Les Chèvres du Pentagone (Grant Heslov, 2009)

de le 11/02/2010
 
FacebooktwitterFacebooktwitter

Derrière ce titre étrange et limite surréaliste se cache une petite comédie indépendante qu’on n’avait pas vu venir alors qu’elle présente tous les ingrédients du film capable de créer le buzz. A commencer par son casting assez hallucinant, surtout qu’il s’agit du premier essai de ce réalisateur, qui n’est toutefois pas un petit nouveau dans le business car il a déjà bossé comme acteur, scénariste et producteur sur plusieurs film de monsieur George Clooney. Et le quatuor en tête d’affiche a de quoi laisser rêveur, d’autant plus que trois d’entre eux sont déjà cette année à l’affiche d’excellents films: George Clooney (In the Air), Ewan McGregor (I Love You Phillip Morris), Jeff Bridges (Crazy Heart) et Kevin Spacey. Impressionnant tout de même, et l’air de rien c’est quand même la réunion du Dude, d’Everett, de Kaizer Soze et d’Obi-wan Kenobi, de suite ça calme! De plus le film nous conte une histoire totalement improbable d’un journaliste qui enquête sur une sorte d’élite de l’armée US utilisant des pouvoirs paranormaux. Improbable sauf que tout ceci est tiré d’un livre très sérieux du journaliste Jon Ronson qui a vraiment interviewé les militaires ayant participé à ce programme complètement fou. Donc comme cela nous l’est dit en ouverture, tout ceci est bien plus vrai qu’on ne pourrait le penser. Et franchement le résultat et ce récit sont étonnants!

Mais si tout ça part d’un postulat très sérieux bien que complètement farfelu, les Chèvres du Pentagone est avant tout une comédie. Et pour une fois si on regarde la bande annonce, il n’y a pas de mensonge sur la marchandise, même si le rythme des gags sur la longueur est moins soutenu. Et si on pensait déjà à l’humour le plus accessible et « grand public » des frères Coen, cela se vérifie assez rapidement, on est pile dedans! Des situations burlesques, un humour très pince-sans-rire, un décalage permanent entre le sérieux des personnages et le rire insoutenable du spectateur… la formule a déjà fait ses preuves. Et il faut avouer qu’au cinéma on peut nous montrer les plus gros gags, les plus grosses grimaces d’acteurs, il n’y aura jamais rien d’aussi drôle que des héros pathétiques. Et là on est gâté sur ce point, entre le journaliste dont la vie amoureuse s’autodétruit et qui cherche la reconnaissance et cet ancien soldat qui croit dur comme fer être un jedi et qui souffre d’une de ses expériences, c’est un régal.

Le film fonctionne en permanence sur ce ton très cynique, mais qui, fait rare, n’est pas forcément cruel. On sent bien que le réalisateur éprouve une réelle tendresse pour cette histoire et ses protagonistes, dont il se moque certes, mais jamais méchamment. C’est un ensemble dans lequel règne une folie douce assez communicative, et qui cache en fait une évidente satire de cette armée américaine toute puissante. Les maitres du monde sont bien sur capables de trouver des budgets déraisonnables pour financer ce genre de chose, pour former des soldats aux pouvoirs psychiques, si cela peut aider leur désir de domination. Mais au-delà de cet aspect il y a autre chose qu’on ne nous montre pas habituellement quand il est question de ces militaires, à savoir qu’au milieu de ce vaste troupeau de moutons (bien plus cons que les chèvres dont il est question) on trouve tout de même des rêveurs, des naïfs, qui ne sont pas des animaux assoiffés de sang, et rien que cette idée est réjouissante!

Donc à coups de moustaches et perruques outrancières, l’air de rien Grant Heslov véhicule habilement son petit message qui ne changera pas le monde mais qui reste intéressant. L’idée même du film, comme celle du livre, est excellente car il s’agit d’un groupe de soldats abreuvés au flower power et au LSD, une sorte de secte de bienveillants, qui cherche à rendre la guerre moins malveillante. Douce utopie carrément attachante qui donne tout son charme à ces aventures. Et voir ces types essayer de voler, de passer à travers les murs, de faire disparaitre des nuages ou tout simplement danser ensemble sur du Billy Idol possède tout du spectacle hautement rafraichissant, d’autant plus quand le chef/gourou hippie n’est autre de Jeff Bridges, énormissime dans ce rôle. On pense bien sur au cinéma des frères Coen plus d’une fois, y compris pour la forme qui copie un peu trop leur style, mais il y a des modèles bien plus honteux.

Les Chèvres du Pentagone est clairement un modèle de comédie à suivre, car il utilise une approche vraiment « autre » qui lui donne un charme fou, mélangeant une émotion sincère avec un humour qui fait mouche à chaque fois. Des choix musicaux excellents, des références prestigieuses (on pense aux Frères du Désert voir à Apocalypse Now sur la fin), et puis cette façon de nous montrer intelligemment comment le côté obscur de chaque organisation est capable d’en récupérer les meilleures idées qui partaient d’une bonne intention. Mais le film n’est pas exempt de défauts pour autant. Malheureusement on ressent de vraies longueurs alors que ça ne dure qu’1h30, la construction à base de flashbacks permet le show des comédiens mais ruine le rythme général dans la seconde moitié, et puis il y a cette mise en scène pas mauvaise mais qui manque cruellement de personnalité. Reste que malgré ses défauts évidents, les Chèvres du Pentagone est une petite comédie pas prétentieuse pour un sou, plutôt intelligente et vraiment drôle.

FICHE FILM
 
Synopsis

Bob Wilton, un journaliste désespéré fait l'heureuse rencontre de Lyn Cassady, un soldat aux pouvoirs paranormaux combattant le terrorisme. Ils se rendent ensemble en Irak ou ils rencontrent Bill Django, le fondateur de l'unité, et Larry Hooper, soldat de l'unité qui dirige une prison.