Le Moine (Dominik Moll, 2011)

de le 12/07/2011
 
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Depuis l’apparition d’une bannière géante au marché du film à Cannes en 2010, Le Moine intrigue. Dominik Moll est de ces rares auteurs français capables de livrer du thriller haut de gamme, à la fois obscur et sulfureux. S’ils sont loin d’être parfaits, Harry, un ami qui vous veut du bien et Lemming sont des essais fascinants qui ont au moins le mérite de développer de véritables atmosphères, entre autres qualités. Pour son troisième long métrage, cette fois écrit sans la collaboration de son complice et ancien camarade de l’IDHEC (devenue la Femis depuis) Gilles Marchand, il se paye le meilleur acteur français du moment, Vincent Cassel, et va s’essayer à l’adaptation littéraire. Et pas n’importe laquelle puisqu’il s’attaque carrément au Moine de Matthew Gregory Lewis, soit un symbole du roman gothique britannique un brin subversif et qui avait déjà été porté à l’écran en 1972 par Ado Kyrou sur un scénario de Luis Buñuel et Jean-Claude Carrière, avec le grand Franco Nero dans le rôle du père Ambrosio. Un remake difficilement jugeable en tant que tel étant donné l’absence de visibilité quasi-totale du film original aujourd’hui.

Avec Le Moine, Dominik Moll retrouve ses figures favorites développées dans ses films précédents mais appliquées à un récit historique faisant plus que flirter avec le mystique. Une frontière abattue entre le thriller et le fantastique, un jeu permanent sur les faux-semblants, une tension sexuelle très explicite, et un manque de finesse flagrant. C’est généralement la force de son cinéma qui se transforme ici en une faiblesse sidérante qui emporte le film vers les abysses à de nombreuses reprises. S’il y a une chose qu’on ne pourra jamais lui reprocher, c’est de ne pas oser, car Le Moine est clairement une oeuvre intègre qui ose absolument tout, et n’importe quoi. Avec comme cheval de bataille l’idée que le ridicule ne tue pas, Dominik Moll pousse loin ses délires et embrasse à bras grands ouverts le pur cinéma de genre sans se poser la moindre limite inhérente au bon goût. Ainsi on ne s’étonnera pas d’y trouver des surimpressions, des apparitions fantomatiques lumineuses, des séquences de couleurs rouges et bleues ou ces atroces transitions en iris qu’on ne pensait plus jamais voir sur un écran de cinéma. Le Moine est un film de 2011 qui semblerait presque sorti d’un vieux coffre dans lequel il traînait depuis 50 ans, dopé aux effets carrément ringards mais au final assez attachants. Le soucis principal de la chose c’est qu’en tant que spectateur on peut être prêt à recevoir un essai aussi outrancier dans le mauvais goût, mais que même sur ce point il faut patienter une bonne heure avant d’en avoir pour son argent. Le développement du récit est tellement fastidieux qu’il semble illustrer un vide total pendant les 3/4 du film avant de basculer dans un grand n’importe quoi assez jouissif par son esprit no limit et ses débordements graphiques. Dommage car il y avait matière à en sortir un film follement subversif de par sa façon de fouler les croyances catholiques et les idéaux d’un monastère, sauf qu’au lieu de ça on tombe dans du thriller assez bas de gamme aux relents parfois très Z.

Toute aussi regrettable est l’absence totale, ou presque, de véritables enjeux dramatiques qui viendraient étoffer une composition visuelle parfois étourdissante. S’il n’impressionne pas nécessairement, Dominik Moll sait mettre en scène, c’est une évidence. Son talent plasticien s’exprime d’une belle manière justement dans ses excès graphiques qui renvoient au cinéma gothique anglais ou italien, de la Hammer aux Mario Bava, toutes proportions gardées. Il s’appuie bien évidemment sur l’immense talent de Vincent Cassel dans une composition peu habituelle pour lui, toute en retenue (ce qui semble ne pas réellement lui convenir) et qui va énormément s’exprimer avec son regard. C’est évidemment au détour d’un évènement majeur du récit que son jeu prend une véritable ampleur et s’impose comme tout simplement génial le temps d’une séquence de psaume à la tension sexuelle en décalage complet avec la naïveté jouvencelle de son interlocutrice. C’est sur ces décalages et dans ses excès presque surréalistes que Le Moine devient le plus intéressant, même si jamais il ne fait le moindre doute sur le fait qu’il s’agisse d’un film aux intentions louables mais globalement étonnamment raté.

[box_light]Dominik Moll poursuit son aventure dans les reflets sombres de l’âme humaine mais s’y perd cette fois dans un film qui se cherche en permanence, et s’avère d’un très mauvais goût quand il se trouve. S’il ne manque pas de singularité et même parfois de charme, Le Moine est un ratage manifeste d’un trop plein de ringardise et d’une incompréhension, semble-t-il, du ou des genre qu’il veut aborder frontalement.[/box_light]

FICHE FILM
 
Synopsis

Adaptation du célèbre roman gothique de Matthew G. Lewis, publié en 1796, « Le Moine » raconte le destin tragique de Frère Ambrosio dans l’Espagne catholique du XVIIe siècle. Abandonné à la naissance aux portes du couvent des Capucins, Ambrosio est élevé par les frères. Devenu un prédicateur admiré pour sa ferveur et redouté pour son intransigeance, il se croit à l’abri de toute tentation. L’arrivée d’un mystérieux novice va ébranler ses certitudes et le mener sur le chemin du péché.