Le Dernier rempart (Kim Ji-woon, 2013)

de le 11/02/2013
 
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Réminiscence de l’actioner des années 90, Le Dernier rempart est ce qu’on appelle communément un véhicule pour star. Il s’agit en effet du « grand retour » d’Arnold Schwarzenegger en solo. Et comme l’avait fait Jean-Claude Van Damme dans les 90’s, il est allé chercher ce qui se fait de mieux en Asie pour assurer son come back. C’est le surdoué Kim Ji-woon qui succombe cette fois aux sirènes hollywoodiennes et qui fait l’erreur de s’effacer complètement devant l’ombre imposante de la star. Sans grande surprise, le résultat est indigne de ces deux talents réunis.

Les réalisateurs asiatiques les plus doués ont toujours eu la côte à Hollywood et s’y sont à peu près tous cassés les dents. John Woo, Tsui Hark, Ringo Lam et Kirk Wong, prodiges du cinéma HK qui y ont réalisés leurs films les plus inintéressants et ont pour certains carrément achevé leur carrière. Hideo Nakata s’y est également laissé bouffer. Aujourd’hui Hong Kong n’est plus en odeur de sainteté, tout comme le Japon, et c’est donc vers la Corée que se tournent les studios américains pour recruter des grands noms et les mettre au service de stars. Le Dernier rempart est pensé pour symboliser la renaissance d’Arnold Schwarzenegger après son expérience politique, une renaissance entamée avec son rôle dans Expendables 2. Premier à succomber aux sirènes d’Hollywood, à peu près au même moment que Park Chan-wook engagé sur un projet bien plus intègre en apparence, Kim Ji-woon entre donc dans la peau d’un yes man. Une erreur de parcours grossière pour celui qui, depuis The Quiet Family en 1998, a construit une œuvre originale abordant différents genre avec une certaine science de l’excès. Formaliste de génie, il efface complètement sa mise en scène, à l’exception d’une poignée de fulgurances, au profit de la star Schwarzenegger et d’un récit mollasson. En résulte un actioner lambda, exécuté avec application mais sans âme.

Le dernier rempart 1

Le gros problème du Dernier rempart, au delà de son apparence somme toute banale, vient de son scénario en totale opposition à la promesse badass qui était faite. Fruit de diverses réécritures, le script supervisé par George Nolfi ne correspond en rien à ce qu’un actioner digne de ce nom se doit de développer. Pour faire simple, sur 1h40 de film, au moins 1h10 ne sert à rien. Il s’agit d’une interminable exposition afin de faire monter la sauce artificiellement et pousser le vieil Arnold à sortir 2-3 répliques qui fusent en même temps que les gros guns. Évidemment, le véritable intérêt du film se trouve dans les résonances entre son personnage et l’acteur lui-même, avec l’inévitable retour aux affaires du mercenaire qui s’était payé une retraite tranquille à assurer les taches quotidiennes dans son comté paisible. Sa réplique « I’m the sheriff » sonne d’ailleurs comme une note d’intention tant elle transpire la volonté de l’acteur de revenir sur le devant de la scène qui fut la sienne pendant si longtemps. En action hero vieillissant, bougeant sa masse parfois avec difficulté et préférant les prises de catch aux pilonnages d’autrefois, il assure le minimum légal mais on n’est jamais vraiment au niveau de la renaissance attendue. La faute en partie à l’écriture de ce personnage uniforme et sans aspérités, assez morne et qui ne se révèle, tout comme le film, que dans la dernière demi-heure. Entre poncifs du genre et clichés à n’en plus finir, la trop longue exposition lasse rapidement. Les différents personnages, qu’il s’agisse des bons ou des bad guys, s’inscrivent dans des sortes de caricatures, avec une mention spéciale à Peter Stormare qui en fait à nouveau des caisses pour pas grand chose. Cependant, cet aspect cabotin et la sensation d’une direction d’acteurs absente favorise une certaine idée de série B décérébrée, même si l’ennui pointe le bout de son nez trop rapidement.

Le dernier rempart 2

Un ennui pourtant illogique à la vue des éléments constituant le scénario. Car en parallèle de la mise en place de l’assaut final façon western périurbain, une grande place est laissée à l’arc narratif d’Eduardo Noriega incarnant LE bad guy de service lancé à toute vitesse dans sa belle corvette. Sauf que bizarrement, alors que tout laissait à penser à une sorte de relecture 2013 de Point Limite Zéro au moins pour cet arc, on s’ennuie ferme avec une absence de dynamique que le montage cut d’inserts sur un pommeau de vitesse ou une pédale d’accélérateur ne sauve jamais. Le personnage étant extrêmement mal écrit, on se fout royalement de la progression dramatique de la chose en attendant patiemment l’affrontement final. De la même façon, les digressions autour du personnage de Forest Whitaker n’ont d’autre conséquence que de ralentir la progression du récit déjà extrêmement basique. Il faut donc attendre la dernière demi-heure pour avoir quelque chose à se mettre sous la dent. Et c’est là qu’on retrouve un peu de Kim Ji-woon. Son sens du mouvement, son goût pour le western et la pose d’icônes, ses excès graphiques. Il se lâche enfin en même temps que le film trouve le moyen d’accélérer la cadence. Il parvient à créer une aura autour d’Arnold Schwarzenegger en essayant même de le fragiliser, retrouve des accents du far west et ose quelques plans assez fous, prouvant que le bonhomme n’a rien perdu de son savoir-faire mais s’est simplement plié à la volonté d’exécutifs. Mais tout cela reste faible et ne dépasse jamais le niveau d’une banale série B de commande, à peine plus noble que la moyenne, rarement jubilatoire et bien trop molle. Une mauvaise idée en somme, pour Arnold Schwarzenegger comme pour Kim Ji-woon. Le premier rate son retour aux affaires et le second son entrée sur le sol américain. D’autant plus que Le Dernier rempart s’est pris une veste au box-office, ce qui ne va pas faciliter les choses.

FICHE FILM
 
Synopsis

Après une opération ratée qui l’a laissé rongé par les remords et les regrets, Ray Owens a quitté son poste à la brigade des stupéfiants de Los Angeles. Il est désormais le shérif de la paisible petite ville de Sommerton Junction, tout près de la frontière mexicaine. Mais sa tranquillité vole en éclats lorsque Gabriel Cortez, le baron de la drogue le plus recherché du monde, réussit une évasion spectaculaire d’un convoi du FBI, semant les cadavres derrière lui…
Avec l’aide d’une bande de truands et de mercenaires dirigés par le glacial Burrell, Cortez s’enfuit vers la frontière à 400 km/h dans une Corvette ZR1 spéciale, et il a un otage… Il doit passer par Sommerton Junction, où est massé le gros des forces de police américaines. C’est là que l’agent John Bannister aura une dernière chance de l’intercepter avant qu’il ne franchisse la frontière…
D’abord réticent en se voyant impliqué dans cette affaire, écarté parce qu’il est considéré comme un petit shérif de province incapable, Ray Owens finit par rallier son équipe et par prendre l’affaire en main. Tout est prêt pour la confrontation…