Les Immortels (Tarsem Singh, 2011)

de le 12/11/2011
 
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Il aura suffi de deux films sur-esthétisants, reproduisant certes habillement mais sans la moindre originalité des figures majeures de l’art moderne, des peintures de Dali aux films issus du mouvement Panique, pour que l’imposture Tarsem Singh fasse son petit effet. Son atout principal ? Les belles images. Forcément, il reproduit à peu près les plus belles images que le cinéma a jamais donné, celles de Baraka de Ron Fricke. Qu’importe finalement, le bonhomme est un esthète et cette race de metteur en scène étant en voie d’extinction, autant s’y intéresser de près. Pourtant Les Immortels sent le pâté depuis les premières images montrées il y a quelques mois, et cette vilaine impression ne fait que se confirmer à la vision de cet étrange objet qui n’aurait jamais du voir le jour. Qu’est-ce qu’un amateur de l’image élégante est allé faire dans l’écurie des producteurs de 300 qui, s’ils ont crée des choses assez belles avec Zack Snyder, sont plutôt adeptes d’une imagerie assez bourrine. On se pose encore la question car Les Immortels tient toutes ses « promesses » et bien plus encore. Sa seule véritable qualité est de ne pas souffrir de la comparaison avec des œuvres majeurs, quelque chose de plus personnel finalement, même s’il semblerait que cette fois Tarsem Singh a oublié les principes de son cinéma, et du cinéma en général. Une catastrophe.

Perdus dès les premières notes dans une mythologie grecque de laquelle il ne semble avoir retenu que quelques noms et idées, Tarsem Singh et ses deux scénaristes débutants, les frères Parlapanides, empruntent un bien étrange chemin. À peu près rien n’est respecté. Hypérion est devenu un roi vengeur, Thésée un héros mollasson, sa femme Phèdre un oracle et les titans sont des hommes normaux enfermés dans une cage cubique qui s’avère être le Tartare. Prendre des libertés avec l’histoire et la mythologie grecques pourquoi pas, mais là on va clairement plus loin, les auteurs semblent s’en cogner complètement. À côté Le Choc des Titans est une leçon rigoureuse de mythologie, c’est dire l’ampleur des libertés prises. Ces choix, synonymes d’un manque de passion mais également d’intérêt, sont finalement en accord avec la sensation générale qui émane de la chose, un désintérêt absolu. Du spectateur mais surtout du réalisateur en plein renoncement et qui a bien fait de lancer son autre projet autour de Blanche Neige avant d’avoir les résultat d’exploitation de ce probable four. Pour un film qui se nomme Les Immortels – titre follement évocateur – et avec un sujet pareil, on attendait autre chose que ça. On attendait de l’héroïsme, on attendait des batailles gigantesques, on attendait de ressentir la puissance du mythe, on voulait logiquement un souffle épique qui emporte tout sur son passage. Et bien pas du tout. Au lieu de ça, on assiste médusés à un spectacle sans le moindre enjeu dramatique, dans lequel des personnages dont on n’a rien à faire déambulent au sein de décors tout pourris, comme si l’utilisation massive d’effets numériques et de fonds verts devait aboutir sur des arrières plans vides comme on n’en avait pas vu depuis 300 justement, film quasi expérimental dans sa construction et vers lequel s’oriente Les Immortels sauf qu’il n’apporte rien de neuf. On retrouve le même sens de la pose testostéronée un brin ringarde mais jamais au bon moment pour servir le récit, la même façon d’étirer le fil narratif plus que de raison par manque de matière, les mêmes effets et choix de mise en scène. Tarsem Singh est clairement à un autre niveau que Zack Snyder pour composer ses cadres mais ce talent ne lui sert pas à grand chose. Des idées visuelles il en développe plusieurs, sans vraiment en inventer, provoquant un effet de déjà vu dans les séquences les plus mémorables. Ainsi on retiendra des Immortels ses deux uniques véritables scènes d’action, deux gros fights qui ont de la gueule sauf que le premier en travelling latéral et hypervitesse et le second avec une caméra très mobile et une utilisation de vitesses d’exécution différente entre les titans et les dieux ne font bien que reprendre et peaufiner des techniques de 300 et de Green Hornet. Cela dit, les deux scènes sont bien plus réussies que dans ses modèles et la seconde va même loin dans l’aspect ultra-gore avec des têtes et membres qui explosent au ralenti, tout un poème. Il faut bien avouer que Tarsem Singh, le vrai, celui avec des idées, pointe parfois l’objectif de sa caméra avec quelques plans dingues comme le plan final , un travelling arrière vertical à couper le souffle. Mais c’est une maigre consolation.

Car pour le reste il a beau citer l’influence majeure du Caravage, il ne parvient pas à capter la puissance du clair-obscur du génie italien. Ce qui peut paraître magique dans une toile du maître, et qui l’est véritablement, ne ressemble à rien dans ces images en mouvement. Les plus belles images des Immortels, les plans les plus efficaces, sont fixes. Par l’utilisation de la lumière et par la construction très géométrique des cadres. Dès que Tarsem Singh cherche le mouvement, il se plante. Et c’est tout de même un léger problème pour une œuvre de cinéma. C’est incroyable de voir cet esthète pondre autant d’images dégueulasses, tomber dans l’artificialité cheap et ne jamais en sortir. Il va même jusqu’à reprendre quasi à l’identique un plan suivant des flèches comme dans Hero, sorti il y a 10 ans, sans rien lui apporter de neuf. Les Immortels est un film moche, en plus d’être atrocement mal écrit, et il est clair qu’à ça on n’osait pas trop y croire à la vue des précédents travaux du bonhomme. Avec une utilisation tellement peu ludique de la 3D, une absence rigoureuse d’héroïsme véritable, des décors affreux et des costumes qui repoussent les limites du ridicule, on se demande bien se qu’est venu faire l’ensemble du casting dans une galère pareille. Il faut voir les armures des dieux qui ne répondent même plus à des qualificatifs esthétiques, ou pire, celui de Mickey Rourke qui porte un casque en forme de pince de crabe de devant et d’oreilles de lapin de derrière, pour comprendre l’ampleur de l’échec artistique que représente Les Immortels. À vrai dire, c’est assez incompréhensible d’assister ainsi à un tel déploiement d’efforts pour ruiner un potentiel énorme, tuer chaque montée épique et symbolique dans l’œuf, et aboutir une telle démonstration de mauvais goût ponctuée d’idées phénoménales éparses. Dès lors, le non respect de la mythologie est finalement un moindre problème.

FICHE FILM
 
Synopsis

Les armées du roi Hypérion ravagent la Grèce, détruisant chaque village sur leur passage. Le roi sanguinaire ne laissera personne l’empêcher d’atteindre son but : libérer le pouvoir des Titans endormis afin d’anéantir les dieux de l’Olympe et l’humanité tout entière. Rien ni personne ne semble pouvoir arrêter la folie destructrice d’Hypérion, jusqu’à ce qu’un jeune tailleur de pierre, Thésée, jure de venger sa mère tuée par ses soldats… Lorsque le jeune homme rencontre Phèdre, l’oracle, celle-ci est assaillie de troublantes visions. La jeune femme est désormais convaincue que Thésée est le seul qui pourra arrêter la destruction. Avec l’aide de Phèdre, Thésée rassemble une petite troupe de fidèles, et part affronter son destin dans une lutte désespérée pour préserver l’avenir de l’humanité.