Le Skylab (Julie Delpy, 2011)

de le 05/10/2011
 
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Avec son titre de science-fiction ringard, son affiche bien franchouillarde, sa bande annonce dopée aux tubes de Gérard Lenorman et Dalida et la présence derrière la caméra de la décidément insaisissable Julie Delpy, Le Skylab est une drôle de surprise. Après 2 Days in Paris et La Comtesse, c’est un nouveau défi que se lance la plus américaine des nouvelles réalisatrices françaises en mélangeant souvenirs d’une jeunesse bretonne et romanesque façon film de potes. Loin des tracas de la petite bourgeoisie des Petits mouchoirs, Le Skylab se veut une oeuvre bien plus populaire, parlant au plus grand nombre, mais qui n’en vient pas pour autant à un renoncement face au cinéma. Un peu comme une digne héritière d’un certain cinéma bien français de la fin des années 70 à la première moitié des 80’s, Julie Delpy déroule un récit classique sous forme de multi-portraits et d’autopsie d’un instant T, une radiographie assez juste avec un trop-plein de choses à raconter mais une sincérité qui déborde de tous les coins du cadre et un réel talent de réalisatrice.

En prenant le cadre d’une réunion de famille autour de l’anniversaire de la grand-mère, Julie Delpy tape juste. Cela va lui permettre de refaire le portrait à tous les clichés sur pattes, toutes les catégories sociales, toutes les convictions politiques, etc… tout cela ressemble en effet à joyeux bordel plutôt organisé et qui va réussir sur à peu près tous les tableaux, de la chronique familiale acide jusqu’au portrait de l’enfance. Car c’est un peu de ça qu’il est question, et même beaucoup. Au centre des débats, la petite Albertine, personnage dans lequel se cristallisent toutes les peurs et envies des jeunes filles à la recherche d’un premier amour. Forcément attachante tant elle est sincère, on s’y retrouve tout autant que dans l’ensemble de cette galerie de caractères hauts en couleurs comme on n’en voit que rarement. D’amour et de famille il en est grandement question, de respect envers les « sages » également. Mais Le Skylab n’adopte jamais un ton sentencieux et préfère la légèreté pour mieux aborder les sujets importants. Ainsi passent à la moulinette de son regard acéré les clivages politiques (on parle d’une époque où la gauche n’avait pas encore pris le pouvoir), les traumatismes de la guerre, l’alcoolisme, l’éducation déjà délaissée, l’immigration, l’influence d’une vie parisienne sur les provinciaux, et bien d’autres sujets à la fois futiles et essentiels. À priori on n’en a pas grand chose à faire sauf que Julie Delpy sait nous parler et va en appeler aux souvenirs du spectateur, et donc à l’affect. Aucun besoin d’avoir assisté à des réunions de familles immenses, de s’être pris une averse en Bretagne ou d’avoir emballé des filles sur un tube disco ringard dès sa sortie et vêtu de fringues ridiculement serrées. Il suffit d’avoir vécu, tout simplement, et le regard de Julie Delpy en tant que conteur d’histoire et metteur en scène s’avère suffisamment juste pour créer quelque chose de fort. Film sans thèse précise mais film vivant, Le Skylab possède, par une certaine fluidité qui émane de sa narration, par le regard passionné, lucide et affectueux porté à ses personnages, par un vrai talent pour répartir les rôles, un charme complètement fou.

Julie Delpy a réussi à réunir suffisamment de têtes connues pour qu’on se sente « en famille », laissant suffisamment d’espace à chacun pour s’exprimer, du fasciste en puissance à l’artiste qui se cherche, en passant par l’ado rebelle et la femme soumise. Des personnages forts et possédant tous un véritable relief, c’est la recette pour leur donner vie tout en effaçant relativement sa mise en scène jusqu’à en oublier parfois de lui imposer un vrai mouvement. L’exemple type est la scène de danse de Vincent Lacoste, forcément géniale mais bien trop statique. ceci étant, Julie Delpy parvient à un résultat étrange. En cherchant un ton très naturaliste, sans tomber dans la caricature d’une époque (fringues et décors sont justes, jamais trop) on a presque l’impression que les couleurs se délavent comme dans un souvenir – ce qu’est le film en fait – alors que pas du tout. ces petites touches font du Skylab une oeuvre singulière, parcourue d’une peur étrange et surréaliste, celle d’un évènement tragique qui couve et envenime le bonheur fragile qui peut apparaître à l’écran. Un drôle de film, vraiment.

FICHE FILM
 
Synopsis

Juillet 1979, pendant les vacances d’été dans une maison en Bretagne. A l’occasion de l’anniversaire de la grand-mère, oncles, tantes, cousins et cousines sont réunis le temps d’un week-end animé.