Le Dernier exorcisme (Daniel Stamm, 2010)

de le 19/07/2010
 
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Les faux documentaires sont à la mode dans le cinéma d’horreur. Une bonne trentaine d’années après Cannibal Holocaust qui reste leur ancêtre à tous, 10 ans après le Projet Blair Witch qui a réussi le pari de remettre ce genre sur le devant de la scène, on en a aujourd’hui à toutes les sauces. Cela va des excellents Cloverfield, [REC] et [REC]² au faussement évènementiel et véritablement ennuyeux (et surtout très mauvais) Paranormal Activity. Le Dernier Exorcisme, production du très surestimé et opportuniste Eli Roth (à qui on doit les arnaques sur pellicule Cabin Fever et Hostel 1 et 2), surfe sur cette vague de docu-fictions horrifiques en s’appuyant sur un thème classique du genre, l’exorcisme. Il faut dire que le maître étalon, l’Exorciste de William Fridekin, n’a depuis plus de 35 ans jamais été ne serait-ce qu’égalé malgré les très nombreuses tentatives. Pour son second long métrage après un premier essai dans le faux documentaire, A Necessary Death, qui abordait le thème délicat de la mécanique du suicide de façon assez troublante, le jeune réalisateur allemand Daniel Stamm tente une approche vraiment originale du genre. Et la jolie phrase choc de Mad Movies présente sur l’affiche (« la peur, la vraie, elle est ici ») nous parait terriblement mensongère, on doit bien avouer que le Dernier Exorcisme est plutôt une bonne surprise. Bien que le film soit parfois assez maladroit, il est bourré de bonnes idées dans la démystification de l’horreur par l’humour et parvient presque à nous prendre à la gorge, mais trop rarement pour qu’on puisse le qualifier de véritable réussite.

Pendant la première partie, brillante, on se demande un peu où le réalisateur veut nous emmener. À vrai dire on ne se sent absolument pas dans un film d’horreur! De façon plutôt maligne Daniel Stamm nous propose le portrait d’un exorciste new age, un peu charlatan sur les bords et qui finalement tient plus du psychologue que de l’homme d’église. Doté d’un bagout impressionnant, il nous rappelle tous ces pasteurs tenant des propos surréalistes dans les églises américaines, qui semblent entrer en transe et plus faire un show qu’une véritable messe. Pour son dernier boulot il dévoile à la caméra toutes ses astuces pour faire croire à un véritable exorcisme, ce côté « envers du décor » est plutôt intéressant, tout comme son parallèle avec le monde du cinéma et ses artifices. On est en pleine démystification d’un exercice artistique sous des airs religieux et c’est suffisamment ludique et amusant pour nous intriguer tout le long.

Puis le film bascule dans toute autre chose, prenant le spectateur à revers de la même façon que son personnage principal qui perd toutes ses certitudes et se retrouve à questionner une nouvelle fois sa foi, comme il l’a sans doute déjà fait des années auparavant mais dans l’autre sens. Le Dernier Exorcisme bascule complètement dans le fantastique et l’horreur purs et Daniel Stamm réussit le temps d’une séquence mémorable à créer une tension vraiment palpable et dérangeante, ne serait-ce que par des effets visuels dosés avec parcimonie et un véritable sentiment de danger immédiat apparaissant à l’image. Sauf que cette tension, très efficace, n’atteint jamais les sommets qui la transformerait en véritable peur. Ainsi on frissonne légèrement mais à aucun moment on n’est terrorisé, et c’est bien dommage car il y avait la matière pour. Une séance d’exorcisme mémorable mais la suite tombe à plat à grands coups d’explications qui se veulent rassurantes, le tout pour aboutir à un final qui frôle le n’importe quoi ésotérique. Cela n’est pas une mauvaise idée à proprement parler mais cette conclusion gêne par son côté « tout ça pour ça ».

Techniquement le défi est relevé haut la main avec une mise en scène dans le style reportage caméra au poing souvent très efficace. L’utilisation d’une caméra HD apporte un surplus de réalisme qui fonctionne très bien même si on sent malheureusement trop la mise en scène justement. Pour toute la partie où les évènements sont sous contrôle cela ne pose pas vraiment de problème, mais dans l’urgence du danger invisible certains plans manquent cruellement de crédibilité. En effet un cameraman prendrait il vraiment le temps de construire des plans dans ce genre de situation? On peut légitimement en douter. Reste que dans l’ensemble ça fonctionne plutôt bien avec quelques images qui nous font froid dans le dos mais on est tout de même très loin du réalisme incroyable de Cloverfield par exemple, qui réussissait l’exploit de réellement paraitre pris sur le vif et jamais calculé alors que le sujet était pourtant moins crédible au départ.

Côté casting là encore des choix judicieux ont été faits. L’acteur de séries TV Patrick Fabian livre une prestation remarquable en exorciste en pleine évolution psychologique, d’abord sur de ses convictions puis rongé par le doute, il fait surtout preuve d’un charisme monumental qui écrase le reste de la distribution. Drôle, détestable, manipulateur, l’acteur nous sert un festival et ne peine jamais à nous convaincre. Pour le reste on retiendra surtout la performance de la jeune Ashley Bell en gamine possédée (ou pas?). À dire vrai l’actrice renoue assez facilement avec le mythe de Linda Blair en livrant une interprétation physique remarquable, passant de la jeune vierge sainte-nitouche à la manipulatrice perverse avec une certaine facilité, se permettant des contorsions franchement dégueulasses qui créent immédiatement le malaise. À de rares occasions on en oublierait presque que ce sont des acteurs devant la caméra, ce qui est plutôt bon signe pour ce genre d’entreprise. On en regrette vraiment le manque d’ambition global de la conclusion qui vient semer le doute sur les intentions réelles du réalisateur.

Bourrée d’ironie et d’excellentes idées, cette production d’Eli Roth ne manque pas de charme. Des acteurs charismatiques, un sujet traité avec respect et intelligence, techniquement maitrisé dans l’ensemble, même si parfois maladroit. Le Dernier Exorcisme ne passe pas loin de la vraie réussite mais se rate à cause d’un final grotesque qui donne l’impression que tout ce qui précédait, et qui était assez fascinant, n’était qu’un prétexte pour un vulgaire retournement de situation vu des centaines de fois auparavant. Mais le plus gros soucis finalement, c’est que contrairement à ce qu’on attendait le film n’est jamais effrayant, et pour un film d’horreur c’est vraiment dommage.

Crédits Photos: © Studiocanal / Louisiana Media Productions
FICHE FILM
 
Synopsis

Quand il arrive dans une ferme, le révérend Cotton Marcus s’attend à réaliser un simple exorcisme sur un fanatique religieux troublé. Cependant, il est contacté en dernier recours pour aider une adolescente, Nell, possédée par un démon. En arrivant à la ferme, l’exorciste se rend vite compte que rien n’aurait pu le préparer au mal qu’il va affronter alors qu’il s’apprête à filmer un documentaire avec toute une équipe de tournage. Il est cependant trop tard pour faire marche arrière, les croyances du révérend seront ébranlées quand lui et son équipe devront trouver un moyen de sauver Nell avant qu'il ne soit trop tard pour elle...comme pour eux.