Les Promesses de l’ombre (David Cronenberg, 2007)

de le 30/11/2007
 
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Après la véritable résurrection que constitua A History of Violence, et qui a permis de replacer l’immense David Cronenberg tout en haut dans le coeur des cinéphiles (après l’auteurisant et relativement maladroit, même si en partie réussi, Spider et sa vision un brin lourdingue de la schizophrénie), le réalisateur nous livre un film dans la veine du précédent tout en effaçant tout ce qui avait pu en gêner certains, qui n’avait sans doute pas tout à fait saisi la subtilité de ce petit chef d’oeuvre subversif. Le résultat est une bombe atomique comme on pouvait s’y attendre.

Ce qui est devenu intéressant chez David Cronenberg, c’est sa faculté à prendre un matériau de base plutôt classique, d’y ajouter de plus en plus subtilement ses obsessions et thèmes les plus chers, et d’en faire une oeuvre complètement à l’opposé de ce qu’on pouvait attendre. Cela était bien visible dans A History of Violence avec en apparence un film de commande mainstream presque indigne du maître mais qui cachait une féroce dénonciation du rapport de la société à la violence et une déconstruction en règle de l’image de famille idéale si chère à nos voisins d’outre-atlantique. Ici, sur un fond de polar mafieux au sein de la mafia russe, on a droit à une superbe réflexion sur les notions de pouvoir, de famille, sur les apparences souvent trompeuses et sur le rapport à sa propre image en général.

En enchaînant de façon presque agaçante des séquences magistrales, David Cronenberg nous plonge dans cet univers extrêmement obscur où les non-dits cachent des actes odieux, où les corps racontent l’histoire des hommes, où la famille est la chose la plus importante même si la protéger peut devenir synonyme de commettre l’irréparable. On reconnaîtra la patte du réalisateur dans ce rapport à la chair, quand de façon très crue il filme des meurtres ou des scènes de sexe sans retenue, il brise de nombreux tabous (à priori on est dans du cinéma mainstream) avec ces scènes de nudité masculine frontale ou ces dialogues racistes haineux et effrayants. Cronenberg livre un polar massif et très haut de gamme, et s’accommode avec une aisance incroyable des figures imposées (un twist dans le dernier acte qui passe comme une lettre à la poste) ou de nombreux flirts avec le ridicule en l’évitant naturellement à chaque fois.

Bien entendu Les Promesses de l’ombre ne serait pas le film qu’il est sans une interprétation au niveau. Tous les acteurs sont formidables mais on reste forcément impressionné par les performances de Viggo Mortensen et Armin Mueller-Stahl, l’un joue sur la corde raide et est à la limite de la perte de contrôle, l’autre incarne un patriarche bien sous tout rapport mais qui cache des secrets terribles. A l’image du film qui possède deux niveaux de lecture, tous les personnages comportent cette dualité. Les monstres échangent régulièrement leurs masques, tous ceux qui gravitent autour les influent autant qu’ils sont influencés par eux, la construction du drame est fascinante et la conclusion d’une puissance véritable.

Avec Les Promesses de l’ombre, David Cronenberg signe un véritable diamant noir de cinéma et confirme que la nouvelle voie qu’il a choisie est la bonne. Le polar mafieux est brillant, la réflexion sur la chair toute aussi puissante que dans ses films plus gores, il se dégage une puissance assez incroyable de cette fable cruelle et noire portée sur les épaules décidément très solide du grand Viggo Mortensen.

Date de sortie cinéma : 7 novembre 2007

Synopsis : Bouleversée par la mort d’une jeune fille qu’elle aidait à accoucher, Anna tente de retrouver la famille du nouveau-né en s’aidant du journal intime de la disparue, écrit en russe. En remontant la piste de l’ouvrage qu’elle tente de faire décrypter, la sage-femme rencontre Semyon. Elle ignore que ce paisible propriétaire du luxueux restaurant Trans-Siberian est en fait un redoutable chef de gang et que le document qu’elle possède va lui attirer de sérieux problèmes…
Pour Nikolai, chauffeur et homme de main de la toute-puissante famille criminelle de l’Est, c’est le début d’une remise en cause. Entre Semyon et son fils Kirill, prêts à tout pour récupérer le journal, et l’innocente Anna, sa loyauté va être mise à rude épreuve. Autour d’un document qui se révèle de plus en plus explosif, plusieurs vies sont en jeu, dont la sienne, alors que se déchaînent les meurtres et les trahisons dans la famille comme dans la ville…

FICHE FILM
 
Synopsis

Bouleversée par la mort d'une jeune fille qu'elle aidait à accoucher, Anna tente de retrouver la famille du nouveau-né en s'aidant du journal intime de la disparue, écrit en russe. En remontant la piste de l'ouvrage qu'elle tente de faire décrypter, la sage-femme rencontre Semyon. Elle ignore que ce paisible propriétaire du luxueux restaurant Trans-Siberian est en fait un redoutable chef de gang et que le document qu'elle possède va lui attirer de sérieux problèmes...
Pour Nikolai, chauffeur et homme de main de la toute-puissante famille criminelle de l'Est, c'est le début d'une remise en cause. Entre Semyon et son fils Kirill, prêts à tout pour récupérer le journal, et l'innocente Anna, sa loyauté va être mise à rude épreuve. Autour d'un document qui se révèle de plus en plus explosif, plusieurs vies sont en jeu, dont la sienne, alors que se déchaînent les meurtres et les trahisons dans la famille comme dans la ville...