Livide (Alexandre Bustillo & Julien Maury, 2011)

de le 04/12/2011
 
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Il y a quatre ans la Semaine de la Critique se prenait une grosse baffe à travers la gueule avec un petit film sorti de nulle part, À l’intérieur, film de genre porté par toute une communauté. C’était l’air de rien la naissance d’un duo d’auteurs horrifiques passionnants, Julien Maury et Alexandre Bustillo, ce dernier se prêtant à l’exercice délicat du passage du statut de critique de cinéma à celui de metteur en scène. Généreux à l’extrême, porté par un amour sincère du cinéma d’horreur et des influences marquées, À l’intérieur reste aujourd’hui encore un choc capable de créer le malaise et dont les quelques faiblesses venaient d’incursions fantastiques au sein d’un récit finalement très réaliste. Avec Livide, le duo Maury/Bustillo prend une toute autre direction et affirme son amour pour le fantastique avec un film ancré dans ce mouvement et qui ne s’en détourne que très peu. Un film qui souffre de quelques approximations, assez typiques malheureusement des productions françaises, mais qui ne manque ni d’idées ni de talent. Un conte fantastique, chose assez rare par ici, entre le raté Le Village des ombres et l’excellent Saint Ange.

Livide est un film ouvertement féminin, ce qui le place d’emblée sur les traces de Jean Rollin et Dario Argento, deux figures tutélaires dont on ressentira la présence du premier au dernier plan. Toute l’introduction, mise en place assez maligne de l’héroïne et d’une figure maternelle étrange et exposition en plein jour de ce qui sera le lieu de l’action, principalement nocturne, nous y prépare astucieusement. Le film se permet ensuite un virage un brin audacieux, celui du thriller social – qui tient moyennement la route – et emmène un groupe de personnage vers l’idée saugrenue de cambrioler un manoir, visité plus tôt. Si le scénario de Livide n’est pas le plus brillant de l’année, il a le mérite de privilégier l’efficacité, dans un premier temps au moins. Si les séquences de trouille sont bien trop rares, il faut avouer que Livide, dans sa première partie, bénéficie d’une ambiance anxiogène qui fonctionne parfaitement, avant que le film bascule complètement et embrasse enfin son univers, le fantastique pur. Véritable film de maison hantée made in France, Livide prend son envol dès que la nature des occupants de la maison est révélée. Là encore, rien de bien surprenant mais si le spectateur se laisse aller et entre dans le délire proposé par Maury et Bustillo en lâchant l’ancrage ua réel, c’est formidable. On entre alors de plein pied dans un conte macabre aux visions démoniaques et aux idées géniales qui prouvent une fois de plus qu’on est face à l’œuvre de réalisateurs à la fois sincères et généreux, n’ayant peur d’aucun excès graphique. Des figures qu’on jurerait sorties du bestiaire de Clive Barker se mêlent à un traitement du fantastique assez proche du cinéma espagnol (lui-même puisant une certaine poésie macabre chez Fulci ou Rollin), le tout ponctué de scènes très graphiques voire franchement gores. C’est que Livide porte un regard relativement original et surtout très tragique sur le mythe du vampire qui se voit traité sous l’angle d’une relation mère/fille. Ainsi, Julien Maury et Alexandre Bustillo poursuivent la création d’une œuvre, à priori inconsciente mais bien réelle, sur la figure maternelle dans le cinéma d’horreur. Le traitement est très différent, beaucoup moins glauque et brutal, plus posé et ouvertement poétique, mais la filiation avec À l’intérieur est d’une évidence qui saute aux yeux. Livide risque de perdre ses spectateurs dans un dernier acte osé, et c’est tant mieux car le film déploie des trésors visuels et des séquences belles à en pleurer qui ne sont pas sans rappeler quelques beaux moments d’émotion vampiriques de Thirst ou Blade II, sans oublier bien sur le regard sur l’enfance éternelle directement issu de Morse.

Si le mode de narration de Livide s’avère parfois chaotique, voire maladroit, le film fonctionne par une tenue esthétique assez bluffante. Le duo de réalisateurs et Laurent Barès, magicien de la lumière, ont réussi à construire quelque chose de très élégant et complètement fou parfois, passant de la sobriété à l’hystérie sans aucun problème. Livide est un des films de genre français qui possède la plus belle image, c’est un fait. Que ce soit dans la création d’une peur d’ambiance ou dans ces visions très colorées du passé, le film en impose. Un des très gros problèmes vient des acteurs qui ont quand même tendance à en faire trop, et notamment le casting masculin issu de LOL, voire même Catherine Jacob qui semble légèrement à côté de ses pompes et jamais emportée par son texte. Fort heureusement, Marie-Claude Pietragalla incarne une icône monstrueuse assez fascinante tandis que tout le bien qu’on pensait de Chloé Coulloud – et ses beaux yeux – dans la séquence d’introduction se confirme par la suite. Un film parfois bancal c’est vrai, mais qui possède un charme véritable, de beaux plans iconiques, et prouve qu’il est possible de faire du fantastique de qualité en France, avec un micro-budget. Bien joué.

FICHE FILM
 
Synopsis

En Bretagne, la nuit d'Halloween. Lucie Clavel et deux copains décident sur un coup de tête de cambrioler la maison de Deborah Jessel, une professeur de danse classique, aujourd’hui centenaire énigmatique plongée dans le coma. Durant cette nuit tragique et fantastique, Lucie perse le mystère de cette maison et le secret de Deborah Jessel.