Les Petits mouchoirs (Guillaume Canet, 2010)

de le 24/09/2010
 
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Fait assez dingue, après seulement deux films Guillaume Canet est devenu un réalisateur majeur du paysage français et ses Petits Mouchoirs un des films les plus attendus de l’année. Ils sont finalement rares chez nous les acteurs passant derrière la caméra afin d’y rester pour de bon, mais grâce à Mon Idole, comédie aussi drôle que grinçante – et portée par un François Berléand en pleine forme – puis Ne le Dis à Personne, polar amoureux plus que convaincant, Canet s’est déjà préparé sa place au soleil. Avec les Petits Mouchoirs il aborde encore un nouveau genre, le film choral façon film de potes, où tous les personnages sont la majorité du temps tous ensemble, sans récit éclaté et destins croisés. C’est à la fois la grande force du film et sa plus grande faiblesse. Annoncé comme extrêmement personnel, porté à bout de bras par Guillaume Canet pendant de longues années, il émane des Petits Mouchoirs une véritable sincérité et un amour sans limite pour toute la superbe brochette d’acteurs tous excellents sans exception. Le revers de la médaille, inévitable, est un film qui tourne en vase clos et qui se regarde souvent le nombril. Portraits à la volée de personnages issus d’une petite bourgeoisie parisienne qui sort au Baron et passe ses vacances au Cap Ferret, il y a de quoi imposer une distance dangereuse pour l’empathie vis à vis de la bande. Et si on n’avait pas grandi avec ces acteurs desquels on se sent forcément proches pour avoir partagé des moments de cinéma depuis des années, on y resterait sans doute hermétique. Mais en l’état les Petits Mouchoirs est suffisamment habile pour nous emporter pendant près de 2h30 qui passent étonnamment vite. Petite surprise à l’arrivée même si on préfère le Guillaume Canet plus ambitieux de Ne le Dis à Personne.

Il faut tout de même avouer que malgré la bande-annonce dévoilée tardivement, on s’attendait à autre chose. En effet les premières affiches qui lorgnaient vers le chef d’oeuvre moralement brutal Mystic River annonçaient tout sauf ça. Dommage car Guillaume Canet est capable de développer quelque chose de sombre, mais là n’était pas son intention. Et si les Petits Mouchoirs n’est pas un film autobiographique, il contient pourtant des tranches de vie de son réalisateur qui met un peu de lui dans chaque personnage. Commençons par ce qui fâche, car non le dernier film de Canet n’est pas parfait, loin de là. Le plus dérangeant est cette manie de faire un film pour ses potes et avec ses potes. On se sent souvent exclu du groupe car on ne fréquente pas forcément ces lieux à la mode, on a l’impression parfois d’être le mec laissé de côté et qui regarde ses potes s’amuser, rire et pleurer. Egalement on peut lui reprocher d’être tombé dans le plus gros piège du film choral, à savoir des personnages manquant de corps. Ils sont une bonne dizaine à se partager l’affiche et si Guillaume Canet est plutôt habile avec une caméra il l’est un peu moins avec un stylo. Il en résulte des personnages qui pour certains ne possèdent qu’un unique trait de caractère et tombent donc dans la caricature. On regrettera aussi une certaine maladresse pour traiter de certains sujets comme l’attirance homosexuelle pas vraiment traitée avec finesse ou le regard sur les provinciaux (parisiens cyniques vs. provinciaux gentils et un peu cons).

Pas géniale non plus la tentative de manipuler et forcer l’émotion dans la dernière demi-heure qui du coup manque de naturel et rate son effet. Malgré ses tentatives, les Petits Mouchoirs peine à émouvoir, mais si le film est imparfait comme cela a été démontré ci-dessus, il s’avère pourtant être séduisant sur de nombreux points et s’annonce clairement comme un véritable succès populaire. Car pendant deux bonnes heures on ne voit pas le temps passé et on rit de bon coeur devant cette troupe d’amis en train de se déchirer sans même s’en rendre compte, vivant dans une illusion de bonheur délicate. Et c’est justement quand il ne cherche pas à nous faire pleurer que Guillaume Canet se dévoile le plus touchant. C’est dans ces portraits simplistes mais qui nous rappellent tous quelqu’un ou notre propre histoire qu’il vise juste et emporte l’adhésion. Des décisions cruelles, des vacances entre amis pour oublier quelque chose, les mensonges pour conserver l’union apparente et fragile, les histoires d’amour compliquées, c’est dans les détails presque insignifiants mais à la portée universelle qu’il est très bon et va conquérir le coeur du public. Pourtant il ne raconte rien de neuf, tout a déjà été dit ailleurs, en mieux que ce soit chez Claude Sautet, John Cassavettes ou Lawrence Kasdan. Pourtant il remporte l’adhésion, assez facilement.

La séduction se fait par les acteurs, cette bande de potes qu’on sent bien unis par quelque chose qui dépasse le cadre du cinéma. On s’en sent proche, même s’ils sont caricaturaux, désagréables ou tout simplement cons. Et ce car ils nous sont familiers. Bien entendu ils sont une poignée à se sortir du lot. En tête François Cluzet, génial en chef d’entreprise au bord de la crise de nerfs et qui pique des colères monstrueuses, et Gilles Lellouche lui aussi très bon en mari volage et éternel adolescent. Mais le plus fort c’est Jean Dujardin, quasiment invisible pendant tout le film, il le vampirise complètement. Mauvais point par contre pour Marion Cotillard qui déçoit en retombant dans ses vieilles habitudes alors qu’elle assurait vraiment dans Inception. Le reste du casting va du moyen au bon, sans réelle surprise. Côté mise en scène Guillaume Canet abandonne ses ambitions formelles précédentes pour se concentrer sur ses acteurs, et hormis un plan séquence d’ouverture vraiment bluffant il tombe dans une esthétique assez banale, limite télévisuelle si la photo n’avait pas été aussi soignée, sans être exceptionnelle toutefois.

[box_light]Film de potes avant tout, les Petits Mouchoirs peut sembler complètement hermétique à qui ne fait pas partie de la société dépeinte ici. Pourtant Guillaume Canet, s’il n’évite pas de trop nombreuses maladresses et un évident manque d’originalité, parvient à trouver une certaine justesse dans ce qu’il raconte. C’est dans sa peinture de la fragilité de l’amitié et de l’illusion qui va avec qu’il excelle, mettant à profit la complicité réelle entre toute cette belle distribution d’acteurs. Pas exempts de défauts donc, dont certains peuvent vraiment rebuter, mais les Petits Mouchoirs vaut largement le coup d’oeil, car il transforme des tranches de vie personnelles en discours très populaire et qui vise souvent dans le mille.[/box_light]

Film vu en projection privée du Club 300 Allociné

Crédits Photos : @ Europacorp Distribution
FICHE FILM
 
Synopsis

A la suite d'un événement bouleversant, une bande de copains décide, malgré tout, de partir en vacances au bord de la mer comme chaque année. Leur amitié, leurs certitudes, leur culpabilité, leurs amours en seront ébranlées. Ils vont enfin devoir lever les "petits mouchoirs" qu'ils ont posés sur leurs secrets et leurs mensonges.