Les Aventures de Tintin : Le Secret de la Licorne (Steven Spielberg, 2011)

de le 13/10/2011
 
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On avait quitté le papa de E.T. sur un petit désastre du nom d’Indiana Jones et le royaume du crâne de cristal. C’était il y a tout juste 3 ans et s’il est loin d’être le seul responsable, un certain George Lucas serait plus à pointer du doigt, il faut bien avouer qu’on a eu peur. Peur d’avoir perdu ce génie du cinéma populaire, artiste hors pair et technicien de haut vol, qui concluait ainsi sa décennie de cinéma la plus faible, malgré un Munich grandiose. Et pour être honnête jusqu’au bout, on a pu émettre quelques sérieux doutes quand fut annoncé que son nouveau film serait une adaptation de la bande dessinée intouchable de Hergé, et ce même si Steven Spielberg avait obtenu la bénédiction du maître de son vivant. Mais voilà, les premières images en mouvement ont tout balayé, et le doute s’est transformé en un immense espoir, celui de voir un film d’aventure comme on n’en avait jamais vu. Un espoir fou mais finalement assez logique quand on jette un oeil aux talents en présence : Steven Spielberg à la mise en scène, Peter Jackson à la production (impliqué à fond dans la post-prod en Nouvelle-Zélande), un script original adapté de trois albums signé Steven Moffat (Doctor Who, Sherlock) revu et corrigé par Edgar Wright et Joe Cornish, soit à peu près ce qui se fait de mieux dans la nouvelle vague britannique, la technologie de James Cameron entre les mains de Weta Digital, des acteurs au top… tout était réuni pour faire des Aventures de Tintin un grand film. Le pari est tenu, le résultat dépasse même les espoirs les plus fous.

Les Aventures de Tintin : Le Secret de la Licorne, c’est une démonstration à tous les niveaux, et telle qu’on ne s’attendait pas à en recevoir. Une démonstration de l’intelligence de Steven Spielberg tout d’abord, qui tout à fait conscient de la haine que lui portent les grands fans de Tintin et leurs oeillères, rend le plus beau des hommages à son créateur dans la scène d’ouverture. Passé un générique qui n’est pas sans rappeler celui, sublime, d’Arrête-moi si tu peux, il fait renaître Hergé à l’écran dans le rôle d’un peintre saltimbanque qui croque le portrait du célèbre reporter. En un mouvement d’une élégance qui ne cessera de nous impressionner, il s’incline devant le Tintin de la version papier vers son Tintin numérique. Allier le respect de l’oeuvre à la beauté du geste, c’est allier l’intelligence au talent, et refuser de voir dans ce film une adaptation dans ce qu’elle a de plus noble, à savoir un respect absolu de l’esprit de la bande dessinée tout en se détachant allègrement du récit initial, c’est faire preuve d’une immense mauvaise foi. Quoiqu’il en soit, cette introduction toute en symbole n’est presque rien comparée à tout ce qui va suivre. Ce film, qu’il est est idiot de qualifier « d’animation » et incomplet de limiter à de la performance capture, est une sorte de miracle à la fois technologique et cinématographique, les deux ayant rarement été autant liés. Et Steven Spielberg, qui rappelons-le fait des films depuis 40 ans, s’impose comme le représentant idéal du cinéma du futur qui est pour le coup bien présent devant nos yeux, le cinéma virtuel. Et quelque part, Les Aventures de Tintin est le premier « fils d’Avatar », la preuve concrète qu’une révolution était en marche. Du début à la fin, on a l’impression que le cinéma virtuel a été pensé pour Steven Spielberg qui en maîtrise tous les enjeux pour son premier essai, c’est incroyable. Libéré de toutes les contraintes physiques d’une caméra réelle, il a immédiatement saisi les possibilités infinies pour sa mise en scène. Ce qui lui permet de livrer des séquences non seulement impressionnantes, pour le spectateur lambda comme pour le cinéphile, mais qui s’avèrent tout simplement jamais vues sur un écran de cinéma ou même dans un jeu vidéo. On est là devant la démonstration imparable de l’apport de cette technologie au septième art, un signe clair de son évolution qui écrase tout sur son passage. Il faut les voir pour le croire, les mouvements de caméra hallucinants que cela permet tout en gardant une fluidité jamais prise en défaut. La caméra virtuelle est invisible, et Spielberg peut donc repousser les limites de la représentation des miroirs à l’écran par exemple, ce qui lui permet à l’occasion de livrer un travail remarquable sur toute une séquence mettant en scène des parois de verre.

Mais cela lui permet surtout de s’affranchir des contraintes logistiques et techniques habituelles pour les scènes d’action. Et à ce titre, il nous sort deux monuments, des séquences d’anthologie qui méritent déjà leur place dans les cours de mise en scène de toutes les écoles de cinéma. La première, découpée en flashbacks, n’est autre que la bataille navale entraperçue dans les bandes-annonces. Radical dans ses angles de caméra et la construction de ses plans, Spielberg se permet tout et établit un modèle d’action. De l’apparition mystique de Rackham le Rouge à la décision dramatique de François de Hadoque, en passant par un duel au sabre qui va faire pâlir de honte pas mal de monde (adeptes du surdécoupage, prenez-en de la graine), c’est merveilleux. Avec du rythme, de vraies montées de tension et une lumière incroyable, première gifle. La seconde claque arrive un peu plus tard, lors d’une course poursuite dans les rues de Bagghar. On en avait eu un aperçu à la fin du trailer, avec la moto qui devient une tyrolienne. Et bien sachez qu’il ne s’agit que d’une infime fraction de la séquence complète. La terminologie fera peut-être grincer des dents mais on se retrouve face à un des plans séquences les plus époustouflants de l’histoire du cinéma. Avec des éléments qui surgissent de tous les coins du cadre, une gestion de l’espace qui tient du génie pur, et un sens de la dramaturgie de l’action proprement miraculeux, la scène qui semble interminable tant on est dans la surenchère totale et la jouissance pure, est un pur morceau de bravoure qui cloue le spectateur dans son fauteuil, la mâchoire pendante et l’oeil brillant. C’est du jamais vu et sans la caméra virtuelle c’était du domaine de l’impensable. Là ça existe, et c’est phénoménal. Aux prouesses de mise en scène permises par ce cinéma, et qui ne se limitent pas qu’à ces deux séquences, loin de là même, il convient de mentionner le résultat incroyable obtenu par Weta Digital pour les décors et les personnages.

Il est temps de dire adieu aux créatures sans vie et au regard vide de quantité de films d’animation en images de synthèse. Le moindre plan des Aventures de Tintin : Le Secret de la Licorne donne un sens à l’existence de la performance capture. Il y a plus de vie dans ces personnages numériques que dans 75% des films live. Les expressions faciales, les regards, les mouvements, le résultat est époustouflant, vraiment, plus que dans tout ce que nous avions pu voir jusque là. les acteurs ont fait un boulot remarquable, tous sans exception, et c’est encore une fois Andy Serkis qui tire son épingle du jeu. Sans doute car il est rompu à l’exercice, mais sa prestation en Capitaine Haddock est remarquable. Dans la peau du personnage le plus fascinant du film, tiraillé entre un désir d’aventure certain et un vieux drame qui le ronge et le plonge dans l’alcool, il est l’âme des Aventures de Tintin, ce dernier étant fidèle à son personnage papier, fougueux, malin, mais à la personnalité finalement assez neutre. Aux innombrables louanges nous pouvons ajouter les raccords de montage qui sont de purs bijoux de transitions comme on n’en voit jamais (morceaux choisis : une main qui devient une dune de sable ou le désert qui devient une mer déchaînée), parfaitement en osmose avec le sens du découpage génial de Steven Spielberg. Et s’il fallait émettre une réserve, elle serait adressée à John Williams qui ne rate pas son score mais livre une copie assez mineure à laquelle il manque un thème puissant. Malheureusement il manque à Tintin l’identité musicale d’Indiana Jones par exemple. Mais c’est un détail, tout comme ceux plus réjouissants qui tiennent des clins d’oeils. Une boîte de crabe par ci, une idole maya par là, une séquence reprise des Dents de la merLes Aventures de Tintin : Le Secret de la Licorne est un film aussi réjouissant que miraculeux, un véritable film d’aventure avec un pied dans un glorieux passé et un autre dans un futur fascinant. Un pont entre deux cinémas porté par celui qui les représente peut-être le mieux, et qui en 1h50 qu’on souhaiterait ne jamais voir finir livre une vraie démonstration de CINEMA. Grandiose.

Un petit mot en conclusion sur la 3D. Rien d’exceptionnel à première vue lors de la projection réservée à la presse, mais rien de gênant non plus. On était devant une 3D parfaitement intégrée au processus de mise en scène et qui ne cherche pas l’effet choc mais s’efface progressivement. À ce niveau, Tintin est un des premiers films en 3D devant lequel on oublie presque totalement la présence de lunettes. À revoir toutefois en IMAX 3D.

FICHE FILM
 
Synopsis

Parce qu’il achète la maquette d’un bateau appelé la Licorne, Tintin, un jeune reporter, se retrouve entraîné dans une fantastique aventure à la recherche d’un fabuleux secret. En enquêtant sur une énigme vieille de plusieurs siècles, il contrarie les plans d’Ivan Ivanovitch Sakharine, un homme diabolique convaincu que Tintin a volé un trésor en rapport avec un pirate nommé Rackham le Rouge. Avec l’aide de Milou, son fidèle petit chien blanc, du capitaine Haddock,un vieux loup de mer au mauvais caractère, et de deux policiers maladroits, Dupond et Dupont, Tintin va parcourir la moitié de la planète, et essayer de se montrer plus malin et plus rapide que ses ennemis, tous lancés dans cette course au trésor à la recherche d’une épave engloutie qui semble receler la clé d’une immense fortune… et une redoutable malédiction. De la haute mer aux sables des déserts d’Afrique, Tintin et ses amis vont affronter mille obstacles, risquer leur vie, et prouver que quand on est prêt à prendre tous les risques, rien ne peut vous arrêter…