Les Hommes libres (Ismaël Ferroukhi, 2011)

de le 27/09/2011
 
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Associer la révélation d’Un Prophète il y a déjà 2 ans avec une légende vivante, le tout sous couvert d’un sujet en béton armé, on pourrait presque parler de génie. Dès lors, on ne comprend pas pourquoi un tel matériau de base s’est transformé en un film aussi insipide, cela défie toute logique. Les Hommes libres aborde le thème jusque là inédit de la mosquée de paris qui aurait abrité et caché des juifs sous l’occupation allemande pendant la deuxième guerre mondiale, un beau symbole de dépassement de règles religieuses débiles. Imaginez, des musulmans qui aident des juifs! Seulement voilà, les plus beaux sujets de cinéma n’aboutissant pas nécessairement sur des grands films, ou même sur des bons films, on est obligés ici de composer avec une banale illustration molassone qui ne transcende jamais son sujet et se contente de le suivre, à la traîne, sans aucun contrôle sur la mise en scène ou les acteurs. Le résultat? Sans doute le gâchis de l’année.

Gâchis car tout au long des 1h40, ce sujet de base, déjà porteur de grandes choses, ouvre plusieurs portes sur d’autres tout aussi passionnants, mais qui sont tous sacrifiés au profit d’un académisme frileux à tous les niveaux. Car si on reprend l’histoire France, une dizaine d’années après ces évènements, l’Algérie se soulevait. Ces musulmans qui ont aidé la France en sous-terrain lançaient leur révolution pour l’indépendance. Les évènements décrits dans Les Hommes libres sont non seulement essentiels par ce qu’ils représentent, une preuve d’humanisme absolu, mais également par ce qu’ils appellent. Ce qui se trame ici, c’est une révolution, et un tel sujet méritait une véritable dose d’énergie pour exister. Hors, tout est plat, tout est lisse, même les quelques séquences d’action ou gunfights sont traités par dessus la jambe. On est typiquement face à un film qui réclamait un enrobage ambitieux, non pas pour faire du zèle, mais pour se mettre au diapason de ce qu’il raconte. parler de liberté et s’enfermer dans un objet filmique tout ce qu’il y a de plus rigide et impersonnel, plus proche de la production télévisuelle lambda que du grand film à message qu’il aurait dû être. La faute à qui? Sans doute n’y a t-il pas un seul responsable. Mais Ismael Ferroukhi a clairement foiré son deuxième film, par manque d’ambition, en la jouant petits bras. Jamais juste dans ce qu’il décrit, frileux au moment de transgresser les règles et tabous, sans doute écrasé par la portée « historique » de son film, il assure le minimum syndical. On se croirait devant l’oeuvre d’un vieux monsieur qui voudrait juste filmer un témoignage mais auquel on aurait retiré toute énergie, toute puissance émotionnelle. En résulte quelque chose de pas foncièrement désagréable, car quelques séquences valent le détour (en particulier toutes celles mettant en scène Mahmud Shalaby) et rien n’est vraiment détestable, mais cette impression de passer complètement à côté d’un très grand film gâche à peu près tout.

Il faut dire qu’en plus de manquer d’ampleur dans son écriture et de logique dans sa mise en scène, il s’avère être un piètre directeur d’acteurs. Car pour rendre aussi mauvais deux talents tels que Tahar Rahim et Michael Lonsdale, ça tient de l’exploit. Le premier s’impose en héros fadasse dont on cherche encore la puissance tandis que le second est en roue libre complète, absolument pas dirigé il fait son show et redéfinit l’erreur de casting. Oui car Michael Lonsdale en recteur de la mosquée de Paris, ça demande beaucoup d’imagination et le réalisateur ne nous emmène pas vraiment en voyage. C’est dommage. Il est des films comme ça qui avaient tout pour créer l’évènement, se poser en révélation, et qui se vautrent dans un résultat juste moyen, sans âme ni éclat. Il lui manquait sans aucun doute le regard d’un metteur en scène avec des épaules bien plus larges, capable d’imposer sa patte à un sujet fort. C’est raté.

FICHE FILM
 
Synopsis

1942, Paris est occupée par les Allemands. Younes, un jeune émigré algérien, vit du marché noir. Arrêté par la police française, Younes accepte d’espionner pour leur compte à la Mosquée de Paris. La police soupçonne en effet les responsables de la Mosquée, dont le Recteur, Si Kaddour Ben Ghabrit, de délivrer de faux-papiers à des Juifs et à des résistants. A la mosquée, Younes rencontre le chanteur d’origine algérienne Salim Halali. Touché par sa voix et sa personnalité, Younes se lie d’amitié avec lui. Il découvre rapidement que Salim est juif. Malgré les risques encourus, Younes met alors un terme à sa collaboration avec la police. Face à la barbarie qui l’entoure, Younes, l’ouvrier immigré et sans éducation politique, se métamorphose progressivement en militant de la liberté.