Le Monde de Narnia : l’odyssée du passeur d’aurore (Michael Apted, 2010)

de le 02/12/2010
 
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« Ouch! » Voilà comment résumer la réaction épidermique à la sortie de cette terrible déception qu’est Le Monde de Narnia : L’Odyssée du Passeur d’aurore. Car on y croyait vraiment! Malgré le fait que Disney aie quitté le navire en route, la franchise ayant été reprise à 100% par la Fox, malgré le retard, malgré les tuiles à la production, malgré la présence à la barre de Michael Apted, médiocre réalisateur de Gorilles dans la brume ou le Monde ne suffit pas. On y croyait car après un premier épisode calamiteux, le Prince Caspian avait enfin lancé la franchise sur la voie royale du grand film d’aventure épique, pour les jeunes spectateurs certes mais il s’agissait de cinéma de qualité. C’est dire si on tombe de haut devant l’Odyssée du Passeur d’aurore, film brouillon, incolore, inodore, qui retombe exactement dans les travers du film Le lion, la sorcière blanche et l’armoire magique, à savoir un manque d’ambition carrément désolant auquel s’ajoute la plus grosse bourde scénaristique apparue dans un blockbuster de cette stature. Ce troisième chapitre n’est pas une purge irregardable, il est même plutôt agréable à l’oeil et pourra séduire les plus jeunes, mais il manque cruellement d’enjeux dramatiques. Pire, il lui manque l’essentiel à ce type d’aventure, un méchant… car en effet dans Le Monde de Narnia : L’Odyssée du Passeur d’aurore il n’y a pas vraiment de menace clairement établie. L’erreur est tout de même grossière.

Il y a dans Le Monde de Narnia : L’Odyssée du Passeur d’aurore tous les ingrédients d’un film malade. Quand le premier épisode lorgnait vers les aventures d’Harry Potter des débuts, en encore plus fade ce qui constituait déjà un exploit et que le second empruntait la voie d’un Seigneur des Anneaux pour enfants, avec un certain talent, ce troisième opus semblait viser une autre trilogie d’aventure, Pirates des Caraïbes. Une odyssée maritime à l’ancienne donc, dans un monde peuplé de créatures étranges et de monstres marins. C’est en partie le cas, mais le film ne tient jamais ses promesses et régresse complètement. À tel point qu’il ne s’adressera qu’au très jeune public pas forcément regardant vis à vis des erreurs de scénario grotesques. Car en plus d’un véritable méchant qui n’existe pas, on se retrouve devant une aventure boiteuse où les personnages passent d’un lieu à l’autre sans qu’on sache trop pourquoi, où LA menace premièrement identifiée (sorte de brouillard venu de Lost) passe rapidement à la trappe, où on ne comprends jamais le pourquoi du comment des diverses péripéties. Concrètement c’est un sacré bordel narratif duquel on ne se sent jamais proche.

Pourtant on retrouve avec plaisir les personnages les plus attachants des films précédents, sans les plus âgés (les plus fades aussi) mais qui se voient embarqués dans l’aventure avec un nouveau venu totalement détestable. Pourtant on y trouve encore des créatures magiques, pour certaines inédites, et une quête qui aurait du tenir la route. Mais l’ensemble s’avère bien trop brouillon et il manque trop d’éléments explicatifs pour en faire une oeuvre solide. Au lieu de ça on nous sert une succession de séquences dont on se détache au fur et à mesure qu’avance le film, jusqu’à trouver les quasi deux heures légèrement pénibles. Impression renforcée par des séquences où l’émotion se veut surpuissante alors qu’on n’a plus grand chose à faire du destin des personnage, même les plus attachants (dont la souris Reepicheep doublée par Simon Pegg) et surtout par ce message final déclamé par le lion Aslan (Liam Neeson) qui renoue avec la fibre chrétienne de l’oeuvre de C.S. Lewis et plonge alors dans le nauséabond total. On était venu voir un film d’aventure, pas un cours de catéchisme.

Cela dit tout n’est pas catastrophique non plus. Michael Apted ne fait pas d’étincelles à la mise en scène mais se paye le luxe de quelques séquences savamment orchestrées où la magie de cet univers à fort potentiel pointe le bout de son nez. Mais l’ensemble est bien trop maladroit et déséquilibré pour convaincre. Entre quelques séquences d’action réussies il faut se taper des dialogues souvent mal fichus et un humour bas du front. La beauté de certaines images ne fait pas tout, d’autant plus que les acteurs semblent peu concernés par tout ce qui se passe et livrent de bien piètres prestations. On retiendra tout de même une poignée de séquences qui à elles-seules valent le déplacement, même si encore une fois l’utilisation de la 3D ne semble être qu’un argument marketing douteux tant elle est inutile.

[box_light]Suite médiocre d’un Prince Caspian surprenant, l’Odyssée du Passeur d’aurore semble bien parti pour enterrer pour de bon une saga enfantine pleine de promesses. L’aventure n’est pas au rendez-vous, le film est avare en action, construit sans le moindre équilibre et joue d’ellipses narratives agaçantes. Pire, il manque là-dedans un méchant digne de ce nom qui aurait imposé une menace et de véritables enjeux dramatiques. Au lieu de ça on se farcit une aventure faiblarde au rythme boitillant, portée par de rares coups d’éclats et des acteurs au regard vide. Sans oublier le retour de la métaphore religieuse bien lourde qui apparaît dans le final pour conclure sur une belle envie de vomir. C’est dommage car visuellement le film a de la gueule mais il s’avère très oubliable et sans grand intérêt.[/box_light]

FICHE FILM
 
Synopsis

Happés à l’intérieur d’un intriguant tableau, Edmund et Lucy Pevensie, ainsi que leur détestable cousin Eustache, se retrouvent subitement projetés dans le royaume de Narnia, à bord d’un navire majestueux : le Passeur d’Aurore. Rejoignant Caspian, devenu roi, et l’intrépide souris guerrière Ripitchip, ils embarquent pour une périlleuse mission dont dépend le sort même de Narnia. A la recherche de sept seigneurs disparus, nos voyageurs entament un envoûtant périple vers les îles mystérieuses de l’Est, où ils ne manqueront pas de rencontrer tant de créatures magiques que de merveilles inimaginables. Mais ils devront surtout vaincre leurs peurs les plus profondes en affrontant de sinistres ennemis, tout en résistant à de terribles tentations auxquelles ils seront confrontés. Il est temps pour eux de faire preuve d’un courage légendaire au cours d’une odyssée qui les transformera à jamais et les emportera au bout du monde, où le grand Lion Aslan les attend.