Le Dernier maître de l’air (M. Night Shyamalan, 2010)

de le 06/07/2010
 
FacebooktwitterFacebooktwitter

Scénario calamiteux, action qui ne décolle jamais, acteurs faiblards, manque d’héroïsme et facilités narratives d’un autre temps. Voilà comment résumer le Dernier Maître de l’Air. Pur produit commercial qui ne séduira que les enfants peu regardants et âgés de moins de dix ans, le nouveau film de Shyamalan est une catastrophe à tous les niveaux. On n’en retiendra que les effets visuels de qualité (encore heureux vu le budget !), pour le reste c’est le vide intersidéral, 1h43 de nullité absolue indigne de son talent. À côté de ça, la saga Narnia est un chef d’œuvre d’heroic fantasy.

Ça pourrait s’appeler la chronique d’un désastre annoncé mais ce n’est pas du maya, du Paco Rabanne ou du Elizabeth Teissier. Non c’est juste du cinéma et c’est le nouveau fait d’armes d’un des réalisateurs les plus surestimés d’Hollywood. Après un film très malin (le 6ème Sens, qui ne supporte pas l’épreuve de la seconde vision) qui l’a placé comme le nouveau grand espoir du cinéma fantastique, après son chef d’oeuvre Incassable, M. Night Shyamalan a entamé sa lente descente vers la médiocrité avec les fascinants et fragiles Signes et le Village. Et logiquement cela a donné ensuite le très prétentieux la Jeune Fille de l’Eau (même si le film est très beau) puis Phénomènes dont on gardera surtout en mémoire la magnifique bande annonce mensongère. Mais qu’on aime ses films ou pas, il faut avouer qu’il avait un style, une manière bien à lui de créer le mystère et de faire intervenir le fantastique, et un réalisateur qui a une « patte » reconnaissable est forcément intéressant. Mais dès les premières images de ce Dernier Maître de l’Air, on pouvait se poser la question de son intégrité artistique. Des images certes impressionnantes mais sans âme, et même si le réalisateur et toute son équipe n’en ont pas fini de hurler qu’il a fait ce film pour ses petites filles fans de la série animée originale, il ne fait aucun doute qu’il a réalisé ce blockbuster insultant simplement pour redorer son blason et devenir enfin bankable. On peut appeler ça de la prostitution ou un pacte avec le Diable, mais c’est surtout un échec artistique d’une ampleur démesurée. Le réalisateur d’origine indienne était déjà mort il y a deux films, cette fois il s’enterre profond, très profond.

Budget qui frise les 150M$, ILM aux CGIs, casting de jeunes premiers, conversion en 3D, énorme studio hollywoodien aux commandes, le film a été calibré pour le succès financier. On est très loin de ce que fait Robert Rodriguez avec les Spy Kids pour faire plaisir à ses gosses donc. De plus le Dernier Maître de l’Air, qui n’est que le premier volet d’une trilogie, est en fait l’adaptation de la série animée Avatar. Série parait-il de qualité même si elle arbore fièrement un manque de personnalité avec son visuel tiré d’animes japonais, et qui s’étale sur près d’une trentaine d’heures qui se voient condensés ici en 3 films de moins de deux heures. On voit tout de suite le cœur du problème, on le craignait avant même d’assister à la catastrophe. Et c’est confirmé, le nouveau film de Shyamalan hérite d’un scénario tout simplement indigent, qu’il a lui-même écrit et dont il a l’air plutôt fier, honte sur lui. les fans de la série ne lui pardonneront sans doute pas, les néophytes ne verront de cet univers qui a l’air fabuleux que des bribes éparses, cachées derrière une conversion 3D à vomir tant le résultat est moche (aucun vrai relief, juste la sensation d’images plates superposées).

Établir la liste de ce qui cloche dans ce film parait presque impossible tant l’échec est total. On passera donc rapidement sur le fait que tout ça est baigné dans la culture asiatique, que ce soit au niveau des décors, costumes et noms des personnages, mais que tous les acteurs sont blancs et parlent un anglais parfait, on n’est pas à une aberration près après tout. Et puis le film en lui même contient suffisamment de coquilles pour écrire un roman. Le soucis majeur est que le film se veut un classique pour enfants instantané, à l’image de l’Histoire sans Fin, sauf que la mayonnaise ne prend pas. Le souffle épique qui veut se mettre en place a plusieurs reprises se voit tué dans l’oeuf à chaque tentative à cause d’un montage lamentable qui vient avorter chaque séquence au moment même ou elles s’apprêtent à décoller, et la conséquence immédiate est que tout cet univers ne se met jamais en place. D’autant plus que des trous scénaristiques béants viennent sournoisement détruire l’ensemble du récit. Des personnages apparaissent comme par magie, disparaissent, certains découvrent des pouvoirs incroyables, et tout ça sans raison aucune. À ce niveau là on ne peut même plus parler d’ellipses narratives mais juste d’erreurs grossières indignes d’une production de cette envergure, c’est une honte!

Et étant donné que M. Night Shyamalan semble avoir troqué ce qui lui restait de talent contre un gros chiffre au box office et sur son compte en banque, on n’est pas vraiment surpris de le voir mettre tout ça en scène sans la moindre personnalité. Au pays du blockbuster désincarné le Dernier Maître de l’Air veut la couronne et il l’aura sans doute. Si la plupart des effets visuels sont carrément impressionnants, quoique gâchés par cette 3D dégueulasse, la réalisation est plate, sans style. Certains diront pourtant que si, mais il faut se remémorer la séquence de gouffre de Helm dans les Deux Tours de Peter Jackson ou la plupart des scènes de combat de 300 de Zack Snyder pour se rendre compte que le réalisateur n’a rien inventé, et pire il a fait un vulgaire copier/coller des effets utilisés sur les films pré-cités. Incapable de mettre en scène les séquences de fights autrement qu’en plan serré et ralenti, Shyamalan se vautre jusque dans l’action qui se voit chorégraphiée de façon ridicule de toute façon.

Des mauvaises idées on en a à la pelle, comme le casting, pitoyable. Le pire acteur de la saga Twilight (un comble), Jackson Rathbone, hérite du rôle niais par excellence et qui trouve son apogée dans sa rencontre avec Seychelle Gabriel, coup de foudre qui se transforme en grand moment de comédie. Dev Patel pourtant très bon dans Slumdog Millionnaire n’est vraiment pas à sa place dans un rôle plus que caricatural de prince déchu, Nicola Peltz nous ferait presque de la peine tant elle échoue à donner de la consistance au personnage de Katara et on s’attend à tout moment à ce que Cliff Curtis nous déclame un « Mwahahaha! » digne du Dr. Evil d’Austin Powers. Tous sont logés à la même enseigne grâce aux dialogues débiles et il n’y a bien que le jeune Noah Ringer qui s’en sorte pas trop mal, surtout car il bouge très bien et que ses séquences de katas sont vraiment belles, on y croit.

FICHE FILM
 
Synopsis

Air, Eau, Terre, Feu : l'équilibre du monde bascule par une guerre sauvage engagée depuis un siècle déjà par la Nation du Feu contre les trois autres nations. Mettant au défi son courage et son aptitude au combat, Aang découvre qu’il est le nouvel Avatar, seul être capable de maîtriser les quatre éléments. Il s’allie à Katara, un Maître de l’Eau, et à son frère aîné Sokka, afin de stopper la Nation du Feu avant qu'il ne soit trop tard...