L’homme aux poings de fer (RZA, 2012)

de le 10/01/2013
 
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Avec L’homme aux poings de fer, le rappeur RZA, figure centrale du Wu-Tang Clan, réalise un rêve de gosse. Un rêve qu’il vaut mieux avoir partagé avec lui pour apprécier ce méli-mélo d’influences diverses et pas toujours cohérentes, handicapé par une mise en scène et un montage pas toujours justes, et un scénario un peu bête. Mais l’effort transpire tellement la sincérité, la générosité et l’amour pour tout un pan de cinéma chinois bis et flamboyant, qu’il n’en reste pas moins très attachant et et provoque une véritable décharge de pure jubilation.

RZA c’est un peu le gamin du Royaume interdit doublé du tueur de Ghost Dog. Un esprit dans un corps et une culture qui ne semblent pas être les siens. Il a rapidement intégré sa passion pour la culture chinoise et en particulier la cinématographie de la Shaw Brothers pour forger l’univers à la fois visuel et musical du Wu-Tang Clan. En se rapprochant du cinéma en composant quelques bandes originales mémorables (Ghost Dog donc, mais également Kill Bill et Afro Samurai), la suite logique pour lui est donc le passage à la réalisation. Aidé par le très surcoté Eli Roth au scénario – logiquement un des gros points noirs du film – et soutenu par Quentin Tarantino himself, RZA se fait plaisir et livre ni plus ni moins qu’un pur film de fanboy avec toutes les conséquences que cela peut avoir. Clairement pas aussi à l’aise dans la mise en scène et la narration que son parrain, il accouche d’une série B foutraque, violente et riche en hémoglobine, complètement chaotique et dopée aux motifs fondamentaux d’une large sous-culture. Bien entendu c’est le wu xia pian qui est à la fête mais pas seulement, car l’amour pour le cinéma bis de RZA n’a pas vraiment de frontières et reproduit autant des figures du western spaghetti que de l’heroic bloodshed façon John Woo.

L'homme aux poings de fer 1

Concrètement, le scénario de L’homme aux poings de fer est un vaste gloubi-boulga qui pourrait faire passer le plus incompréhensible des films HK des années 90 pour une merveille de rigueur d’écriture. Mais cette faiblesse bien évidente, et qui peut rapidement agacer, n’est pourtant pas rédhibitoire tant elle s’inscrit finalement dans une sorte de tradition. Des personnages entrent et sortent du cadre tels des icônes, se mettent sur la gueule à grands renforts de chorégraphies bien tenues et souvent référentielles (réglées par Corey Yuen, pas n’importe qui), semblent s’immiscer dans des intrigues tortueuses de luttes de pouvoir et de trahisons multiples, mais l’ensemble manque clairement d’une ligne directrice cohérente. On se situe face à un enchainement de séquences pas très élégant mais qui pourvoie pourtant à ce qu’un fanboy de la trempe de RZA peut attendre de l’exercice. L’homme aux poings de fer comporte une somme de gros combats qui revisitent en mode pulp anachronique (par la bande-son hip-hop par exemple) des figures bien connues des amateurs de la Shaw Brothers. En résulte quelque chose qui flirterait bien volontiers avec le Z, par des cadrages approximatifs, un montage parfois incompréhensible et des tics visuels empruntés au clip old school (les multiples split-screens) mais qui remplit pourtant son contrat : délivrer suffisamment d’action, de grosses punchlines et de gore qui tache. L’homme aux poings de fer se veut une sorte de film-somme sous forme de patchwork d’influences bien visibles pour le spectateur qui aurait la même approche d’une culture cinématographique de RZA, c’est clairement sa force mais également sa plus grosse faiblesse tant l’hommage foutraque finit par prendre le pas sur tout le reste. Il y a de quoi s’amuser pendant 1h30, voire de prendre son pied parfois car le bonhomme pond tout de même une poignée de séquences qui ne cachent pas leur volonté d’imprimer les rétines (à peu près chaque apparition de Russell Crowe est pensée comme un instant culte, l’attaque des filles de joies est totalement jubilatoire, quelques combats impressionnent…). Mais la sensation de se trouver face à un ersatz bis et pas fin du tout de Kill Bill est bien présente.

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La faiblesse du scénario se retrouve dans l’utilisation massive et lourdingue de la voix off pour tenter de constituer un récit, vainement. Laborieux, L’homme aux poings de fer mélange un peu toutes les figures du cinéma de Chang Cheh, amitiés viriles en tête et progression d’un héros mutilé, du WXP plus moderne avec ses combats câblés et ses décors bien connus, du western italien avec son cowboy et ses prostituées (qui renvoient en même temps à tout un pan du cinéma d’exploitation japonais) et RZA se fait plaisir jusque dans des interludes assez touchants lorsqu’il se permet par exemple de rejouer dans son univers une séquence de The Killer de John Woo avec la célèbre chanson « Qian zui yi sheng » de Sally Yeh. Autant d’éléments qui transpirent clairement l’amour profond du réalisateur pour ses modèles qu’une certaine incompétence à les assembler de façon harmonieuse. D’autant plus que si l’ensemble du casting se fait plaisir dans un surjeu total, assez plaisant au demeurant avec un Russell Crowe déchainé, une Lucy Liu toujours aussi charismatique, quelques figures issues du cinéma US sous influence hong-kongaise (Byron Mann) et la présence toujours intacte du maître Gordon Liu, il y a un vrai problème avec RZA acteur. Il se donne le rôle du véritable héros, du narrateur, et il lui manque une véritable présence à l’écran qui vient notamment ruiner quelques combats au demeurant pas dégueulasses. Orgie de sang numérique, d’armes blanches surréalistes et de poses iconiques, L’homme aux poings de fer a beau transpirer la sincérité, il n’en reste pas moins un film excessivement bancal auquel il manque un scénario digne de ce nom et peut-être un véritable metteur en scène pour imposer une vision autre que celle du fanboy qui tente de reproduire maladroitement ce qui a forgé tout son mode de vie. Reste qu’on y trouve nombre de beaux moments qui font qu’il est bien difficile de bouder son plaisir, sans doute un brin coupable mais bien réel.

FICHE FILM
 
Synopsis

Depuis son arrivée dans un village de la jungle chinoise, un forgeron venu de la ville est contraint par des factions tribales radicales à fabriquer des armes de destruction élaborées. Quand l'irruption d'une guerre clanique semble inévitable, l'étranger fait appel à une énergie ancestrale qui le transforme en une véritable arme humaine. Combattant aux côtés de héros de légende et d'implacables brutes, cet ancien reclus va devoir apprendre à contenir et maîtriser son nouveau pouvoir s'il veut parvenir à sauver ceux à qui il a choisi de se rallier.