Les Pirates! Bons à rien, mauvais en tout (Peter Lord, 2012)

de le 27/03/2012
 
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Il y a déjà 12 ans que Peter Lord, co-fondateur des studios Aardman Animations, n’avait plus rien réalisé. Depuis Chicken Run. Les Pirates! Bons à rien, mauvais en tout marque ainsi non seulement son retour en tant que créateur et non seulement producteur, mais le film marque également le retour du studio à l’animation image par image délaissée le temps de deux films, Souris City et Mission : Noël. Les pirates ont toujours la côte au cinéma, alors autant surfer sur la vague et les utiliser à toutes les sauces. C’est un peu ce que fait Peter Lord qui inscrit son film non pas dans la tradition du film de piraterie mais dans une veine humoristique typiquement anglaise. Et si Les Pirates! Bons à rien, mauvais en tout n’est clairement pas ce qui est sorti de meilleur des studios Aardman, le film joue habilement avec l’image de l’anti-héros loser qui va s’affirmer, le tout dans un univers forcément très attachant.

La recette de Peter Lord est simple, utilisée des millions de fois, et c’est ce qui fait autant sa force que sa faiblesse. Les Pirates! Bons à rien, mauvais en tout c’est le parcours héroïque typique du personnage ancré dans son image de loser et qui va vivre une grande aventure pour en sortir. Sauf qu’on se trouve là en plein humour british et qu’il n’en sortira pas de la manière la plus attendue. L’inspiration la plus évidente du film se situe dans la grande noblesse de la comédie anglaise, à savoir du côté des Monty Python et leur goût prononcé pour le burlesque et le travestissement de situations. Le film se cherche en permanence entre parodie et récit autonome, ce qui lui donne un certain charme mais aboutit sur un objet cinématographique qui peut manquer d’unité. Entre la blague et le sérieux, la dernière production Aardman se cherche mais assure un spectacle de haute volée qui n’atteint simplement pas la perfection attendue après l’exceptionnel Wallace et Gromit : le Mystère du lapin-garou par exemple. Le plus amusant dans l’ensemble est le décalage permanent et l’utilisation des anachronismes. Comme dans un bon récit d’Astérix, le scénario de Gideon Defoe d’après son propre bouquin embrasse tous les excès anachroniques et trouve chez Peter Lord un partenaire de choix pour leur faire prendre vie à l’écran. Ainsi, Les Pirates! Bons à rien, mauvais en tout est un film dopé aux bons sons rock (The Clash tout de même), aux clins d’œils cinéphiles (on y croise John Merrick dans un pub, le singe de Charles Darwin joue les percussions de 2001, l’odyssée de l’espace…) et aux dialogues ancrés entre la littérature anglaise et un vocabulaire très moderne façon banlieue londonienne. On y croise des pirates hauts en couleurs dont le roi n’est autre qu’un sosie d’Elvis, il s’y tient un grand concours de flibustiers et on y traite même de l’extinction des espèces protégées. Le film surprend par sa richesse finalement, aussi bien dans le cadre que dans les sujets auxquels il se frotte, en débordant souvent à tel point qu’il n’en creuse aucun et reste en surface de tous. À bien y regarder, tout n’est finalement que prétexte à produire du divertissement pur et dur. Et à ce niveau, si on aurait plutôt apprécié un surplus de gags, voire un humour peut-être plus corrosif, il faut bien avouer qu’on n’a pas vraiment le temps de s’ennuyer et que les péripéties imposées à cette drôle de bande de pirates emportent l’adhésion. Souvent délirant, parfois totalement outrancier comme quand il fait de la reine Victoria une sorte de ninja énorme, Les Pirates! Bons à rien, mauvais en tout se construit tellement dans la profusion de détails amusants qu’on en vient à délaisser le cadre global.

Sur sa trame générale pour le moins classique, Les Pirates! Bons à rien, mauvais en tout appose son héritage humoristique anglais imparable. Comment résister à une discussion centrée sur qui l’emporterait entre Dracula et un requin dans un combat à la régulière ? L’esprit des Monty Python transpire de chaque plan/réplique et le final aurait très bien pu figurer dans un film de Terry Gilliam. Et si on s’amuse des pérégrinations égoïstes du héros auquel Hugh Grant donne vie avec entrain, ou de la frustration sexuelle du puceau Darwin en running gag formidable, Les Pirates! Bons à rien, mauvais en tout est également un film d’action/aventure assez enlevé. Suralimenté par une animation incroyable enchaînant les exploits techniques et une bande originale tout bonnement géniale, le film avance quelques véritables morceaux de bravoure et se refuse à toute pose statique. Peter Lord amène du mouvement à son film à travers la mise en scène toujours très mobile en profitant des dernières avancées techniques pour l’animation image par image. Le résultat est visuellement assez bluffant, et encore plus en prenant en compte le travail abattu : des décors gigantesques à taille humaine et des chiffres qui donnent le tournis. Un exemple, le bateau est composé de plus de 44.000 pièces et représente près de 5000 heures de travail… c’est dire jusqu’où est poussé le soucis du détail. Un traitement pointilleux qui flatte la rétine pendant 1h30.Assez bluffant sur le plan visuel, il est dès lors assez dommage que le film en lui-même ne révolutionne pas grand chose et se contente d’une morale toute gentillette et loin de l’ambition purement graphique de l’entreprise.

FICHE FILM
 
Synopsis

Malgré son enthousiasme, le Capitaine Pirate a beaucoup de mal à se faire passer pour une terreur des mers. Secondé par un équipage aussi peu doué que lui, le Capitaine rêve pourtant de battre ses rivaux, Black Bellamy et Liz Lafaucheuse, en remportant le prestigieux Prix du Pirate de l'Année. Pour le Capitaine et son drôle d'équipage, c'est le début d'une incroyable odyssée qui, des rivages de Blood Island jusqu'aux rues embrumées de Londres, va les conduire d'épreuves en rencontres. S'ils vont faire équipe avec un jeune scientifique du nom de Charles Darwin, ils vont aussi devoir affronter mille dangers et tenter de survivre à la reine Victoria, qui voue une haine absolue aux pirates... En avant pour l'aventure !