Les Rois du désert (David O. Russell, 1999)

de le 22/07/2010
 
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Les guerres se suivent et se ressemblent, et dans l’histoire américaine si le Vietnam n’est plus qu’un souvenir ce sont les guerres du Golfe qui l’ont remplacé. Ainsi aujourd’hui ce sont les traumas de l’invasion en Irak que l’ont voit apparaître dans divers films, à l’image de Brothers récemment. En 1999, David O. Russell, qui n’a réalisé depuis que le merveilleux J’adore Huckabees, nous livrait sa vision de la première guerre du Golfe alors terminée officiellement 8 ans plus tôt. Et si on a souvent comparé les Rois du Désert à M.A.S.H. pour son côté satyrique, il convient plutôt d’y voir un parallèle avec Jarhead de Sam Mendes. Car les Rois du Désert n’est pas une comédie malgré quelques scènes ouvertement humoristiques, il s’agit plus d’une comédie dramatique. Sauf que ce serait le catégoriser, ce qui est difficile dans ce cas précis. Concrètement on se retrouve face à différents niveaux de lecture avec un film de guerre, un film d’aventure, un drame et une comédie satyrique, soit un cocktail assez détonnant qui n’avait pas vraiment trouvé son public il y a une dizaine d’années, sans doute car il n’avait pas peur de mettre le peuple américain face à la réalité de cette guerre absurde gagnée par CNN. L’Amérique a toujours été fière de ses soldats, mais David O. Russell, qui signait là le scénario en adaptant une histoire de John Ridley (auteur de U-Turn), n’a aucun complexe à écorcher l’image des héros de la nation, et livrait pour l’occasion un film vraiment brillant.

Au delà du clin d’oeil aux 3 Godfathers de John Ford (le Fils du Désert), David O. Russell développe son récit qui s’articule principalement autour de quatre soldats foncièrement différents qui, à la fin de la guerre, décident d’enfin faire passer leur intérêt personnel avant celui de leur pays. Leur aventure prend l’apparence d’une simple chasse au trésor qui, on s’en doute rapidement, va mal tourner à grands coups de rebondissements inattendus. Et si voir les Rois du Désert au premier degré fonctionne sans le moindre problème du début à la fin, le film s’appuyant sur un savant dosage d’aventure, d’action et d’humour, c’est bien le sous-texte d’une intelligence et d’une férocité rare qui se trouve être le plus intéressant. Ainsi sont mis en avant quelques sujets importants liés à cette fameuse opération Tempête du Désert, évènement plus médiatique qu’autre chose pour couvrir un pillage en règle comme savent si bien le faire les USA. Sauf que derrière les images sensationnelles, un pays n’a pas vraiment été libéré, au contraire.

Déploiement de moyens colossaux, envoi d’hommes formés à « tuer des arabes » sans qu’ils ne sachent pourquoi ils se sont retrouvés sur le sol irakien, ordres confus, ennui, attente. Les Rois du Désert correspond bien aux retours de vétérans de cette guerre absurde, de cette vaste blague. On y voit que ces hommes partant avec de bonnes intentions bien que discutables (servir leur pays) ont été formés pour être des machines de guerre mais n’ont pourtant pas vu le moindre affrontement. Il y a dans le film une scène surréaliste quand ces 4 soldats découvrent qu’il y a bien eu une guerre, que des familles ont été exterminées et que le territoire est en réalité un champ de mines. Sauf qu’intelligemment David O. Russell nous délivre ce message par le biais d’un humour caustique. Jamais lourd, jamais vraiment grotesque, jamais hilarant non plus, l’humour est simplement utilisé comme outil pour déployer un discours bien plus vaste sur l’absurdité de cette guerre et ses conséquences sur le peuple irakien qui continue de souffrir après la fin du conflit, de la même manière qu’il souffrait avant. Ou même pire, alors que les forces armées américaines sont toujours présentes. C’est par le biais du personnage de Saïd Taghmaoui, au cours d’une scène d’interrogatoire mémorable, que le réalisateur prononce ouvertement son discours avec une efficacité stupéfiante.

Pour illustrer une situation générale surréaliste par la petite aventure rocambolesque, David O. Russell utilise là encore intelligemment les outils cinématographiques mis à sa disposition. Pour appuyer la perception erronée de ces soldats face à la réalité, il se permet des distorsions d’images et autres effets de mise en scène justement dosés afin de ne pas transformer le film en clip musical mais qui sont clairement à leur place. Et si l’ensemble flatte généralement la rétine sans qu’il n’y ait d’immense tour de force à la réalisation, on sent bien que rien n’est gratuit. Ainsi O. Russell parsème les Rois du Désert de quelques plans chocs: une balle tirée à bout portant dans la tête d’une femme, un enfant mourant sous les bombes, il n’en oublie pas qu’une zone de guerre est un lieu où se passent des atrocités. Et même quand il utilise des effets presque cartoonesques comme quand il illustre les dégâts d’une balle dans le corps, il y a une justification sérieuse derrière.

Quand on voit la tournure engagée qu’a pris sa carrière on n’est pas vraiment étonné de trouver George Clooney en tête de ce joli casting. Il apporte à cet officier presque retraité une forme de cynisme décapant. À ses côtés Mark Wahlberg et Ice Cube assurent dans leur rôle de suiveurs qui veulent juste pouvoir quitter leur boulot en rentrant au pays. Plus étonnante est la présence de Spike Jonze dans le rôle du simplet de la bande, le plus naïf mais finalement le plus vrai de tous. Le futur réalisateur de Max et les Maximonstres, qui la même année réalisait son premier film Dans la Peau de John Malkovitch, fait preuve d’un réel talent d’acteur et campe un personnage vraiment attachant.

[box_light]Film de guerre pas vraiment comme les autres, les Rois du Désert cache derrière un premier degré rafraichissant, drôle et bourré d’action, une critique assassine de l’interventionnisme américain au moyen-orient. David O. Russell trouve la recette idéale pour faire passer son propos assassin sans pour autant tomber dans la caricature du donneur de leçon. Il s’agit là du film le plus intelligent consacré à la guerre du Golfe, quelques années avant que Jarhead ne vienne enfoncer le clou pour dénoncer ce qui restera comme un show télévisé abject pendant lequel un peuple croyait se faire libérer et n’a que souffert un peu plus.[/box_light]

FICHE FILM
 
Synopsis

Quatre soldats, Archi, un béret vert, Troy Barlow, un jeune idéaliste, Elgin et Conrad Vig, déçus et frustrés par l'aboutissement de la Guerre du Golfe, cette guerre high-tech aux allures de jeu vidéo, décident de prendre une petite revanche. Ils concluent qu'ils méritent bien une petite compensation et montent hâtivement une expédition secrète en vue de récupérer une partie des lingots volés par Saddam Hussein au Koweit. Au cours de leur étrange périple dans le désert irakien, les quatre aventuriers découvrent pour la première fois le vrai visage de la guerre.