Les Chroniques de Riddick (David Twohy, 2004)

de le 16/02/2010
 
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En 2000 sortait Pitch Black, tentative réussie de mélanger SF et horreur, un peu à la manière d’Alien. Le résultat était ultra jouissif, visuellement superbe malgré un budget relativement modeste pour le genre et le culte était né. Sans grande surprise Twohy et le monolithe Vin Diesel décident de remettre le couvert mais de changer de concept. Exit le minimalisme, place à la mégalomanie, les Chroniques de Riddick est un véritable space opéra qui emprunte autant à la SF qu’à l’heroic fantasy. Tapis rouge pour un Vin Diesel qui n’est toujours pas un bon acteur mais qui dans la peau du tueur Riddick prend une dimension assez phénoménale, on appelle ça le rôle d’une vie. Universal croit en son poulain et débloque une enveloppe quatre fois supérieure que pour le premier film, c’est décidé, le film sera gigantesque ou ne sera pas. Et il faut avouer qu’à la première vision du film on est abasourdi par tout ce qui déboule sur l’écran! Twohy a réussi à créer de toutes pièces un univers crédible et vraiment beau, et si aujourd’hui (surtout en HD) on voit bien que les effets numériques ne sont pas tous géniaux, on s’en prend quand même plein les yeux pendant un peu plus de deux heures! Deux heures qui passent à toute vitesse tant le script de David Twohy ne laisse aucune place à des temps morts, cherchant en permanence le plaisir du spectateur mâle en manque d’action. Car c’est clair que les Chroniques de Riddick ne passionnera pas tous les publics, mais si on accroche à l’univers et au charisme de ce monstre de Vin Diesel, le spectacle constitue un moment de jouissance absolu.

Et si la forme change énormément étant donné qu’on passe d’un quasi huis clos oppressant à un pur spectacle épique, David Twohy ne sacrifie pas pour autant son personnage aux canons hollywoodiens. Au contraire, et il mérite d’être félicité pour cela, il continue de creuser l’image de l’anti-héros, le bad guy mythique et misanthrope pour qui seule compte sa survie. L’évolution de son personnage suit une logique sans failles, il ne s’autorise que de très rares élans d’affection et traverse finalement le récit comme s’il y était extérieur tout en le construisant. Riddick reste un personnage très sombre et garde sa ligne de conduite et son « intégrité », se balade de scène en scène plus pour régler ses comptes personnels que pour aider une population en prise aux envahisseurs. Il n’y a qu’à voir cette séquence surréaliste endoctrinement massif par les necromangers où il n’apparait que pour mettre une rouste au guerrier qui a tué son « ami ». Twohy construit l’image parfaite d’un anti-héros au statut presque mythologique qui nous rappelle par bien des aspects un certain Snake Plissken de New York 1997 en plus animal et légèrement moins cool tout de même.

Ridick nous balade de planète en planète, dans des décors en CGI qui vont du banal au franchement réussi (Crematoria est sublime) dans un récit qui devient finalement une pure histoire de vengeance. Et vu le caractère du personnage avec les raisons de cette vengeance on est en droit de s’attendre à du sang. Les Chroniques de Riddick est un film relativement violent c’est clair, beaucoup de combats, beaucoup de morts, mais c’est tout de même assez sage et pas vraiment graphique. En fait c’est vraiment une grande fresque de SF pensée dans une optique bien plus tous publics que le premier épisode. Le spectacle est assuré de bout en bout et ne nous lâche pas, comme si le magnétisme de Riddick nous plongeait dans une véritable fascination.

Il faut dire que Vin Diesel en impose! Taillé comme un roc, voix d’outre-tombe, punchlines qui en jettent, qu’on l’aime ou pas il impressionne et se glisse dans la peau de Riddick comme si c’était la sienne. A vrai dire il en impose tellement que le reste du casting parait presque fade. Colm Feore en bad guy ultime peine à convaincre, Karl Urban est mauvais (comme souvent), Keith David vient juste écrire son nom aux crédits… pas génial. D’autant plus qu’il fallait un ennemi au moins aussi charismatique et dangereux que Riddick pour qu’on ressente vraiment un danger. Las il les écrase avec une telle facilité que le suspens est vite réduit à néant au profit de sa gloire. Par contre ce sont les personnages féminins qui s’en sortent le mieux, Alexa Davalos en impose pas mal dans un rôle très physique, Judi Dench est toujours aussi douée malgré une faible présence et à la surprise générale Thandie Newton est carrément excellente en femme fatale!

Sur la forme, David Twohy montre qu’il n’a rien perdu de son talent de metteur en scène. S’il se montre un peu trop complaisant devant les vastes décors numériques qu’il semble vénérer, il trouve une énergie salvatrice quand il resserre ses cadres. À la recherches d’angles improbables dans les intérieurs, il livre un boulot haut de gamme avec son lot de séquences iconiques et si l’ensemble peut parfois sembler très poseur, il a tout compris à ce qu’il fallait faire pour transformer son héros en légende. Un plan final qui cite directement celui de Conan le Barbare finit d’asseoir toute notre sympathie pour cette grande fresque à la croisée des genres, et qui malgré son échec commercial et critique restera comme un superbe space opéra extrêmement jouissif. Et bonheur suprême, la mise en chantier d’une suite vient d’être confirmée!!

FICHE FILM
 
Synopsis

Une lourde menace pèse sur l'univers. Planète après planète, les féroces Necrommongers étendent leur empire, ne laissant aux populations conquises qu'une alternative : se convertir ou mourir. Et c'est ainsi que le plus improbable sauveur de la galaxie est tiré de son exil et appelé à la rescousse...