Le Vilain (Albert Dupontel, 2009)

de le 15/12/2009
 
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Après le retour de JP Jeunet, 2009 marque également le retour d’un de nos réalisateurs les plus « autres », Albert Dupontel. Et comme pour Jeunet, c’est une belle déception que son dernier film… Comme l’impression qu’il a troqué sa singularité contre une autre qui ne lui convient pas du tout tout en essayant à plusieurs reprises de retrouver tout ce qui faisait le charme de ses précédents films mais en vain. A l’arrivée le Vilain est un film qui porte assez mal son titre, mais c’est surtout un film assez symptomatique d’un réalisateur qui décide de partir à la rencontre du grand public, en le faisant rire mais sans jamais appuyer sur le politiquement incorrect… laissant sur le côté ceux qui avaient élevé Bernie au statut (mérité) de film culte.
Si je mentionnais si dessus le réalisateur d’Amélie Poulain ce n’est pas un hasard. En même temps que Jeunet semble avoir été influencé par le travail de Dupontel, et en particulier Enfermés Dehors pour les gags très cartoon, pour son Micmacs à Tire-larigot, c’est le contraire qui s’est passé chez Dupontel. En effet dans le Vilain on pense très souvent à l’univers de Jeunet, que ce soit visuellement avec des tons ocres très présents mais aussi dans le scénario qui mêle cruauté bien gentille et bons sentiments… on avait connu le réalisateur beaucoup plus méchant et incisif, c’est ce qui faisait la singularité de son cinéma qui ici, en plus de terriblement tourner en rond par rapport aux précédents, se vautre dans le politiquement correct que les artifices narratifs ne réussiront jamais à masquer.

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Car il ne faut pas se leurrer, si le Vilain nous raconte pendant 1h30 les coups vaches que se balancent une mère et un fils pour s’éliminer, la conclusion vient bien confirmer cette impression qui plane tout le long du film : on frôle la mièvrerie la plus dégueulasse du genre l’amour triomphe de tout… Il est passé où celui qui bouffait des canaris, aiguisait des pelles et faisait s’entretuer ses parents?? Dans son dernier film il n’y a ni l’humour noir et irrésistible de Bernie, ni la folie visuelle d’Enfermés Dehors, et encore moins cette impression de perfection formelle et narrative du Créateur… Il y a pourtant un petit peu de tout ça mais en beaucoup moins bien! En fait Dupontel semble s’être calmé dans son cinéma, sans doute pour se rendre plus fédérateur, mais c’est une fausse bonne idée car il devient fade…

Pourtant on peut noter une évolution majeure, qui permet au film de décoller un peu, c’est celle d’enfin partager la tête d’affiche. Cette fois en plus du one man show habituel d’Albert Dupontel, toujours excellent et drôle, on a une actrice qui se hisse à son niveau, une actrice populaire de surcroît. Catherine Frot, vieillie pour l’occasion, apporte un contrepoint salvateur au délire déjà vu de l’acteur et leur « affrontement » devient vraiment sympathique. Une sorte de Tatie Danielle en bien plus gentille mais tout aussi manipulatrice, qui cherche à refaire l’éducation de son fils pour pouvoir mourir en paix… A leurs côtés on retrouve le goût du réalisateur pour les personnages complètement barrés qui s’appuie sur des acteurs secondaires juste excellents : l’habitué Nicolas Marié en docteur alcoolique, Bouli Lanners en promoteur véreux, Bernard Farcy en flic… il faut avouer qu’on a droit à une belle galerie.

En fait malgré des défauts évidents tout fonctionne assez bien jusqu’aux 2/3… ensuite ça devient quand même laborieux et on en vient à regarder sa montre, ce qui en général est un mauvais signe pour un film qui dure moins d’1h30! Aussi surprenant que ça puisse paraître, le Vilain souffre d’un manque de rythme évident, qui contraste avec la folie et l’énergie de plusieurs scènes… On rigole des gags à la Tex Avery, des souffrances de la tortue, des blessures par balles… mais au bout d’un moment on ne rigole plus et concrètement, on se fait chier. Dupontel a beau continuer son show interminable et toujours bien interprété, rien n’y fait on décroche alors que dans ses films précédents cela n’était jamais arrivé. De plus c’est dans cette dernière partie qu’on commence à vraiment verser dans les bons sentiments, la toute dernière scène faisant tout pour les cacher sans succès…

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Après, dire que le Vilain est un mauvais film serait de la mauvaise foi. C’est juste que si on a suivi la carrière du réalisateur depuis ses débuts, on se trouve là devant son travail le plus faible, ce qui constitue forcément une déception!

Mais à côté de ça on retrouve toujours le Dupontel génial metteur en scène, qui maîtrise à la perfection le grand angle, les décadrages et angles de caméra improbables. Sur le plan visuel et technique c’est remarquable, il possède sa propre grammaire cinématographique et elle impressionne. C’est vraiment sur le fond qu’il y a un soucis, avec un scénario assez mince et peu intéressant qui donne une succession de scènes plutôt qu’une continuité, avec seulement quelques gags vraiment méchants qui laissent entrevoir qu’il n’a pas complètement perdu ses goûts déviants (il se fait passer pour un handicapé dans une scène plutôt drôle) mais au final on est bien devant une œuvre terriblement mineure et indigne de son talent…

FICHE FILM
 
Synopsis

Un braqueur de banques, le Vilain, revient après 20 ans d'absence se cacher chez sa mère Maniette. Elle est naïve et bigote, c'est la planque parfaite. Mais celle-ci découvre à cette occasion la vraie nature de son fils et décide de le remettre dans le " droit chemin ". S'ensuit un duel aussi burlesque qu'impitoyable entre mère et fils.