Le Maître d’armes (Ronny Yu, 2006)

de le 11/05/2009
 
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Il y a une évidence qu’a souligné il y a peu dans une interview le grand Anthony Wong, les acteurs chinois ne sont pas capables de s’adapter à l’étranger. On l’a vu avec Jackie Chan, Chow Yun-fat, Jet Li… A chaque fois ils se retrouvent dans des rôles caricaturaux et n’ont pas la possibilité d’étaler leur talent, pourtant immense et authentique. Cette affirmation est également valable pour les réalisateurs, et se vérifie tout simplement par l’exemple: John Woo réalise son dernier film à Hong Kong en 1992, A toute épreuve, c’est un chef d’œuvre. Il part aux USA et ça donne Broken Arrow, Mission Impossible 2, Paycheck… (bon ok, Windtalkers et Volte Face sont biens!). Il revient en Chine et on obtient l’immense Les 3 Royaumes et sa suite!!! Autre exemple, le génial Tsui Hark. Il quitte Hong Kong après le chef d’œuvre The Blade et Tri-star, aux USA il nous pond Double Team et Piège à Hong Kong… certes ce sont les meilleurs Van Damme, mais pour le réalisateur c’est très bof!! Il revient à Hong Kong et c’est une claque, Time and Tide!

C’est donc intéressant de voir s’associer sur le Maître d’Armes un réalisateur qui s’est exilé après Phantom Lover et n’a fait que des trucs pas mauvais mais inoffensifs aux Etats-Unis, et un acteur qui depuis 10 ans accumule les rôles pathétiques et caricaturaux (à part Hero qu’il est retourné faire en Chine et dans une moindre mesure Danny the Dog qui est franchement pas mal).

En adaptant très librement, le scénario est une pure fiction, la vie de maître Huo Yuanjia, personnage historique ayant réellement existé, surnommé « le tigre à face jaune », et ayant œuvré à la modernisation et à une nouvelle reconnaissance des arts martiaux chinois au début du siècle, Ronnie Yu et ses scénaristes offrent à Jet Li un rôle en or.

Ainsi on va suivre pendant près de 2h20 (pour la version director’s cut, la moins rythmée mais la plus intéressante) l’évolution d’un homme en parallèle avec celle de son pays. Ou comment la pratique des arts martiaux qui n’était au départ qu’un moyen de se battre et de satisfaire un égo démesuré devient peu à peu ce qu’elle doit vraiment être, une philosophie et un mode de vie. Car au delà de l’aspect martial évident du film, il s’agit plus d’un profond voyage initiatique d’un personnage hors du commun et brisé par un drame et ses conséquences. Enfant, Huo Yuanjia est turbulent et son père (interprété par l’excellent Colin Chou qu’on a vu dans le récent Royaume Interdit) est un maître d’arts martiaux qui tient une école et ne souhaite pas enseigner son art à son fils. En grandissant il devient un maître mais son orgueil et son goût immodéré pour la boisson l’entraîneront dans une situation dramatique.

La suite ne sera qu’une suite d’évènements qui lui permettront de réapprendre les vraies valeurs de la vie, avec la longue parenthèse dans le village chinois. Jet Li est magnifique, jouant sur une palette d’émotions immense, passant de l’arrogance à la détresse, de la haine au regret avec beaucoup d’aisance. Il a déjà joué des grands maîtres (Il était une fois en Chine par exemple) mais c’est peut-être là son meilleur rôle, le plus complexe en tout cas. Autour de lui le casting cumule les econds rôles de qualité, avec une mention spéciale pour le toujours très bon Shido Nakamura (Les 3 royaumes, Lettres d’Iwo Jima…)

Derrière la caméra Ronny Yu fait des merveilles aussi à l’aise dans l’action que dans des séquences posées et contemplatives. Et pour les scènes de combats, c’est une fois de plus l’immense Yuen Woo-ping qui assure les chorégraphies. Il se fait plaisir ici en étalant sa science lors d’affrontements où se croisent différents styles martiaux. Il retrouve avec Jet Li un véritable artiste à la rapidité de mouvements incroyable! Le dernier combat contre les 4 adversaires est impressionnant, en particulier le plus long contre le japonais, mais l’ensemble du film est parcouru de nombreux fights tous plus réussis les uns que les autres, et surtout bien cadrés.

C’est du grand art, mélanger avec autant de classe une histoire universelle et terriblement humaine avec des combats comme on n’en voit plus depuis longtemps… La partie contemporaine avec Michelle Yeoh ajoute un peu plus à un message plein de fierté nationale, mais c’est finalement ça, le Maître d’Armes est une déclaration d’amour d’un réalisateur talentueux à la culture de son pays, c’est excellent!

FICHE FILM
 
Synopsis

Huo Yuanjia rêve depuis sa plus tendre enfance de se consacrer aux arts martiaux. L'opposition de son père, lutteur réputé, ne fera que renforcer sa détermination : Yuanjia décide d'apprendre les techniques de combat par ses propres moyens et se lance dans un entraînement intensif avec pour partenaire son ami Nong Jinsun... Les années passent, les victoires s'enchaînent, tandis que la vanité et l'arrogance du lutteur deviennent chaque jour plus insupportables. Lorsqu'un de ses jeunes apprentis est blessé par le maître Chin, Yuanjia défie ce dernier et n'hésite pas à le tuer. Cette "victoire" sera fatale aux deux êtres qu'il chérit le plus au monde : sa mère et sa fille.