Les Aventures extraordinaires d’Adèle Blanc-Sec (Luc Besson, 2010)

de le 23/04/2010
 
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Il avait pourtant dit qu’on ne l’y reprendrait pas, que pour lui la réalisation d’un film live c’était terminé et qu’il se consacrerait corps et âme (cette dernière semblant être définitivement vendue aux démons de la finance) à la production de blockbusters à la française et à la réalisation de films d’animation pour enfants. Mais voilà que Monsieur Besson annonce son grand retour, comme si les Minimoys n’étaient qu’une gentille récréation masquant l’entreprise plus ambitieuse, l’adaptation au cinéma des aventures d’Adèle Blanc-Sec, oeuvre phare de Jacques Tardi, personnage féministe dans un milieu plus que masculin. Un personnage hautement symbolique de notre patrimoine et qu’il était hors de question de trahir. Oui mais voilà, il semblerait que le Luc Besson à qui on doit les merveilleux Léon et Nikita, et plus généralement le grand metteur en scène qu’il fut le temps de ses 8 premiers films, se soit évaporé. Il était déjà devenu entertainer, il a toujours voulu apporter un souffle hollywoodien au cinéma français, et c’est tout à son honneur. Sauf que Jeanne d’Arc est certainement son dernier film de qualité et véritablement ambitieux (qu’on l’apprécie ou pas, peu importe) car devant ces Aventures Extraordinaires d’Adèle Blanc-Sec, il y a de quoi rester dubitatif. Si on sait depuis longtemps que Besson n’a rien d’un grand scénariste, on ne pouvait passer sous silence son talent de metteur en scène, sauf dans le cas présent, c’est soit un renoncement artistique total, soit un stagiaire qui lui a volé le fauteuil de réalisateur. Quelle déception!

Revenons rapidement sur l’adaptation en elle-même. Le film est sensé s’appuyer sur deux albums, Adèle et la Bête et Momies en Folie. On ne sait pas trop ce qui s’est passé dans la tête de Tardi quand il a donné sa bénédiction à ce projet tant le film semble à des années lumières de l’univers de la bande-dessinée. Il a sans doute compris que ses albums allaient se retrouver à nouveau en têtes de gondole des librairies mais ça n’explique pas tout car on pourrait très bien utiliser le terme de trahison. Adèle est devenue une personne de bonne compagnie malgré son humour pince sans-rire, elle est souriante et se prend légèrement pour Indiana Jones. Et elle prend les traits raffinés d’une Louise Bourgoin aussi pétillante que jamais vraiment convaincante. Non pas qu’elle joue mal, elle est sans doute la meilleure attraction du film, mais jamais l’actrice ne s’efface derrière le personnage, et c’est un gros problème.

Après une introduction qui pille impunément le langage narratif de Jean-Pierre Jeunet (voix off, présentation des personnages par l’anecdote…) on est parti pour pas loin de deux heures d’un spectacle légèrement affligeant il faut le dire. Armé d’un scénario qui accumule les fautes de goûts et les péripéties improbables (qui ne tiennent quasiment jamais la route), Luc Besson tente de tisser une trame qui tient plus de la suite de vignettes collées les unes aux autres que d’un véritable scénario. Alors oui c’est rythmé, on a droit à quelques séquences relativement enlevées et on voit clairement le budget à l’écran, mais si on suit tout ça sans réel déplaisir, on en peut pas dire qu’on ressent le moindre plaisir non plus. Les enjeux dramatiques se résument à deux ou trois éléments dont on se fout royalement (un ptérodactyle, une soeur-légume, une momie… et c’est à peu près tout) et malgré tout le charisme du personnage principal (et il est vrai qu’on ne pourra pas le lui enlever) on se sent peu impliqué dans cette affaire.

Luc Besson oublie un des principes essentiels du cinéma, en particulier du cinéma d’aventure, à savoir qu’il est absolument nécessaire d’avoir à l’écran un bad guy de l’envergure du héros. Mathieu Amalric, méconnaissable sous son maquillage, doit avoir en tout et pour tout cinq minutes à l’image, ce qui rend sa présence plus ou moins inutile, un comble pour un acteur de ce calibre! On ajoute à cela qu’il suffit d’avoir vu la bande-annonce pour connaitre tous les axes de l’intrigue sans exception et on se retrouve devant un spectacle qui ne peut jamais passionner, à moins de faire preuve d’une indulgence éternelle envers le pape du cinéma français. Au rayon des réussites tout de même, à noter que la reconstitution du Paris de début de XXème siècle est à tomber tant elle est réussie, on sent bien que la majorité du budget est partie là-dedans et c’est un plaisir de (re)découvrir certains quartiers bien connus sous un autre angle.

Par contre, la grosse déception vient de la mise en scène. C’est là qu’on se demande si c’est bien la même personne derrière la caméra. Jamais inspiré, mou, sans la moindre ampleur, Luc Besson livre un de ses pires films sur le plan esthétique. C’est cheap, ça flirte avec le Belphégor de Jean-Paul Salomé en reprenant des scènes de Tintin et les Sept Boules de Cristal, bref c’est mauvais et extrêmement décevant de sa part, sans la moindre originalité. Il est capable de tellement mieux!! Ajoutons à cela un humour beauf directement issu des production type Taxi, donc pas drôle (on rit vraiment 2 fois devant Adèle Blanc-Sec), des personnages secondaires hauts en couleurs mais qui manquent sérieusement d’épaisseur quand ils ne sont pas des clichés ambulants, des running-gags lamentables et des rebondissements qui n’en sont pas vraiment. On pouvait en attendre beaucoup, grossière erreur car les Aventures Extraordinaires d’Adèle Blanc-Sec ne remplit aucun de ses contrats. Molasson, sans cesse à la limite de la caricature, on n’en retiendra que la présence de Louise Bourgoin qui amène de la bonne humeur à l’ensemble (même si on a toujours l’impression de revoir la miss météo dans un sketch) et qui nous montre ses seins gratuitement. Le reste est à oublier, sans avoir à faire d’effort pour cela.

FICHE FILM
 
Synopsis

En cette année 1912, Adèle Blanc-Sec, jeune journaliste intrépide, est prête à tout pour arriver à ses fins, y compris débarquer en Égypte et se retrouver aux prises avec des momies en tout genre. Au même moment à Paris, c'est la panique ! Un œuf de ptérodactyle, vieux de 136 millions d'années, a mystérieusement éclos sur une étagère du Jardin des Plantes, et l'oiseau sème la terreur dans le ciel de la capitale. Pas de quoi déstabiliser Adèle Blanc-Sec, dont les aventures révèlent bien d'autres surprises extraordinaires...