Les Yeux de sa mère (Thierry Klifa, 2011)

de le 23/03/2011
 
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Après Une vie à t’attendre et Le Héros de la famille reçus de façon très partagée par la critique, l’ancien journaliste parmi les pièces maîtresses de Studio (il y a passé plus de dix ans) Thierry Klifa remet le couvert dans un ambitieux drame familial. Ambitieux sur le fond, ambitieux sur la forme jusque dans son casting de stars établies ou montantes, Les Yeux de sa mère n’est pourtant pas une réussite. Pourtant des atouts sérieux le film en est littéralement bourré. Le mot précédent est choisi soigneusement afin de saisir à quel point Les Yeux de sa mère souffre d’un trop plein constant. Trop plein de personnages, trop plein de sous intrigues, trop plein de portraits, jusqu’à l’overdose inévitable. L’exercice du film choral est périlleux et nécessite un sens aigu du dosage, du tempo. Il n’est pas nécessaire, et il est même déconseillé, d’abuser de détails sur les trajectoires secondaires. Problème: c’est exactement ce que fait Thierry Klifa. Comme on le comprend, avec son beau casting qu’il veut éclairer sous la même lumière, des gloires éternelles aux révélations. Mais ça ne prend pas, à trop vouloir en faire il passe à côté du film qui devient rapidement imbuvable malgré toutes les meilleures intentions du monde. Et c’est rageant car tout était là pour apporter du sang neuf.

Les Yeux de sa mère navigue entre deux eaux, ou plus. Entre la chronique familiale et le drame oedipien, entre la quête identitaire et le thriller. Le fait est que tout, absolument tout, y est intéressant mais que le déséquilibre général, l’absence de folie, une trop forte rigidité dans l’explication qui ne laisse aucune place au doute, tout cela ne mène à rien. Flirtant pourtant avec les deux heures de film, Les Yeux de sa mère développe pendant ses 3/4 un récit faussement alambiqué et carrément incompréhensible qui ne trouve un semblant de liant que dans le tout dernier acte. Le processus n’a rien de nouveau, il est habituellement très efficace, mais il ne fonctionne pas totalement ici. La faute encore à cette profusion de détails et de personnages, de seconds rôles qui ne restent pas dans cette position et viennent carrément troubler le récit vital sans que l’on sache finalement de quelle histoire on veut nous causer.

La réflexion sur la maternité est maladroite, le « chasseur » qui tombe amoureux de sa proie est une figure tellement vue et revue qu’elle n’apporte rien de bien intéressant, la mise en abyme d’une actrice mythique (Deneuve) dans le rôle d’une présentatrice de JT renvoyée sur la touche n’est finalement qu’un prétexte pour illustrer un conflit mère-fille… des thèmes passionnants parcourent l’oeuvre sans éclater, à l’exception peut-être de la réflexion sur le secret, celui qui détruit tout dans les relations en famille ou entre amis. Mais c’est finalement assez peu à se mettre sous la dent. Et à l’image de ce climax où tous les récits se chevauchent artificiellement, l’impression qui reste est celle d’un film qui veut trop en faire, beaucoup trop, ne trouvant pas ses limites alors qu’il en avait bien besoin.

Si son récit se perd complètement et provoque un désintérêt progressif, on ne reprochera pas à Thierry Klifa de proposer un traitement visuel lui aussi assez ambitieux, et réussi, à son film. Mais là encore, il souffre d’une étrange dichotomie. D’un côté on retrouve un côté très réaliste pour les séquences de Bretagne le jour ou des intérieurs de bureau, tandis que de l’autre côté on a droit à des scène extrêmement stylisées et dignes d’un véritable thriller sophistiqué. En résulte une image clairement belle, mais une identité graphique finalement difficile à définir, comme un manque réel de personnalité dans la mise en scène. Par contre on peut féliciter Thierry Klifa pour au moins deux choses sur lesquelles il est inattaquable: son regard affûté pour filmer les corps, en mouvement ou pas, et un vrai talent de directeur d’acteur. S’il les mets tous, et trop, sur un pied d’égalité, il parvient à tirer le meilleur de chacun. Et ce même si le visage de Catherine Deneuve apparaît comme figé. L’exemple le plus frappant, c’est Nicolas Duvauchelle, époustouflant dans sa composition très éloignée de ce à quoi il a pu nous habituer. Mais tous sont logés à la même enseigne, excellents, et ils sont les principaux attraits de ce film intéressant mais maladroit.

[box_light]Chronique familiale, thriller armoricano-parisien, drame sur fond de télévision et d’héritage espagnol, Les Yeux de sa mère ne manque pas d’ambition. Mais le trop étant souvent l’ennemi du bien, il y a un peu trop de tout là-dedans. Trop d’acteurs, trop d’intrigues, et surtout trop de fausses pistes dans tous les sens pour pas grand chose. On se console avec cette sublime brochette d’acteurs tous très bien dirigés et un sens de la mise en scène presque surprenant, mais tout cela ne cache en rien la pauvreté d’un scénario qui se plante à trop vouloir en dire. Dommage.[/box_light]

FICHE FILM
 
Synopsis

Un écrivain en mal d'inspiration infiltre la vie d'une journaliste star de la télé et de sa fille danseuse étoile pour écrire à leur insu une biographie non autorisée. Pendant ce temps, en Bretagne, un garçon de 20 ans, Bruno, qui habite avec ses parents, ne sait pas encore les conséquences que toute cette histoire va avoir sur son existence...