Les Adoptés (Mélanie Laurent, 2011)

de le 21/11/2011
 
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Ah les acteurs qui s’improvisent réalisateurs… ils nous auront gâtés cette année. Après Kad Merad et Christian Clavier, c’est au tour de la soit-disant insolente Mélanie Laurent de s’y coller, à 28 ans et après une vingtaine de films devant la caméra. Tout à fait franchement, et sans raison logique particulière, on s’attendait à un désastre. Au final, ce n’est pas le cas, c’est un fait, mais il ne faudrait pas que cette bonne surprise de ne pas voir une catastrophe se transforme en bienveillance aveugle. Car on imagine assez mal que l’actrice ait eu à suer sang et eau pour monter son projet, pour réunir des acteurs du moment ou pour convaincre des techniciens d’avenir. Alors oui elle est intelligente, elle a su s’entourer et c’est très bien pour elle. Mais la conséquence est qu’il est impossible de juger Les Adoptés comme n’importe quel « premier film » et d’ailleurs cela se ressent à l’image par un manque de fougue, de folie, de trop-plein qui fait justement la valeur des premiers essais et leur donne cet aspect précieux – ils peuvent être les derniers également – et bordélique à la fois. Ce « film de Mélanie Laurent » dont on oubliera rapidement le titre n’est pas détestable, il faut bien l’avouer, mais il n’est pas très bon non plus. Il n’en reste pas moins assez surprenant sur certains points, et complètement anecdotique sur la majorité des autres.

En choisissant de ne pas faire comme les autres pour ne pas se faire qualifier de narcissique, Mélanie Laurent évite le piège du film partiellement autobiographique pour accoucher d’une pure fiction en s’improvisant également scénariste. Ce n’est clairement pas son point fort, le récit n’étant qu’un mélodrame basique monté à coups de personnages archétypaux au possible dont on ne se sent jamais proches tant ils n’ont rien de naturel. À vrai dire, mis à part un élément malheureusement dévoilé dans la bande annonce et qui constitue le pivot du récit, ainsi qu’un final qui évite un piège tellement énorme qu’on y pense tout le long, il n’y qu’assez peu de part de surprise dans ce récit. C’est même extrêmement convenu, sans aucune prise de risque, ni prise de position d’ailleurs face au dilemme bien réel de la passion face au cocon familial. Construit en deux temps, avec la comédie romantique d’un côté et le drame de l’autre, Les Adoptés joue la carte du rythme langoureux plutôt qu’un éventuel débordement d’énergie qu’on aurait assimilé à l’auteur. Une prudence permanente qui va imposer un recul immédiat et fermer la porte à toute proximité réelle avec les personnages. Alors oui ils vivent des épreuves pas faciles mais ils ne sont quelque part que des ombres fades d’autres personnages déjà croisés ailleurs. Leur destin ne passionne pas car ils sont déjà morts, noyés par une réalisatrice qui peine à leur donner du corps. C’est dommage, car il a quelques paris intéressants comme celui de donner à Denis Menochet et son physique d’ours bourru un rôle d’amoureux transi pas si évident, avec lequel il jongle comme il peut sans vraiment toujours convaincre. Et ce contrairement au choix plus discutable de l’insupportable Audrey Lamy dans une composition plus qu’agaçante. C’est par ailleurs une des seules réelles prises de risque de l’entreprise qui transpire l’application plus que la passion. Et dans un genre aux codes si balisés cela ne peut qu’aboutir que sur un film sans aucune personnalité, très oubliable au final.

On pourra très bien rétorquer que si sur le fond Les Adoptés n’apporte rien, il a le mérite de soigner sa forme. Et c’est vrai dans un sens, car aussi bizarre que cela puisse paraître, le premier film de Mélanie Laurent a tout du film de technicien. Des belles images il y en a à la pelle, les cadres sont travaillées, tout comme les contrastes, avec une belle profondeur de champ. Il faut bien avouer que c’est beau. Mais cette beauté est une faiblesse, car on ne rattrape pas le vide d’un scénario par un enrobage arty. Les Adoptés est un film maniéré qui développe un parti-pris de mise en scène certes flatteur pour la rétine mais qui fait plus que frôler le hors sujet. Des flous, des très gros plans, de la longue focale, tout ça c’est très bien quand ça raconte quelque chose, quand l’image donne un sens au récit, ce qui n’est pas vraiment le cas ici. Au lieu de ça on a l’impression d’être face à un ersatz de prototype de Sundance avec les mêmes tics de mise en scène, les mêmes plans (par exemple filmer un grand mur plein de motifs géométriques avec seulement la tête d’un personnage en bas pour l’isoler et lui ouvrir l’esprit), le même rythme et la même musique. C’est vrai que ce n’est pas si commun en France ce soin apporté à l’image d’un mélodrame mais il faut plus qu’une pale copie d’une ambiance cotonneuse façon Sofia Coppola pour imposer un style, surtout à son premier essai. Et pour finir sur une note positive, il est assez amusant de voir Mélanie Laurent se saisir d’une guitare dans le film, plusieurs fois, sans qu’on ne l’entende jamais chanter pourtant. Le clin d’œil aux détracteurs qui ne lui pardonnent rien est assez drôle. Pour le reste, Les Adoptés a beau dévoiler quelques belles choses, on aurait souhaité un film plus bouillant et plus sincère, et pas cet objet froid et poseur.

FICHE FILM
 
Synopsis

Une famille de femmes que la vie a souvent bousculée mais qui est parvenue avec le temps à apprivoiser les tumultes. Les hommes ont peu de place dans cette vie et naturellement quand l'une d'entre elle tombe amoureuse tout vacille. L'équilibre est à redéfinir et tout le monde s'y emploie tant bien que mal. Mais le destin ne les laissera souffler que peu de temps avant d'imposer une autre réalité. La famille devra alors tout réapprendre. La mécanique de l'adoption devra à nouveau se mettre en marche forçant chacun à prendre une nouvelle place...