Le Secret des poignards volants (Zhang Yimou, 2004)

de le 10/09/2009
 
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Qu’il semble loin le temps où Zhang Yimou était la révélation, le symbole du renouveau du cinéma chinois, avec le Sorgho Rouge (premier film et directement l’Ours d’Or à Berlin!). Aujourd’hui, il alterne petits films intimistes qui le placent comme le porte-drapeau d’un cinéma d’auteur chinois, statut qui n’est pas volé tant le bonhomme a du talent, avec des productions gigantesques. En suivant à la lettre et avec un extrémisme de chaque plan l’exemple de Tigre et Dragon, Yimou avait réalisé le Wu Xian Pian parfait pour occidentaux en mal de dépaysement. Esthétisant à outrance, politiquement douteux, il n’empêche que même si beaucoup de puristes aiment le dénigrer, Hero était un grand film, mêlant tradition et modernisme dans un chef d’oeuvre de poésie, d’une beauté plastique à couper le souffle! Avec son deuxième film de sabre, qu’il tourne peu de temps après le précédent, il baisse un peu le niveau, cherche toujours à plaire à l’occident mais cette fois sans choquer la république… Toujours aussi beau mais moins puissant.

Contrairement au produit qui nous a été vendu, le Secret des Poignards Volants n’est pas vraiment un film de sabres… Certes le contexte et les codes du genre sont ici repris, mais c’est avant tout une romance, l’histoire d’un triangle amoureux impossible et cruel. D’ailleurs le titre était à l’origine « The Lovers » ou quelque chose dans le genre, et aurait été plus judicieux. Allier romance improbable et spectacle grandiose est la grande force de ce film. Car du spectacle il y en a à revendre, et ce dès le début. Le film débute véritablement par une scène de danse qui nous dévoile le personnage de Xiao Mei (jouée par la belle Zhang Ziyi), une scène absolument superbe qui enchaîne sur un jeu pour le moins original puis sur un duel époustouflant entre la belle prostituée et le policier Leo (Andy Lau). Et Yimou peut remercier Ching Siu-Tung qui a fait un boulot de dingue sur les chorégraphies!

Le maître signe des combats certes un peu trop câblés (personnellement ça ne me gêne pas du tout, je trouve ça très beau) mais d’une beauté… De plus contrairement à Hero, il varie les plaisirs en alternant combats au sabre, à main nue, au bâton ou aux dagues de lancer. Le résultat sur chaque séquence de combat est un mélange de poésie et d’urgence en particulier pendant la fuite des amants où chaque fight se passe en pleine course. Il utilise également à merveille l’environnement comme dans la scène obligatoire au milieu d’une forêt de bambous ou dans le champ. Bref sur ce point, le film ne déçoit jamais, à condition bien sur d’accepter de voir des personnages flotter dans les airs, ce qui élimine toute notion de réalisme mais qui apporte quelque chose de lyrique qui colle parfaitement au récit.

Par contre côté scénario, on peut trouver pas mal de choses à redire. La première partie nous expose la fuite mise en scène des amants, l’évolution de leurs sentiments, et se suit sans problème. C’est plutôt agréable sans être original de voir à quel point l’homme peut se faire pervertir facilement par ses sentiments même en étant sur de lui. Mais dès que le récit bascule sur le territoire de la secte des poignards, ça part un peu dans tous les sens… Yimou accumule révélations et revirements de situation dans un tout qui peut vite paraître indigeste tant certains sont tirés par les cheveux. Les personnages qui étaient tous très sombres sur leur passé et sur leurs motivations s’éclairent tout d’un coup et on n’y croit pas toujours…

Mais le talent des trois acteurs fait que la pilule passe sans trop de problème. Si Andy Lau est légèrement en retrait, il livre une prestation tout à fait honorable en amoureux qui se doit de rester secret, qui doit subir une sacrée dose de cruauté (si si!!) et qui ne dévoilera ses cartes qu’à la toute fin. Zhang Ziyi est tellement belle qu’on lui pardonnerait presque tout mais il faut avouer qu’elle s’en sort plutôt bien en pendant féminin de Zatoichi (le film lorgne plusieurs fois sur le chambara japonais). Mais une fois de plus, c’est Takeshi Kaneshiro qui excelle. Ses expériences chez Wong Kar Wai et autres en ont fait un acteur brillant, capable d’illuminer l’écran même s’il a un peu de mal pour jouer les mauvais garçon. Son rôle de séducteur qui se fait prendre à son propre jeu et qui s’y perd est parfait pour lui.

A la réalisation Zhang Yimou fait une fois de plus des merveilles (malheureusement il en fera trop sur le boursouflé La Cité Interdite), signe un film moins esthétisant que Hero même s’il garde une utilisation, qu’on pourrait qualifier d’abusive, des ralentis.

Il signe une oeuvre moins ambitieuse que la précédente, plus légère et accessible, une belle histoire d’amour tragique aux relents shakespeariens qui tient parfaitement la route jusqu’au dernier acte où il se vautre dans un ultime rebondissement invraisemblable. Le duel final est magnifique sur le plan de la chorégraphie, de la photo et de la mise en scène, mais on sent un peu trop son désir de faire un beau plan pour un beau plan, qu’il n’y a rien derrière…

On pourra lui faire tous les reproches qu’on voudra selon sa sensibilité, il n’empêche que le Secret des Poignards Volants est un très beau spectacle, épique et dramatique, et que si on reste très loin du cinéma de Tsui Hark ou de John Woo (on est d’ailleurs à l’exact opposé de la rage du premier), on est quand même devant du grand cinéma.

FICHE FILM
 
Synopsis

En cette année 859, la Chine est ravagée par les conflits. La dynastie Tang, autrefois prospère, est sur le déclin, et le gouvernement corrompu s'épuise à lutter contre les groupes de rebelles toujours plus nombreux qui se dressent contre lui. La plus puissante de ces armées révolutionnaires et la plus prestigieuse de toutes est la Maison des Poignards Volants. Deux capitaines, Leo et Jin, sont envoyés pour capturer le mystérieux chef de cette redoutable armée.