Les Noces rebelles (Sam Mendes, 2008)

de le 18/02/2009
 
FacebooktwitterFacebooktwitter

4ème film du trop rare Sam Mendes, les Noces Rebelles marque les retrouvailles du couple légendaire de Titanic, 11 ans après. Et très loin du coup marketing, Mendes nous offre une œuvre d’une puissance incroyable, il poursuit son analyse de la société américaine tout en livrant une sorte d’auto-analyse dérangeante (Kate Winslet étant sa compagne dans la vie). Il prend pour cadre l’Amérique des années 50, période faste, et nous présente lors d’une ouverture très directe la rencontre de ce couple, beaux, jeunes et sans soucis. Mais tout de suite, dès la scène suivante en fait, on sent poindre une sorte de malaise et on comprend vite qu’on aura pas droit à une love story.

S’éclipsant derrière une mise en images neutre et classique, Mendes nous sort un récit sur un couple qui se veut extraordinaire, qui se croit spécial et différent mais qui inexorablement va s’enfermer dans une normalité morose. Il n’y a rien là-dedans qui n’ait déjà été vu ailleurs mais ici aucun propos édulcoré, Mendes frappe droit au coeur et nous remet face à la réalité. Car c’est là que le film est très fort, il nous parle à tous, on ne peut que se reconnaitre dans ces personnages. De nos rêves de jeunesse à une certaine forme de monotonie quotidienne, il retrace tout simplement ce que l’on est amené à vivre un jour ou l’autre, et ce qui pourrait se passer si on n’agit pas au bon moment…

Et dans ce drame terriblement humain, où des actes presque anodins, des décisions objectivement bonnes entraînent des conséquences catastrophiques que la famille, les 2 acteurs principaux sont sublimes. Di Caprio n’a jamais été aussi bon que dans ce rôle de jeune salaud innocent, et Winslet rayonne, avec un physique parfait pour cette époque elle semble pourtant à une place qui n’est pas la sienne. Femme-enfant trop en avance sur son temps, chacune de ses apparitions nous bouleverse. Également à noter la performance démentielle de Michael Shannon, ou comment celui qui est considéré comme fou est le seul à oser dire la vérité…

Porté par une nouvelle partition merveilleuse de Thomas Newman, traversé d’images inoubliables, sondant les tréfonds de l’âme et les mécaniques de l’amour, ces noces rebelles nous emportent là où le cinéma américain ne nous avait pas habitué à aller. Le propos est humain mais terriblement cruel : l’abandon de son couple pour du pur matérialisme, la normalité qui vous rattrape, l’amour qui s’en va ou celui qui n’est que fantasmé et mais surtout la cruauté extrême de devoir abandonner ses rêves. On sait que ça finira mal et une dernière image résume le film à la perfection et finit de nous terrasser : le bruit de la société puis le silence de mort…

On finit la séance complètement retourné et on n’en sort que difficilement. C’est un film immense que nous a offert Sam Mendes, tellement dense et noir qu’il est presque difficile d’en parler…

FICHE FILM
 
Synopsis

Dans l'Amérique des années 50, Frank et April Wheeler se considèrent comme des êtres à part, des gens spéciaux, différents des autres. Ils ont toujours voulu fonder leur existence sur des idéaux élevés. Lorsqu'ils emménagent dans leur nouvelle maison sur Revolutionary Road, ils proclament fièrement leur indépendance. Jamais ils ne se conformeront à l'inertie banlieusarde qui les entoure, jamais ils ne se feront piéger par les conventions sociales.
Pourtant, malgré leur charme et leur insolence, les Wheeler deviennent exactement ce qu'ils ne voulaient pas : un homme coincé dans un emploi sans intérêt ; une ménagère qui rêve de passion et d'une existence trépidante. Une famille américaine ordinaire ayant perdu ses rêves et ses illusions.
Décidée à changer de vie, April imagine un plan audacieux pour tout recommencer, quitter leur petite routine confortable dans le Connecticut pour aller vivre à Paris...