Le Pacte (Roger Donaldson, 2011)

de le 03/01/2012
 
FacebooktwitterFacebooktwitter

Ce n’est un secret pour personne, Nicolas Cage a beaucoup de factures à payer. Il en a toujours eu et c’est pourquoi cet immense acteur n’a cessé de se fourvoyer dans des films totalement indignes de son talent, et ce tout au long de sa carrière. Exceptions faites de Kick-Ass et Bad Lieutenant – Escale à la Nouvelle-Orléans, cela fait même plusieurs années qu’il ne fait plus que ça, des films minables dont le public ne retiendra que les performances capillaires. Toutefois, il faut bien avouer qu’il se complaisait à chaque fois dans un show cocaïné d’une telle intensité que sa simple présence pouvait faire avaler la pilule du pire des nanars. Pas de chance avec Le Pacte et sa pourtant sublime affiche, c’est un Nicolas Cage en recherche de sobriété qui occupe l’écran, et dans un film sans saveur c’est triste à voir. À la barre c’est l’honnête Roger Donaldson qui se fourvoie une nouvelle fois, lui qui fut à une époque responsable du Bounty avec Mel Gibson et Anthony Hopkins, de Cocktail avec Tom Cruise ou encore bien entendu La Mutante et son traitement honteux d’une création H.R. Giger ou Treize Jours, son meilleur film à ce jour.Ce n’est pas avec Le Pacte qu’il va redorer son blason.

Sur un principe bien connu, un type lambda à la morale bien propre et inattaquable se retrouve dans une situation où il va faire appel à des ordures pour l’aider, Roger Donaldson ne va rien faire d’autre que suivre la route toute tracée de ce thriller mollasson qu’il ne parviendra pas à transcender malgré ses efforts. Prévisible d’un bout à l’autre et enchaînant les situations incongrues, Le Pacte est un thriller qui n’exploite aucune de ses bonnes idées jusqu’à en devenir presque déprimant. Car au milieu de cette accumulation de séquences déjà vues, d’intrigues tellement utilisées au cinéma ou dans les séries TV qu’elles ne sentent plus le réchauffé mais le rance, dans ce récit tout mou aux rebondissements anecdotiques, se cachent une poignée de bonnes idées. Visiblement fâché avec les vigilante movies, Roger Donaldson s’évertue à mettre en forme un anti-vigilante en mettant en lumière une organisation secrète de justiciers qui n’est pas sans rappeler le principe des milices populaires. L’idée est belle, celle d’en faire une sorte d’incarnation du mal en vêtements noirs, peau blanche et crâne rasé façon néo-nazi également, sauf qu’au détour d’un retournement de situation crétin toute cette imagerie part en lambeaux au profit d’un grand n’importe quoi orchestré par un duo de scénaristes débutants. Le gentil professeur anti-violence, très calme, devient tout à coup un type badass aux méthodes dignes d’un agent secret en sommeil façon Bourne, l’organisation de vigilantes devient une mafia un peu bête mais aussi infiltrée que les Envahisseurs de David Vincent et le film repousse chaque minute un peu plus les limites du grotesque jusque dans un final aussi violent que débile dans sa façon de réfuter la thèse qui tenait toute la narration jusque là. Pas grand chose à sauver devant une telle incompréhension de la mécanique du genre voire un tel mépris de ses codes. Autant mettre sa morale qui risque d’être écorchée au placard et revoir quelques vrais et bons vigilante du type Un Justicier dans la ville, Death Sentence ou Harry Brown pour voir les fondations du genre et les véritables héritiers.

D’autant plus que personne ne semble tout à fait impliqué pour faire du film une réussite. Le duel d’acteurs génial sur le papier entre Nicolas Cage et Guy Pearce se transforme rapidement en un duel de sourcils froncés (une séquence bien pourrie avec Cage qui part en voiture et son regard qui croise celui de Pearce en est le plus bel exemple) et prouve bien qu’ils ne sont là que pour recevoir leur chèque. Derrière la caméra, Roger Donaldson enchaîne les mauvaises idées avec l’aisance d’un débutant. Zooms ringards, surimpressions affreuses, abus d’images vidéos qui frisent l’irregardable et mouvements de steadicam ultra rapides en travellings avant sur des personnages comme plus personne n’ose en faire depuis les années 90 à HK, le réalisateur nous sort la panoplie des effets has been jusque dans son utilisation minable du dutch angle ou dans la gestion des courses poursuites. Tout sent le cinéma de vieux dans Le Pacte, pas l’hommage, pas l’héritage, juste des relents d’un cinéma qui appartient à une autre époque et qu’un réalisateur tout aussi ringard est incapable de ramener correctement à la vie. Et même dans ses scènes ludiques, notamment quand Cage balade Pearce dans un stade ou quand il refait une infiltration à la Léon, il se plante en poussant la chose trop loin ou sans s’affranchir de son modèle. Rien de plus qu’une série B médiocre aux accords manqués qui n’a rien à faire au cinéma.

FICHE FILM
 
Synopsis

Il y a des pactes qu’on ne peut renier. Après que sa femme se soit fait violemment agresser, Will Gerard est contacté par une mystérieuse organisation. Face à une police inefficace et incompétente, un groupe de citoyens s’est réuni pour faire respecter la justice. Ils proposent à Will de venger sa femme en éliminant le coupable en échange d’un petit service qu’il devra leur rendre plus tard. Lorsqu’il comprend que pour effacer sa dette il devra lui aussi tuer un homme, il va réaliser qu’il est pris au piège et que les membres de cette organisation sont implantés à tous les niveaux de la société.