu’on aime car on y croit et on y retrouve sans doute tous une petite partie de nous-mêmes…

Un peu à la manière de ce qu’a fait Ratanaruang sur Ploy, Coppola ajuste sa mise en scène pour créer une sensation de flottement dans l’espace. Et la bande originale de Air ajoute encore un peu au côté planant du film. On a envie que cette histoire d’amitié devienne une histoire d’amour, on a presque envie de les pousser l’un vers l’autre mais on voudrait aussi que cette relation si naturelle ne change pas… Et si la scène finale ne nous en dit pas beaucoup (mais que lui chuchote-t’il??), on en ressort heureux, avec un sourire sincère, de ceux qu’on ne quitte pas tout de suite… On se sent comme après un voyage un peu hors du temps, on se dit qu’on a de la chance d’avoir fait certaines rencontres… Lost in Translation n’est peut-être pas un film parfait, mais il s’en dégage quelque chose de presque inexplicable qui transforme un simple film en expérience inoubliable.

FICHE FILM
 
Synopsis

Bob Harris, acteur sur le déclin, se rend à Tokyo pour tourner un spot publicitaire. Il a conscience qu'il se trompe - il devrait être chez lui avec sa famille, jouer au théâtre ou encore chercher un rôle dans un film -, mais il a besoin d'argent. Du haut de son hôtel de luxe, il contemple la ville, mais ne voit rien. Il est ailleurs, détaché de tout, incapable de s'intégrer à la réalité qui l'entoure, incapable également de dormir à cause du décalage horaire. Dans ce même établissement, Charlotte, une jeune Américaine fraîchement diplômée, accompagne son mari, photographe de mode. Ce dernier semble s'intéresser davantage à son travail qu'à sa femme. Se sentant délaissée, Charlotte cherche un peu d'attention. Elle va en trouver auprès de Bob...