Les Femmes du 6e étage (Philippe Le Guay, 2011)

de le 15/02/2011
 
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Sans faire de vagues, en toute discrétion, Philippe Le Guay est en train de bâtir une petite œuvre tout à fait sympathique dans le domaine préféré des spectateurs français, la gentille comédie. Pour son sixième film il persévère et livre à la fois un film agréable et sans grande prise de risque, tout en déclarant sa flamme à la culture espagnole. Aidé par le scénariste Jérôme Tonnerre, capable du meilleur (Quartier Lointain, Bon Voyage) comme du pire (Restons groupés, Belphégor – Le Fantôme du Louvre, une des plus grosses purges du cinéma français des années 2000), il accouche d’une comédie sans grande prétention, légèrement aseptisée, mais qui possède un charme fou. Et si on ne criera pas au génie devant l’écriture d’un scénario cousu de fil blanc ou une mise en scène d’une platitude attendue, on ne peut qu’applaudir le choix du casting qui porte le film. Mais si tout ça est bien amusant, voire très drôle parfois, il n’y a pas non plus de quoi se lever la nuit. Vite vu et vite oublié reste la définition idéale de ce genre de production.

Les Femmes du 6ème étage est typiquement le genre de film pour lequel on sait très bien dès le départ comment ça va se terminer, et de ce côté là c’est bel et bien sans surprise. Mais cela n’empêche que malgré un ensemble terriblement prévisible jusque dans ses quelques retournements de situation bienvenus, on passe un excellent moment. Pourquoi donc? Tout simplement car Philippe Le Guay parvient à jouer avec les clichés sans tomber dans la caricature, et qu’il décrit des personnages aussi archétypaux que parfaitement intégrés dans sa logique narrative. Le Paris des années 60, la petite bourgeoisie, des personnages coincés dans leur rôle social, tout y est pour le décor. De l’autre côté les bonnes espagnoles, avant l’arrivée des portugaises (avec un gentil clin d’œil en fin de film), qui entrent complètement dans l’idée et le fantasme que le français moyen peut se faire de l’Espagne et de ses coutumes. Flamenco, paella, chorizo, femmes qui parlent fort et montrent un sens de l’honneur aiguisé, là encore c’est cliché sur cliché. Mais en accentuant ces traits de caractères, bien réels – même si résumer la richesse espagnole à cela est totalement ridicule, le réalisateur parvient à une alchimie intéressante. Il fait se télescoper deux modes de vie antinomiques pour mieux toucher à un propos non pas sur la tolérance (on n’est pas dans la facilité grotesque d’un film de Dany Boon) mais sur le désir de liberté. Et sur ce point Les Femmes du 6ème étage est très juste, car quiconque s’est un jour frotté à cette culture ibérique sait à quel point elle peut être séduisante, pour ne pas dire vampirisante. Donc Philippe Le Guay enchaîne les clichés, certes, mais le fait intelligemment. Et si à l’arrivée le film souffre légèrement d’un trop plein de bons sentiments et d’un manque d’ambiguïté évident, le parcours de cet homme qui découvre que la place qu’il occupe par défaut n’est pas la sienne, qui se découvre capable de tout plaquer pour un nouvel idéal de vie, séduit immanquablement. Là encore, la figure du bourgeois s’éprenant de sa servante n’a rien d’original, mais elle fonctionne d’autant plus qu’elle est illustrée par un acteur en pleine forme ne cédant pas à ses manières parfois insupportables.

Fabrice Luchini porte le film avec une aisance remarquable et une sensibilité qui transpire de l’écran. Et c’est beau à voir un acteur de ce calibre qui parvient encore à nous surprendre. À ses côtés le casting féminin n’est pas en reste. Sandrine Kiberlain est excellente en ex-provinciale peu sur d’elle et coincée tandis que les actrices espagnoles (dont Carmen Maura et Lola Dueñas échappées de chez Almodovar) assurent le show dans un excès réjouissant. À noter la performance stupéfiante de Natalia Verbeke (vue dans La Méthode et GAL) qui vole plus d’une fois la vedette à Luchini. Tous, à l’exception des deux gamins au jeu exécrable, participent efficacement à cette gentille comédie pas cynique pour un sou et souvent excessivement drôle par les décalages qui y sont crées. On ne s’en souviendra pas bien longtemps mais ce vent de fraîcheur et l’ensoleillement de l’Espagne sont plutôt bienvenus pour égayer une grise journée de février.

[box_light]Les Femmes du 6ème étage ne révolutionnera pas le genre de la comédie sociale mais le film de Philippe Le Guay possède tout de même de sérieux atouts. Une vraie légèreté, un vrai discours sur le besoin de liberté et de s’échapper du carcan social, une belle illustration du besoin d’évasion et du pouvoir fascinant de la femme. Si on l’oubliera assez vite car il manque tout de même de vraie ambition, il n’empêche qu’on passe un excellent moment plein de légèreté et d’acteurs fabuleux dont le plaisir à jouer ensemble et à composer d’amusants caractères se ressent véritablement à l’écran. Un gentil petit film sans grande prétention mais à voir pour la détente.[/box_light]

FICHE FILM
 
Synopsis

Paris, années 60. Jean-Louis Joubert, agent de change rigoureux et père de famille « coincé », découvre qu’une joyeuse cohorte de bonnes espagnoles vit... au sixième étage de son immeuble bourgeois. Maria, la jeune femme qui travaille sous son toit, lui fait découvrir un univers exubérant et folklorique à l’opposé des manières et de l’austérité de son milieu. Touché par ces femmes pleines de vie, il se laisse aller et goûte avec émotion aux plaisirs simples pour la première fois. Mais peut-on vraiment changer de vie à 45 ans ?