Le Royaume interdit (Rob Minkoff, 2008)

de le 30/04/2009
 
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Voilà un film qui représente un peu un fantasme devenu réalité pour tout cinéphile « asiaphile ». En effet réunir dans un même film deux légendes telles que Jackie Chan et Jet Li, pour un spectateur lambda c’est juste le chinois de Rush Hour qui rencontre l’autre chinois de l’arme fatale 4 (ou comment réduire à néant 2 grandes carrières ponctuées de vrais chefs d’oeuvre), mais pour quiconque porte dans son coeur le cinéma made in Hong Kong c’est un vieux rêve qui se réalise! En effet en 27 ans de carrière pour Jet et 47 pour Jackie (à eux deux pas loin de 140 films!) ils ne se sont jamais rencontré à l’écran!!!

Cela fait maintenant une bonne quinzaine d’années qu’ils se cherchent pour un projet en commun et malheureusement c’est dans un film américain qu’ils se trouvent enfin… A l’annonce de qui serait en charge de réaliser cette rencontre mythique, les gros espoirs se sont transformés en crainte. Rob Minkoff a certes réalisé le Roi Lion mais c’était de l’animation et ensuite il est tout de même responsable de Stuart Little… pas super excitant donc.

Le film est d’autant plus une bonne surprise qu’on n’en attendait plus rien du tout! En effet, Minkoff a bien compris l’attente suscitée par une telle affiche et a décidé d’emmener sur son tournage tout ce qui pouvait l’aider à éviter la déception. Par exemple il a demandé à Jet Li de revoir le script afin d’éliminer tout ce qui ne collait pas avec la culture chinoise, et surtout il a fait appel à Peter Pau pour la photographie (il a quand même éclairé The Killer, Swordsman, Tigre et Dragon, Jiang Hu, Phantom Lover… que des références!) et à Yuen Woo-ping pour diriger les scènes de combat (Matrix ok, mais surtout Iron Monkey, Drunken master 1 et 2… un monstre quoi!). Minkoff a pour cela été très respectueux des méthodes de travail à HK en laissant Woo-ping et Pau chorégraphier et filmer tous les fights.

Il n’y a qu’à voir les crédits de fin pour bien se rendre compte que la majorité du staff sur le tournage est chinoise! Du coup on a une grande différence entre les scènes d’action et celles (beaucoup) plus calmes… mais c’est tant mieux car Woo-ping à la caméra c’est toujours grandiose. Ici les fights sont vraiment bien chorégraphiés et bien shootés, en plus la bonne surprise c’est qu’il y en a pas mal! Bien sur le gros morceau restera l’affrontement dans le temple entre Jet et Jackie, qui nous filerait presque les larmes aux yeux en reprenant les techniques du boxeur ivre, toujours aussi originales. Leur combat dure relativement longtemps et même si on a déjà vu mieux, ils assurent les deux!

Et l’ensemble du casting n’est pas en reste avec le jeune Michael Angarano, grand fan de films de Kung Fu auquel on s’identifie bien sur très facilement, Colin Chou en bad guy qui a droit lui aussi à de beaux fights avec Jet Li. Et puis les deux personnages féminins sont superbes : la comédienne de TV Liu Yifei en Golden Sparrow et la belle Li Bingbing (A world without thieves, Linger et le prochain Tsui Hark) en sorcière aux cheveux blancs qui elles également se livrent un beau combat comme on les aime!

Et ce qui donne vraiment tout son charme à ce film, et qui en fait finalement plus une bonne surprise qu’une déception, c’est son scénario. Non pas qu’il soit original, car on est en plein dans une vision moderne de l’histoire sans fin qui serait transposée dans une Chine légendaire. C’est surtout que c’est bourré de références, qui si on les connait, ne peuvent que donner le sourire. Dès l’intro, Jet Li en roi singe, l’une des légendes chinoises les plus sympas et qui a déjà donné lieu à un paquet d’adaptations (pour les plus réussies, celle de Jeffrey Lau avec Stephen Chow ou la trilogie des années 60 produite par la Shaw Brothers dont on voit des images à l’ouverture du film). Ensuite un générique qui dévoile toutes les plus grandes réussites de la Shaw ou de la Golden Harvest (l’hirondelle d’or, un seul bras les tua tous, les Bruce Lee…).

Et rien qu’au niveau des personnages comme la sorcière qui rend bien sur un hommage au personnage de Brigitte Lin dans Jiang Hu : The Bride with White Hair ou Golden Sparrow (moineau d’or en français), clin d’oeil évident à l’hirondelle d’or (Golden Swallow) incarnée par Cheng Pei-pei dans le chef d’oeuvre de King Hu, dont le titre anglais est « come drink with me« , phrase déclamée ici par Golden Sparrow… Ca grouille de références dans tous les sens et c’est tant mieux car finalement tout le monde y trouve son compte. les amateurs de films bien gentils et familiaux (pas de sang ici…) seront aux anges, les amateurs de fights façon HK ne seront pas déçus…

Certes on attend toujours qu’un vrai metteur en scène (HK de préférence!) prenne les rênes de ce qui serait la rencontre idéale entre les deux légendes, un film qui ne serait pas calibré pour les familles américaines, mais en attendant ce Royaume interdit est loin d’être la purge qu’on pouvait craindre, il est même plutôt drôle et sympa dans son genre!

FICHE FILM
 
Synopsis

Fan de kung-fu et de cinéma hong-kongais, Jason Tripitika, 17 ans, rêve souvent du Roi Singe. Il découvre un jour, dans une boutique de Chinatown tenue par le vieux Hop, une longue canne - un "bo" - ornée d'un singe en bronze qui ressemble à celui du personnage de ses rêves. Quelque temps après, une bande de malfaiteurs oblige Jason à s'introduire dans la boutique pour la dévaliser. Hop est abattu d'une balle, mais il a juste le temps de confier la canne à Jason et de lui faire promettre de la restituer à son propriétaire. Paniqué, le garçon s'enfuit et, serrant la canne contre lui, tombe du toit. Quand il reprend connaissance, il se retrouve plongé dans la Chine ancienne, toujours en possession de la canne. Alors qu'il est attaqué par les guerriers de Jade, Lu Yan, un ivrogne, vient à son secours et réussit en quelques mouvements de kung-fu à le débarrasser des agresseurs. Reconnaissant le "bo", Lu Yan explique à Jason qu'il doit libérer le Roi Singe et accomplir la prophétie en lui remettant la canne...