Limitless (Neil Burger, 2011)

de le 01/06/2011
 
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Limitless a fait un carton en salles aux USA, se classant en quatre semaines dans les dix plus grosses recettes de l’année, mais est-ce qu’un champion surprise du box-office est nécessairement un bon film? Evidemment la réponse est non. Et à moins que le spectateur américain ait la mémoire très courte, on peut se demander les raisons d’un tel succès pour un film si mineur et manquant cruellement d’originalité, à tous les niveaux. Limitless n’est pas une purge, mais simplement un film manquant cruellement de personnalité. Rien de bien surprenant ceci dit, venant de Neil Burger, l’ancien réalisateur de clips musicaux à tendance underground dont L’Illusionniste sorti début 2007 souffrait de la proximité écrasante du Prestige de Christopher Nolan. Un réalisateur sans véritable identité rapidement tombé dans l’oubli (qui a vu ou se souvient de The Lucky Ones?) qui revient tel un roublard avec ce thriller faussement intelligent mais réellement divertissant. Mais derrière l’aspect très amusant de la chose, et qui ravira sans doute les spectateurs du dimanche, se cache un film de petit malin qui ne fait pas grand chose d’autre que de piocher des idées dans tous les coins, du cinéma aux clips musicaux, donnant une impression de déjà vu assez gênante, sans parler du fait qu’il souffre de trous béants au scénario. On passe un agréable moment, c’est vrai, mais trop de frime finit par tuer l’idée même de style, et Limitless de tomber dans le très éphémère.

Il y a pourtant une excellente idée dans Limitless, le concept de cette drogue incroyable qui permettrait d’utiliser son cerveau à 100% de sa capacité. Le bouillonnement neuronal qui en découle éclabousse l’écran jusqu’à l’overdose. Limitless débute sur les chapeaux de roue avant d’épuiser son potentiel, et le spectateur en même temps. Concrètement, dès la scène d’ouverture, un flash forward qui montre le héros sur le point de sauter dans le vide, les enjeux basiques du récit sont présents : qu’est-ce qui va mener ce type vivant dans un appartement sublime à sauter dans le vide (ou pas, ça c’est pour plus tard)? Le schéma est connu, et a prouvé son efficacité. Il est d’ailleurs devenu une marque de fabrique de tout thriller qui se veut à la fois cool et intello depuis un certain Fight Club qui s’ouvrait sur le héros avec un flingue dans la bouche. Citer le chef d’oeuvre nihiliste et anarchiste de David Fincher n’est pas anodin tant Neil Burger semble submergé par les emprunts qu’il y fait, tel un vague faussaire en manque d’inspiration, que ce soit sur la narration ou la mise en scène. On ne lui fera pas le même reproche sur le fond de son film qui emprunte lui à… Matrix (cité explicitement d’ailleurs) avec des pilules transcendantes qui sont capables de transformer un âne en cheval de course, ou presque. Alors oui c’est différent c’est vrai, elles sont transparentes ici et pas bleues, et il n’y a pas vraiment de matrice mais la filiation crève les yeux. Limitless par sur ces bases, tel un thriller techno-neo-SF survolté et dopé aux références gracieuses, avant de retomber tel un soufflé à la cuisson ratée. Le rythme ne tient pas, l’intrigue laisse apparaître des trous scénaristiques plutôt embarrassants qui ne laissent aucune chance à la moindre réflexion. Limitless se trouve être une simple série B, ce qui n’est pas une mauvaise chose en soi, sauf que c’est une série B d’assez bas étage et qui peine vraiment à tenir et le rythme et ses promesses (de divertissement, d’action, de thriller). Passée une première partie prometteuse à défaut de passionner, on en vient même à trouver le temps long et les absurdités du récit nous sautent aux yeux de façon d’autant plus évidente. Dommage.

Jouant à fond la carte de l’épate à grands coups d’effets clippesques parfois de très mauvais goût quand ils ne sont pas juste inutiles, Neil Burger tente d’étourdir le spectateur pour mieux lui faire passer sa pilule. On est là devant de la pure frime avec des mouvements de caméra alambiqués, des filtres aux couleurs très agressives et des artifices qui en mettent plein la vue tels ces jump-cuts en morphing si chers à Michel Gondry ou l’utilisation massive (au moins deux longues séquences et le générique d’introduction) du zoom fractal, le zoom infini. Faire un étalage de techniques d’image n’est pas vraiment un soucis sauf quand l’illusion sert à masquer un fond maladroit et quand cette frime ne fait finalement que reprendre des effets bien connus du format court. Et si on veut pousser encore au niveau des maladresses, on notera une morale assez étrange selon laquelle la fin justifie à peu près tous les moyens (y compris la prise de drogues donc) et les femmes ne peuvent se détourner d’un homme de pouvoir. Certain(e)s apprécieront le message, même si l’étiquette série B semble l’en dispenser. Pour le reste, si on ne peut qu’être déçus de voir Robert De Niro ne jamais aller plus loin que sa fichue grimace ou la belle Abbie Cornish n’apparaître que trop peu à l’écran, on peut compter sur la prestation remarquable de Bradley Cooper qui prouve une bonne fois pour toutes qu’il est un grand acteur en devenir en plus d’être un sacré beau gosse. C’est simple, il porte le film tout seul, écrase De Niro à chacune de leurs scènes communes et devient l’attrait principal de Limitless, divertissement frimeur mais amusant.

Avec Limitless, malgré le succès phénoménal du film au box-office, Neil Burger ne s’est pas changé en réalisateur génial. Plombé par un récit maladroit, des fautes de goût douteuses et une réalisation bien trop tape à l’oeil pour être honnête, Limitless déçoit grandement. On passe de la série B survitaminée à une succession de rebondissements surréalistes qui émerveillera sans doute beaucoup de spectateurs mais ne fait au final que pomper allègrement des recettes efficaces de films ou de clips. Toutefois, il y a Bradley Cooper qui en impose dans un vrai premier rôle qu’il tient avec un talent presque surprenant. Limitless, un film plaisant et agaçant à la fois, mais finalement assez oubliable.

FICHE FILM
 
Synopsis

Eddie Morra rêve d’écrire, mais l’angoisse de la page blanche le paralyse. Sa vie sans éclat bascule lorsqu’un ami lui fait découvrir le NZT, un produit pharmaceutique révolutionnaire qui lui permet d’exploiter son potentiel au maximum. Eddie peut désormais se souvenir de tout ce qu’il a lu, vu ou entendu ; il peut apprendre n’importe quelle langue en une journée, résoudre des équations complexes et subjuguer tous ceux qu’il rencontre – tant qu’il reste sous l’influence de cette substance qui n’a pas encore été testée. Très vite, Eddie fait aussi merveille à Wall Street, où ses prouesses attirent l’attention de Carl Van Loon, un puissant magnat de la finance, qui lui propose de négocier la plus grosse fusion de l’histoire. Eddie ignore encore que des gens sont désormais prêts à tout pour mettre la main sur son stock de NZT. Alors qu’il découvre le danger, il doit aussi affronter les terribles effets secondaires du produit. Pour survivre à ceux qui le pourchassent de toutes parts, Eddie puise de plus en plus dans ses réserves. En aura-t-il suffisamment pour se montrer plus intelligent que tous ses ennemis ?