Les Voyages de Gulliver (Rob Letterman, 2010)

de le 17/02/2011
 
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Voilà donc le monument nanardesque égocentrique de Jack Black copieusement conspué à sa sortie par la critique américaine. Pourquoi tant de haine? Est-ce si mauvais que ça? Malheureusement oui, c’est une catastrophe. Et on a beau porter à l’acteur, un des comiques les plus doués de sa génération, un amour et une admiration sans limites, le fait est qu’on peut sérieusement se poser la question sur les raisons qui l’ont poussées à pondre ce truc imbuvable. Car même si Les Voyages de Gulliver est un film ouvertement adressé aux enfants (quoique certains gags sont tout de même limite), on peine à retrouver ce qui faisait le charme de l’acteur dans Tenacious D in the Pick of Destiny, Tonnerre sous les tropiques ou Soyez sympas, rembobinez! pour ne prendre que quelques exemples. Dans cette nouvelle adaptation du livre éponyme de Jonathan Swift (adapté une bonne vingtaine de fois depuis le début du XXème siècle au cinéma et à la TV), il semblerait que le propos du roman extrêmement satirique ait été complètement perverti au profit d’un spectacle peu qualitatif en termes de divertissement. Pourtant le duo de scénaristes Joe Stillman et Nicholas Stoller ont déjà montré qu’ils étaient capables d’excellentes choses par le passé, que ce soit sur Beavis et Butt-Head et Shrek pour le premier, ou American Trip pour le second. De même que le réalisateur Rob Letterman habituellement dans le registre de l’animation (Gang de requins et Monstres contre aliens). Sauf que Les Voyages de Gulliver est la preuve qu’une association de talents ne suffit pas à faire un bon film. Loin de là.

Des voyages du roman il n’en reste qu’un seul, celui à Lilliput, exit les trois autres, début de la trahison. Quand Jonathan Swift s’amusait à critiquer sous métaphores le régime anglais du XVIIIème siècle, cela avait un sens, quand Jack Black débarque à Lilliput avec la raie du cul qui dépasse du short et son IPhone, ça n’en a plus aucun. Tellement bourré d’anachronismes qu’il en devient pathétique à la longue alors qu’il aurait pu en jouer intelligemment, Les Voyages de Gulliver surprend vraiment par sa médiocrité. Transposer une oeuvre vieille de plusieurs siècles dans un monde contemporain est une chose risquée mais faisable, il y a des centaines de preuves, mais pourquoi par exemple garder les lilliputiens habillés en costume du XVIIIème? C’est complètement stupide! C’est un détail dans le naufrage global, et le très jeune public auquel est destiné le film n’en sera sans doute pas étonné, mais tout de même, on se demande ce qui a bien pu passer par la tête des scénaristes.

On peut imaginer qu’ils se sont laissé écraser par Jack Black, également producteur, tant tout cela ressemble plus à un one-man-show de l’acteur peu inspiré qu’à un véritable film familial. Lui a l’air de s’amuser comme un fou à éteindre un incendie en pissant sur un château miniature, à chanter, danser, refaire à sa sauce ses films préférés et se battre contre un robot géant dans un hommage bancal au kaijū eiga. Sauf que malheureusement son plaisir est loin d’être communicatif et l’humour pipi-caca finit par sérieusement agacer. Et à y regarder de plus près ce n’est pas certain que nos chères têtes blondes y trouvent leur compte non plus tant le récit manque cruellement d’enjeux et sonne complètement faux, en plus d’être assez peu drôle et rythmé. Grosse douche froide donc pour les amateurs de Jack Black qui a semble-t-il atteint et largement dépassé ses limites dans ce gloubi-boulga qui malgré son budget dément (autour de 112 millions de dollars) s’avère relativement moche.

Les incrustations sont globalement pas géniales, et là encore, étant donné le budget titanesque déployé, c’est plutôt étrange. Jamais les effets visuels ne viennent relever le niveau d’une mise en scène aussi pataude que souffrant d’un excès d’académisme sans talent. À part pour l’acteur qui fait le pitre, il n’y a aucune folie dans Les Voyages de Gulliver, et c’est bien là le problème. Tous les seconds rôles, pourtant tous portés par d’excellents acteurs (Emily Blunt, Amanda Peet, Jason Segel) sont sacrifiés et relayés au rang de faire-valoir pour Jack Black, engoncés dans leurs costumes ridicules et leurs dialogues imbuvables. À trop forcer sur la fibre geek sans rien apporter d’autre que des clins d’oeils à Star Wars et Titanic, une étape est franchie dans le cinéma d’entertainment-poubelle. Les Voyages de Gulliver brasse du vide, n’amuse que trop peu et cède la plupart du temps au ridicule total, à l’image de ce final musical pour le moins déconcertant. Autant passer son chemin, d’autant plus que le supplément pour voir la chose en 3D n’est jamais justifié.

[box_light]Voilà ce qui ressemble au film du divorce entre Jack Black et son public. Ne sachant jamais vraiment quelle est la cible du film, les plus jeunes ou les adolescents, il ne livre qu’un vulgaire et grossier one-man-show rarement drôle, assez ennuyeux, porté par un humour en dessous de la ceinture jamais efficace et globalement raté. Complètement égocentré et boursouflé, rongé par une lourdeur de chaque instant, Les Voyages de Gulliver parvient même par sa médiocrité à masquer une trahison lamentable de l’oeuvre originale. À oublier, et vite.[/box_light]

FICHE FILM
 
Synopsis

Lemuel Gulliver, modeste employé au service courrier d’un journal new-yorkais, rêve de devenir grand reporter. Après avoir menti pour se voir confier la rédaction d’un article sur le triangle des Bermudes, il fait naufrage et se réveille sur Lilliput, une terre mystérieuse peuplée d’êtres minuscules. Dans ce nouveau monde fantastique, Gulliver est enfin un grand homme - en taille et en ego - surtout après avoir raconté des histoires dans lesquelles il s’attribue le mérite des plus grandes inventions du monde et se place au centre des évènements historiques. Mais la fausse image qu’il se donne entraîne ses nouveaux amis vers une dangereuse bataille. Quand les choses tournent mal, Gulliver doit trouver d’urgence un moyen de réparer ses erreurs. Il va découvrir que la vraie grandeur est intérieure…