Le Roman de ma femme (Jamshed Usmonov, 2011)

de le 02/03/2011
 
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Pour sa première réalisation en dehors du Tadjikistan où il avait déjà réalisé trois longs métrages (Le Vol de l’abeille, L’Ange de l’épaule droite et Pour aller au ciel, il faut mourir, présenté dans la sélection Un Certain regard à Cannes en 2006), Jamshed Usmonov choisit la France, son pays d’adoption. Il choisit également une brochette d’acteurs représentatifs du cinéma d’auteur français, ainsi qu’un récit lorgnant maladroitement du côté de Simenon ou Hitchcock, selon ses propres dires. Thriller et film noir se retrouvent ici traités dans un style auteuriste pompeux qui ne dépasse jamais du cadre. Le Roman de ma femme, avec son histoire vue des millions de fois, en bien mieux, avec sa femme fatale, son mari disparu, son ami/amant trouble, son flic, et la relation qui s’établit entre tous ces personnages présents ou absents, n’apporte finalement que du vieux. Mais pas seulement. En effet, cela faisait une éternité qu’on ne s’était pas autant ennuyé devant un film noir, celui-ci se posant presque en caricature d’un certain cinéma français englué dans ses figures de style (ou leur absence) et n’ayant rien à raconter. Dès lors, ce triangle/quatuor amoureux si prometteur sombre lentement mais surement vers la léthargie, symbole effrayant du cinéma du vide. Un tel manque d’ambition cinématographique et et d’enjeux dramatiques s’avère d’autant plus agaçant qu’il y avait là un casting en or à exploiter.

Trouble, Le Roman de ma femme l’est assurément, mais à trop vouloir jouer cette carte, du genre « attention toi le spectateur, la je fais du mystère », mais sans le récit suffisamment solide qui va avec, il est avant tout vain. Concrètement on s’ennuie sévère devant une intrigue mollassonne dont on devine la conclusion assez vite si on y porte un minimum d’attention, et il n’y a bien qu’une poignée de séquences qui nous sortent de notre torpeur. Quelques moments de séduction, un plan qui s’attarde sur un appel téléphonique, une scène de boîte de nuit électrique, voilà c’est à peu près tout. Le reste du temps c’est un faux thriller aux enjeux dramatiques désespérément absents, une fausse romance sans le moindre sentiment déployé, et un défilé d’acteurs qui poussent tellement la retenue qu’ils en deviennent absents. On la louera sans doute cette retenue, qui tranche pourtant avec des dialogues déclamés sans le moindre naturel. Aucune empathie envers des personnages tous plus antipathiques les uns que les autres et qui ne semblent jamais exister.

Il y a pourtant une part du récit qui ne manque pas d’intérêt, mais il s’agit d’une histoire annexe mettant en scène un voyou bientôt extradé dans son pays d’origine. Le message devient émouvant, socialement engagé, mais il ne s’agit malheureusement que d’une parenthèse à côté de la trame principal qui elle manque cruellement de tout, et en particulier d’émotion.

La mise en scène de Jamshed Usmonov est particulièrement plate, sans passion, bien trop froide pour provoquer l’adhésion. Pas que ça soit moche, loin de là. C’est même plutôt très bien mis en scène mais la vérité c’est que ça ressemble presque à une caricature de film d’auteur français, de la longueur des plans aux cadrages, en passant par la palette de couleurs. Ce ne sont pas non plus les acteurs qui nous sortent de cet ennui terrible. Léa Seydoux n’est pas crédible deux secondes en femme fatale (qui n’en est pas tout à fait une mais passons), Olivier Gourmet peine à faire ressentir une quelconque implication et parait glacial comme jamais, tandis que Gilles Cohen parvient lui à apporter suffisamment de subtilité dans son jeu pour créer une sorte de malaise. Mais ça ne suffit pas, car Le Roman de ma femme, s’il possède quelques qualités indéniables, ennuie plus qu’autre chose, en grande partie à cause de son manque d’enjeux narratifs.

[box_light]Une intrigue de mauvais Simenon, une ambiance de mauvais Hitchcock, voilà comment résumer Le Roman de ma femme, un modèle d’ennui au cinéma. Pourtant il s’en passe des choses, mais le pseudo twist manque lamentablement son effet de surprise et l’ensemble souffre d’un trop plein de retenue à tous les niveaux. Les acteurs ont tellement peur d’en faire trop qu’ils ne font pas grand chose, ça manque d’émotion, de fil narratif concret… ça manque concrètement d’ambition et de cinéma tout simplement.[/box_light]

FICHE FILM
 
Synopsis

Paul disparaît subitement, laissant derrière lui sa femme, Eve, et des dettes énormes. Alors que la police ouvre une enquête, Eve reçoit le soutien de Maître Chollet, un avocat ami de son mari, qui l’aide à remonter la pente et rachète ses dettes. Ils deviennent proches, trop proches même, au point d’attirer sur eux les soupçons de la police.