Le Choc des Titans (Louis Leterrier, 2010)

de le 06/04/2010
 
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Un frenchy aux commandes du remake d’un film culte pour toute une génération, celle des trentenaires d’aujourd’hui, scandale, levée de boucliers, catastrophe annoncée! Il n’y a qu’à voir l’accueil réservé au film aux USA avec la horde de critiques négatives qui va avec pour se rendre compte de l’ampleur de la chose. Sauf que ce n’est absolument pas justifié. Tout d’abord il faut bien se remettre en tête ce qu’était le Choc des Titans original, celui de 1981, en essayant de rester objectif. Et si on abandonne la fibre nostalgique qui va de pair avec tous ces ces films de notre enfance, c’était un film faiblard. pas très bien mis en scène, pas très bien joué, avec un scénario qui n’était qu’un prétexte pour mettre en avant les dernières créations du magicien Ray Harryhausen. Il s’agissait du chant du cygne d’une technologie (la même décennie a vu apparaitre Terminator, Abyss et TRON tout de même!!) et d’un film somme toute assez faible. L’idée d’en faire un remake moderne aujourd’hui n’a donc rien de saugrenue, et celle de le confier à Louis Leterrier encore moins. Le bonhomme est tout de même le seul avec Alexandre Aja à avoir compris comment fonctionne Hollywood et comment il fallait se comporter avec les studios pour pouvoir travailler sans se renier, c’est d’ailleurs marrant de voir les deux aux commandes de remakes de films « cultes » objectivement pas très bons.

Évacuons d’entrée la question qui fâche, la 3D. On sait qu’elle a été imposée par la Warner sur tous les gros budgets du studio tournés en 2D, et même si le réalisateur dit avoir été bluffé par le concept « révolutionnaire » de Prime Focus, le résultat n’est pas bon du tout. La 3D n’apporte strictement rien (sauf dans le générique final), on est à des années lumières de l’immersion totale d’Avatar, la profondeur de champ n’est pas si accentuée que ça et pire, l’image en pâtit sérieusement! On est à peu près au niveau de ce qui a été fait sur Alice au Pays des Merveilles, c’est à dire que les couleurs sont ternies, que les éléments au premier plan qui se déplacent rapidement deviennent flous et les scènes d’action un peu trop énergiques sont à la limite de l’illisible. Ajoutons à cela des comportements étranges qui aplatissent les sujets filmés de 3/4 et on comprendra que le procédé est plus que discutable. Le Choc des Titans est donc un film à voir dans son format d’origine, c’est à dire en 2D si le choix est possible.

L’autre point sur lequel le film va sans doute se faire attaquer est son scénario. Forcément. Alors oui on pourrait disserter pendant des heures sur le (non)respect de la mythologie (ce qui s’applique également au film de Desmond Davis), sur des personnages aussi épais que du papier à cigarette, sur une construction du récit qui se rapproche sans doute plus du jeu vidéo que du film, tout cela est vrai. Mais très franchement, il faut se poser la question des raisons pour lesquelles on va voir ce genre de film. Louis Leterrier c’est tout de même le réalisateur des Transporteur 1 & 2 et de Hulk (son meilleur film à ce jour, Danny the Dog est à mettre à part) donc on sait à l’avance qu’on va voir un truc pas forcément très fin mais qui en fout plein les yeux. Et c’est tout à fait ça que nous sert le réalisateur, le Choc des Titans c’est du grand spectacle du genre rollercoaster qui envoie du lourd, avec une intrigue resserrée (vingt bonnes minutes ont été enlevées par rapport aux premières projections) qui imprime un rythme tendu et sans temps mort, et des séquences dantesques.

Concrètement, le film correspond en tous points à ce qu’on pouvait en attendre. Les personnages ne sont pour la plupart que des ébauches? Peu importe, le seul qui nous intéresse vraiment est Persée, on veut le voir se battre et arriver face à Hadès en éliminant tout le bestiaire qui se met au milieu de sa route. Succession incessante de séquences qui ne s’emboîtent pas toujours très bien, avec de gros changements esthétiques, le Choc des Titans tient pourtant toutes ses promesses, jusque dans son imperfection. Tout simplement car Leterrier, avec tous les défauts qu’on peut lui trouver, est un véritable réalisateur de blockbuster et qu’il maitrise son sujet sur le bout des doigts. Avec une générosité de tous les instants, il livre un morceau de pellicule qui ressemble à un concentré de plaisir et rien d’autre.

Bourré d’action, peuplé de créatures géniales qui vont des scorpions géants plus vrais que nature aux trois sorcières au look dégueulasse en passant par le plus beau passeur Charon qu’on ait vu un jour à l’écran. Sans oublier bien sur les deux gros morceaux que sont Méduse et le Kraken, êtres titanesques qui hantent les deux plus grosses scènes du film, autant sur le plan visuel qu’au niveau tension dramatique. L’antre de Méduse est d’une beauté sidérante, comme l’entrée des enfers, tandis que le Kraken est filmé sous toutes les coutures pour représenter à l’image son immensité. On virevolte entre ses tentacules ou on tente d’échapper aux flèches et au regard de cette femme-serpent, toujours aux côtés de Persée, LE moteur de l’action. En voulant inclure une bonne dose d’humanité dans son personnage central le réalisateur signe ce qui s’apparente au premier revenge-movie sous la forme du bon gros blockbuster des familles.

Sam Worthington assure dans le rôle de Persée, à la fois solide comme un roc et rongé par sa filiation divine qu’il ne cesse de refouler. À ses côtés c’est le défilé d’acteurs pour la plupart moyennement lotis. Liam Neeson en impose naturellement dans son costume de Zeus qui s’apparente à une armure des Chevaliers du Zodiaque, Ralph Fiennes fait un remake de Voldemort dans Harry Potter mais impressionne toujours autant, Mads Mikkelsen est toujours aussi charismatique malgré un développement assez faible (seul enjeu, le voir sourire), et c’est à peu près tout, les autres ne bénéficiant pas vraiment d’un traitement à la hauteur de leur personnage, ou à l’image de Danny Huston dans le rôle de Poséidon, se voient sacrifiés au montage. Les décors du film flattent l’oeil la plupart du temps et sont bien plus imposants que tous ces fonds verts qui sont devenus la norme dans ce genre de budget.

Il est nécessaire de prendre le Choc des Titans pour ce qu’il est, à savoir un pur blockbuster, un film bourré d’action, gonflé aux effets visuels ultra démonstratifs et peuplé de créatures légendaires. Souvent poussif, relativement maladroit, pas vraiment passionnant, il n’empêche que c’est ici le plaisir du grand spectacle qui prime sur tout le reste. C’est shooté sérieusement sans que ça transpire le talent, mais Leterrier fait vivre sa caméra en permanence et n’oublie jamais le spectateur. Pas mal de défauts, on aime ou pas, il y a du bon et du moins bon, mais dans un genre totalement déshumanisé et voué exclusivement au culte du dieu dollar, ça fait toujours plaisir de voir un projet qui transpire autant l’honnêteté et la générosité. Pas un chef d’oeuvre, ce n’était pas l’ambition de la chose, mais du grand spectacle largement recommandable et souvent impressionnant.

Merci à Allociné pour l’invitation à l’avant-première parisienne.

FICHE FILM
 
Synopsis

La dernière bataille pour le pouvoir met en scène des hommes contre des rois et des rois contre des dieux. Mais la guerre entre les dieux eux-mêmes peut détruire le monde. Né d'un dieu mais élevé comme un homme, Persée ne peut sauver sa famille des griffes de Hadès, dieu vengeur du monde des Enfers. N'ayant plus rien à perdre, Persée se porte volontaire pour conduire une mission dangereuse et porter un coup fatal à Hadès avant que celui-ci ne s'empare du pouvoir de Zeus et fasse régner l'enfer sur terre. A la tête d'une troupe de guerriers courageux, Persée entreprend un périlleux voyage dans les profondeurs des mondes interdits. Luttant contre des démons impies et des bêtes redoutables, il ne survivra que s'il accepte son pouvoir en tant que dieu, qu'il défie son destin et crée sa propre destinée.