Les Schtroumpfs (Raja Gosnell, 2011)

de le 01/08/2011
 
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Qu’ont en commun les films Big Mamma, Scooby-Doo, Scooby-Doo 2 – Les monstres se déchaînent ou encore Le Chihuahua de Beverly Hills? Et bien, en plus d’être d’incroyables navets, ils sont tous l’oeuvre de Raja Gosnell. Ancien monteur sur des comédies à succès telles que Maman, j’ai raté l’avion! ou Mme Doubtfire, il est depuis passé maître dans l’art de la purge filmique. Et voir le nom de ce tâcheron attaché à une improbable adaptation des Schtroumpfs sur grand écran n’augurait rien de bon, l’oeuvre de Peyo méritant bien mieux que ça. Les miracles peuvent arriver au cinéma mais vraisemblablement pas là, car Les Schtroumpfs, avec son argument 3D grotesque, vient prendre sa place dans la longue liste d’adaptations de bandes dessinées ou dessins animés en tous points honteuses. Un film semble-t-il calibré pour les enfants en très bas âge ou les simples d’esprit tant il prend son public pour des imbéciles malheureux. Si ce n’est la couleur bleue, rien, mais alors absolument rien, ne fait honneur à l’univers si fantastique construit par l’auteur belge qui doit se retourner dans sa tombe de voir ses créatures maltraitées et souillées de la sorte. C’est une honte, tout simplement.

L’exercice tient la route pendant une dizaine de minutes, le temps de l’introduction. Y sont présentés de façon extrêmement didactique tous les petits schtroumpfs et leurs caractères respectifs pour poser convenablement l’univers, et ça fonctionne plutôt bien. On y croise déjà Gargamel, bénéficiant de l’interprétation sans la moindre finesse de Hank Azaria qui confond outrance maîtrisée et n’importe quoi, mais on a toujours envie d’y croire. Puis, le temps d’une pirouette scénaristique assez brusque, une poignée de Schtroumpfs ainsi que leur duo d’ennemis jurés (Gargamel et son chat Azrael) se retrouvent catapultés en plein New York contemporain. Et il n’a fallu pas moins de quatre scénaristes (surtout des types qui ont bossé sur des chefs d’oeuvres avec Eddie Murphy ou Martin Lawrence, ou Shrek 2, des pointures donc) pour pondre cette idée débile. Toutes les erreurs sont commises en un instant. Et tout ceci pour réduire à néant ce qui fait le coeur des schtroumpfs, à savoir la notion de communauté, essentielle, et leur univers forestier. Il est incroyable que les ayant droits aient laissé faire ça, tant l’âme de cette bande-dessinée est ici piétinée sans aucun scrupule. Quelle était l’idée? Créer un décalage entre des schtroumpfs en image de synthèse et un univers urbain? Dans un premier temps peut-être, et on y adhère quelques minutes avant de voir débarquer assez clairement le message derrière tout ça, un message bien dégoulinant et sans grand intérêt.

[quote]Ce film est une immonde schtroumpf, qui donne envie de schtroumpfer

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En effet, les personnages bleus ont beau se trouver au premier plan à l’image la majorité du temps (1h45 interminables), ils ne sont que des faire-valoir pour la véritable histoire, celle du couple Patrick et Grace. Mais plus encore, à celle du couple qu’ils doivent devenir. Apologie gerbante de l’idéal de famille américaine telle qu’on ne pensait plus en voir au cinéma, Les Schtroumpfs se pose là avec son message martelé, souligné et éclairé des dizaines de fois : « Travaillez dur, trouvez une femme et fondez une famille! » La thèse est très simple, l’accomplissement pour l’homme et la femme est de devenir papa et maman. Quel beau message pour les enfants. À leur naissance à la fin des années 50 les Schtroumpfs développaient déjà des idées plus modernes, c’est incroyable de bêtise. Et ce sans même parler de la figure de l’étranger qui est également souillée comme rarement. Reste que le film s’adresse exclusivement aux plus jeunes qui ne subiront le message qu’inconsciemment et s’amuseront pour leur part avec les aventures de ces quelques personnages à New York, les quelques scènes d’action ne pouvant être réellement appréciables une fois passé l’âge de 8 ans. Le personnage du méchant est une caricature en puissance sans la moindre ombre de finesse, et c’est son sidekick qui s’avère le plus drôle.

On l’aura compris, c’est assez nul, même si les plus jeunes semblent apprécier la chose. L’héritage de Peyo subit à peu près tous les outrages, les schtroumpfs allant jusqu’à poser un rap sur du Aerosmith pendant une partie de Guitar Hero, on touche le fond. Côté comédiens, on se demande ce qu’ils sont venus faire ici, à commencer par Neil Patrick Harris à côté de ses pompes. Visuellement on va du pas terrible au moyen, avec une intégration des schtroumpfs dans l’environnement qui a plutôt de la gueule sauf quand il y a interaction avec des humains. À ce moment là on découvre avec stupéfaction que le résultat était plus probant dans Qui veut la peau de Roger Rabbit? il y a presque 25 ans. Pas très beau, pas très drôle, à de rares exceptions près, porté par une morale en retard de plusieurs générations et souillant l’esprit même de l’univers original, Les Schtroumpfs version 2011 et sa 3D totalement inutile est un échec sur à peu près toute la ligne. Mais qu’ont bien pu faire nos enfants pour mériter telle punition au cinéma?

FICHE FILM
 
Synopsis

Chassés de leur village par Gargamel, le méchant sorcier, les Schtroumpfs se retrouvent au beau milieu de Central Park à travers un portail magique.