Le Chaperon Rouge (Catherine Hardwicke, 2011)

de le 15/04/2011
 
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« Par la réalisatrice de Twilight ». En voilà une accroche pas vraiment rassurante. À cause de ce maudit Twilight on occulte les plutôt bons Thirteen et Les Seigneurs de Dogtown (et La Nativité également, mais tant mieux pour celui-là) pour ne s’adresser qu’aux adolescent(e)s. Les cibles avouées de cette relecture de l’histoire du petit chaperon rouge, conte oral vieux comme le monde apparu pour la première fois à l’écrit chez nous sous la plume de Charles Perrault. Moderniser ce conte à la morale universelle (se méfier des apparences) est une idée assez séduisante au sur le papier, confier le film à la réalisatrice qui se veut portraitiste officielle des adolescentes au cinéma l’est également, là encore sur la papier. On sent bien chez Catherine Hardwicke cette volonté de devenir une sorte de Larry Clark ou Gus Van Sant au féminin, le talent et le politiquement incorrect en moins. Avec Le Chaperon Rouge, elle persiste dans cette voie, livrant une fable fantastique aux influences marquées et aux figures de style connues. La réalisatrice se morfond dans une romance « à la Twilight », un brin plus chaude malgré le paysage enneigé, et s’essaye au conte rural old school mais qui arrive juste 7 ans trop tard après Le Village de M. Night Shyamalan et 10 ans tout rond après le Pacte des loups de Christophe Gans. Le résultat? Anecdotique.

Car la promesse, énoncée par la réalisatrice comme une note d’intention, de proposer une relecture noire et adulte du conte pour enfants, chose louable et même sacrément intéressante concernant le petit chaperon rouge, n’est pas tenue. Non le côté trouble si intéressant, ambigu et cruel, il n’est pas présent, jamais. Au lieu de cela, Le Chaperon rouge se contente de tisser la toile d’un trio amoureux adolescent doublé d’un whodunit assez basique. Concernant l’aspect romance, il ne faut pas se faire d’illusion, il s’adresse aux adolescents et personne d’autre. Plus précisément, un peu comme les vampires mormons, il s’adresse même au jeune public sensible aux idées conservatrices. Car sous l’excuse presque valable du conte « historique », on nous balance quelques idées légèrement dégueulasse du type « Épouse-le, il a une bonne situation, tu l’aimeras plus tard. » Ces discours n’apportant rien à l’intrigue principale, on peu légitimement se poser la question sur le pourquoi de leur présence. Ceci étant, on reste assez loin des âneries de la saga Twilight avec même quelques scènes vraiment sensuelles à la clé (dont une sur fond de Fever Ray assez belle par son décalage).

L’autre aspect intéressant de ce Chaperon rouge est le whodunit. Plutôt que le loup déguisé en grand-mère c’est un loug garou qui sévit dans un village. Alors oui là encore il n’y a rien de bien nouveau, on est en plein jeu de dupes pour savoir qui est le loup. Joe Johnston l’avait plutôt bien réussi dans son hommage gothique et mal aimé  Wolfman, ici ce n’est pas au niveau, et encore moins à celui du Village de Shyamalan, mais il faut avouer que cette intrigue se laisse suivre avec même un certain plaisir. Un petit jeu pervers pour faire tomber les masques. Ajoutons à cela des réflexions jetées ça et là plutôt intelligentes telles que le fanatisme religieux au profit d’une vengeance personnelle, l’éveil au sexe, les familles et traditions castratrices… des thématiques assez profondes finalement, se juxtaposant de façon assez heureuse, dans l’idée, avec les métaphores du conte fantastique. Sauf que si Le Chaperon rouge ne manque pas de bonnes idées, elles sont toutes avortées avant leur développement. Ainsi on voit très clairement ce qu’aurait pu être le film dans d’autres mains, avec plus de libertés artistiques, avec un autre public cible que celui estampillé PG13. Sauf que c’est un autre film qu’on voit, un film lisse, sans bavures, un film qui répond à un cahier des charges bien rigide, un film fade et sans âme.

On se dit qu’on peut se rattraper par la technique? Et bien non. Si la reconstitution et la direction artistique sont plutôt bons, le travail est saccagé non seulement par la mise en scène molle et faussement élaborée (Hardwicke et ses plans de grue accélérés suivis d’un flash blanc c’est atroce, il faut qu’elle arête ça) mais aussi et surtout par un travail lamentable sur la photographie. On est devant un film qui se veut un brin fantastique, avec des décors en carton qui pourraient être sublimés par une lumière intelligemment utilisée. Au lieu de ça cette chère Mandy Walker (pourtant à l’oeuvre sur les beaux Lantana et Australia) ne trouve rien de mieux que de sur-éclairer le film. Dès lors, le côté carton-pâte de certains décors dégueule de l’écran tandis que pour le mystère qui passe généralement par les zones d’ombre à l’écran, et bien on repassera. Contre toute attente, Le Chaperon rouge est donc un film assez moche, à la différence de la grande majorité des acteurs qui sont pour la plupart des gravures de mode presque hors sujet. Dans un défilé de prestations figées on retiendra essentiellement celles sortant heureusement du lot. Julie Christie, excellente en grand-mère bohème, Gary Oldman, toujours à l’aise dans le jeu débridé ici en roue libre la plupart du temps, et bien sur la sublime Amanda Seyfried dont les grands yeux semblent posséder un réel pouvoir hypnotisant. Pour tout le reste, il n’y a pas de quoi s’attarder trop longtemps.

[box_light]Le Chaperon rouge vient inscrire son titre sur la longue liste des excellentes idées de départ globalement gâchées. Par la mise en scène pataude de Catherine Hardwicke, par des acteurs ressemblant plus à des mannequins qu’autre chose, par un discours rétrograde, par un romantisme bête et exacerbé, par une image globalement laide, c’est un ratage. Pourtant, en quelques occasions apparaît au stade embryonnaire le beau conte fantastique qu’il aurait pu être entre d’autres mains. Mais il ne l’est pas, et ce croisement grossier entre Twilight, le Village et Wolfman creuse sa propre tombe par excès de polissage et manque de tempérament. Bien trop sage…[/box_light]

FICHE FILM
 
Synopsis

Dans une histoire inspirée d’un célèbre conte de fées, une adolescente se retrouve en grand danger quand son village décide de chasser les loups-garous qui terrorisent la population à chaque pleine lune. Dans un endroit où tout le monde a un secret et est suspect, notre héroïne doit apprendre à suivre son cœur et trouver en qui elle peut avoir confiance.