Les Seigneurs de la guerre (Peter Chan & Raymond Yip, 2007)

de le 25/09/2009
 
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Un film de guerre en costumes par un réalisateur avant tout producteur à succès (il a produit les frères Pang et même Tsui Hark et John Woo!) qui se met à l’occasion derrière la caméra, c’est étonnant. Quand on regarde qu’en plus le dernier film en date du bonhomme est une pure comédie musicale, certes magnifique (Perhaps Love) mais loin de l’ampleur barbare nécessaire aux Seigneurs de la Guerre ça fait même peur!! Le résultat c’est pourtant un raz de marée au box office et dans les festivals, le budget colossal de 40m$ est amorti pour ce qui nous est vendu comme « le plus gros succès de tous les temps en Asie » et qui une fois de plus en occident a été tronqué de précieuses minutes (15 pour être précis). Aujourd’hui on peut découvrir cette grande fresque dans sa version complète et ce qu’on peut dire d’entrée c’est que le succès est mérité car oui c’est un grand film! Certes on va le comparer aux maîtres étalons du genre et il n’en sortira pas toujours grandi mais c’est du beau cinéma.

Déjà on trouve un casting qui fait plaisir! Jet Li, Andy Lau et Takeshi Kaneshiro sur une même affiche ça claque, surtout quand on sait à quel point ces trois acteurs sont capables de s’impliquer quand un projet les tient à cœur. Le premier, on le sait, n’est jamais aussi bon que quand il tourne en Chine, on l’a vu dans sa période pré-Hollywood puis il y a peu dans le Maître d’Armes. Ici l’artiste martial est avant tout un acteur car il ne nous montre aucun mouvement de wushu qu’il maîtrise tant, et on peut dire que c’est un bel acteur tant sa performance est éblouissante et restera sans doute longtemps comme son meilleur rôle! Il fallait bien ça pour tenir tête aux deux autres qui sont complètement habités par leur rôle. Les trois ensemble forment un des plus beaux trios de frères d’armes qu’on ait pu voir et plus encore que les scènes de bataille, c’est leur relation qui est au coeur du film.

Ainsi au premier abord on est presque déçu car on s’attendait à une épopée barbare, un vrai film de guerre. Dans un sens ça en est un, mais pas complètement… Ainsi on obtient un film mélange de Wu Xia Pian pour quelques combats au sabre, de film de guerre pour la trame principale et de thriller politico-social dans la dernière partie! En effet la partie guerrière est envoyée dans le premier quart du film et on peut dire que le réalisateur n’est pas radin en combats! Du combat bien réaliste, ça tape fort, ça tranche des membres à la pelle… bref c’est la guerre et ça ne rigole pas! Le film est dans sa partie la plus violente physiquement et à mesure qu’on s’approche d’un quasi-climax mettant en scène un Takeshi Kaneshiro en transe et qui hérite de la scène la plus mémorable du film, l’ensemble s’assombrit de plus en plus alors que le lien entre les trois frères d’armes s’étire jusqu’à la rupture qu’on peut imaginer.

C’est traité de façon étonnante… on suit une campagne guerrière sensée se dérouler sur plusieurs années donc on s’attend forcément à subir des ellipses narratives sauf que là elles sont étranges! Le siège de la ville de Nankin est complètement zappée, la campagne qui dure un an également… deux étapes essentielles qui nous sont cachées!! En fait il y a une très bonne raison à cela, malgré les moyens considérables mis en œuvres Peter Chan ne cherche pas le grand spectacle à tout prix. Ce qu’il veut c’est nous raconter une histoire d’hommes et comment le pouvoir peut venir corrompre la plus belle des amitiés. C’est de cela qu’il s’agit dans les Seigneurs de la Guerre, ces trois frères d’armes aux ambitions à priori pures se divisent à un tel point qu’on a presque du mal à comprendre! Pourtant c’est clair, le personnage de Jet Li était un soldat, il commandait déjà des hommes dans un système qu’il connaît très bien, Andy Lau (énorme dans son rôle) était un chef de brigands loin de l’état d’esprit d’un militaire, et Takeshi Kaneshiro (en retrait mais intense) était son second, il se retrouve divisé entre deux leaders, l’un naturel, l’autre qui s’est imposé.

On se retrouve donc dans un vrai film de personnages complexes, le plus étonnant restant celui de Jet Li, et dont les motivations évoluent considérablement, à moins qu’il les ait toujours cachées. Obstination pour l’accès au vrai pouvoir, manipulations politiques, désillusions, trahisons… on entre rapidement dans des intrigues de palais absolument passionnantes, d’autant plus que s’y ajoute de plus en plus l’élément perturbateur capable de déclencher des guerres, une femme. Elle parcourt le récit souvent en retrait et pourtant elle en est le moteur. Pang est une sorte de Tony Montana chinois, il veut le pouvoir et les femmes avant tout, ses amis, ses frères, n’étant que des éléments anodins lui permettant d’y arriver. Les trois acteurs et la belle Xu Jinglei donnent corps à cette intrigue qui n’ennuie jamais et passionne vraiment pendant deux heures.

La mise en scène de Peter Chan laisse voir des choses qu’on n’attendait presque pas de lui, c’est carrément virtuose, les chorégraphies de Ching Siu-Tung bien ancrées dans le réel sont superbes et la direction artistique parfaite nous immerge dans une période sombre et crade à souhait. Du coup, avec un sujet intéressant, un casting monstrueux et un final assez dément, le seul vrai défaut serait cette narration qui nous laisse parfois sur notre faim… mais il y a un autre point majeur qui malheureusement empêche les Seigneurs de la Guerre d’être une nouvelle référence. Et ce n’est pas vraiment la faute à Peter Chan, c’est celle de John Woo qui avec ses 3 Royaumes a réussit le film de guerre en costumes parfait. Et en comparant les deux celui de Chan parait bien en retrait… S’il n’y avait pas eu la fresque de Woo, on tenait là un des tous meilleurs depuis quelques années mais quoi qu’il en soit, ça reste une immense réussite qui n’a pas volé son succès!

FICHE FILM
 
Synopsis

Un militaire, un homme d'honneur, un idéaliste. Trois hommes que le hasard réunit se jurent fidélité et allégeance. Désormais, ils seront frères de sang, à la tête d'une armée de bandits dont ils feront leurs soldats. Ensemble, ces seigneurs de la guerre combattront pour obtenir le pouvoir. Une fois la victoire accomplie, le plus dur les attend : honorer le serment qui les unit.