London Boulevard (William Monahan, 2010)

de le 03/06/2011
 
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Il est assez amusant (ou triste, c’est au choix) de voir qu’un type comme William Monahan ait vu sa côte de popularité, en tant que scénariste, exploser avec le scénario des Infiltrés de Martin Scorsese, sachant qu’il ne s’agit que d’un remake fade et à la morale sauve du brillant Infernal Affairs de Andrew Lau et Alan Mak. Comme si l’inconscient collectif avait oublié qu’il était surtout l’auteur du dernier chef d’oeuvre en date de Ridley Scott, Kingdom of Heaven (quiconque a vu la version Director’s Cut ne peut remettre en cause cette affirmation). Alors les studios et agences de communication préfèrent ne garder en tête que Les Infiltrés, soit. Et cela nous donne pour son premier long métrage en tant que réalisateur un superbe « par le scénaristes des infiltrés », ou comment prendre le public pour une buse en plus de choisir la référence la moins évidente de son « talent » (il a également signé le scénario du mauvais Hors de contrôle entre temps). Depuis quand un supposé bon scénariste fait-il un bon réalisateur? Depuis jamais, en fait.

London Boulevard c’était la jolie promesse d’un polar à l’anglaise assaisonné d’une love story. On attendait un scénario brillant mis en forme avec la sobriété et l’humilité d’un débutant, avec l’aide précieuse d’un des plus beaux castings britanniques réunis ces derniers temps. Et bien, rien de tout cela ne se passe, car London Boulevard est tout simplement un film raté, à peu près du début à la fin, qui souffre d’un scénario minable et d’un jeu d’acteurs démissionnaires, et qui défie la logique en étant justement sauvé, ou presque, par sa mise en scène. C’est à n’y rien comprendre. En apparence, London Boulevard est des plus séduisants. Il l’est même réellement pendant quelques temps, avant que ses grosses carences ne viennent gâcher le spectacle. Un certain sens du rythme, une caméra qui bouge avec élégance, une bande originale qui pue le cliché mais qui possède un charme implacable (The Yardbirds, les Rolling Stones, Bob Dylan, Kasabian… choisis avec goût) et c’est malheureusement tout ce qui retiendra notre attention pendant les quelques 1h45 de film qui ne nous passionnent jamais. Et la raison à se désintérêt quasi-immédiat est à mettre à 80% au crédit d’un scénario incroyablement mal construit. Entre le manque effroyable de caractérisation des personnages trop nombreux, qui n’a sans doute pas beaucoup aidé les acteurs à se sentir impliqués, et une tendance à l’ellipse maladroite, difficile pour le spectateur de se sentir impliqué. Cela rend non seulement le récit stérile et parfois illogique mais pire, cela empêche toute forme d’empathie envers des personnages qui ne sont rien d’autre que des pantins trimbalés de scène en scène sans que jamais ne se dessine une véritable trame. C’est l’échec total d’un scénariste incapable d’assumer la double casquette et qui se trouve tellement occupé à régler sa mise en scène qu’il en oublie la cohérence de son histoire. Au passage, il massacre un roman parait-il plutôt bon et ne livre qu’un vulgaire ersatz sans saveur et bancal de l’exceptionnel L’Impasse de Brian De Palma, qui réussissait partout où London Boulevard se vautre.

Le côté polar à l’anglaise ne prend jamais, la faute en partie à un bad guy surréaliste (et gay, la révélation étant un très grand moment de n’importe quoi pathétique en diable), la comédie british non plus, malgré quelques punchlines bien corrosives (dont une sur Monica Belucci, osée) et il en est de même pour les aspects soit-disant les plus importants, c’est à dire la romance et la quête identitaire. On ne croit pas une seule seconde à la relation entre les personnages, l’alchimie n’est pas là, la volonté non plus. On en est réduit à voir ces gens déambuler sans véritable but jusqu’à un mini-électrochoc dans le récit qui arrive après la bataille. La vigueur du dernier acte et les excès de violence qui le parcourent n’y changent rien, London Boulevard est un ratage qui ne tient que par la relative élégance de la mise en scène d’un William Monahan tellement appliqué à faire ça bien qu’il en oublie de raconter son histoire et de diriger ses acteurs. Cela faisait longtemps qu’on ne les avait pas vus aussi mauvais, tous reprenant leurs tics qu’ils s’efforçaient de transcender depuis quelques temps, Colin Farrell en tête, décevant à l’image de l’ensemble de ce projet.

Mis à part son ambiance portée par du bon son et ses acteurs qui même extrêmement fainéants et mal dirigés restent charismatiques, London Boulevard est un sacré ratage. Pour son passage à la réalisation, William Monahan en oublie qu’il est avant tout scénariste et bâcle son récit de façon honteuse, transformant son essai en vulgaire copie de L’Impasse pour les grands thèmes. Un manque de cohésion et de construction qui se ressent à tous les niveaux, faisant de cet exercice à fort potentiel une des plus grosses déceptions de l’année. Et le pire, c’est qu’à l’image le film aurait de la gueule, sauf qu’on l’oublie instantanément. Échec.

FICHE FILM
 
Synopsis

Mitchel sort de prison plein de bonnes intentions. Pourtant, lorsqu’il tombe sur son vieil ami Billy, un petit voyou à la recherche d’un complice, il accepte de l’aider en échange d’un toit. Incapable de rompre avec son passé, Mitchel fait la connaissance de Charlotte, une star de cinéma terrée dans un luxueux hôtel particulier pour échapper aux hordes de paparazzi, dont il devient rapidement le garde personnel. Charlotte et Mitchel se rapprochent, envisageant même ensemble une nouvelle vie à Los Angeles. Mais il a déjà attiré l’attention de Gant, un puissant parrain de la pègre, qui voit en lui un atout précieux pour ses affaires. Quand Mitchel refuse, Gant décide de le faire plier, ne reculant devant rien pour arriver à ses fins…