Le Capital (Costa-Gavras, 2012)

de le 13/11/2012
 
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S’il n’a jamais brillé par sa finesse, le cinéma engagé de Costa-Gavras a toujours fonctionné par sa rage et son positionnement, toujours en phase avec son époque. Sauf que depuis bientôt 10 ans le cinéaste semble de plus en plus déphasé avec le monde dans lequel il évolue, et ce jusqu’à ce terrifiant Capital. Terrifiant car le film ne raconte rien, ne soulève aucune idée neuve, et pourrait très bien se nommer « Le Capital pour les nuls » même si cela lui donnerait encore trop de crédit. C’est la marque d’un cinéaste qui s’est perdu jusqu’à devenir sa propre caricature, et c’est un peu triste.

Sur le papier, il ne faisait aucun doute que l’adaptation du Capital, roman déjà pas très fin de Stéphane Osmont, semblait taillée pour LE cinéaste politique en France, Costa-Gavras. Sauf qu’entre Le Couperet et Eden à l’ouest, le réalisateur franco-grec a tristement montré qu’il n’était plus le metteur en scène capable de coups de poings inaltérables tels que Z, L’aveu ou Music Box. Un constat amer que confirme la vision du Capital, film pamphlétaire honteux qui ressemble à une collection de lieux communs sur le milieu de la finance et des patrons de grands groupes bancaires. Bien évidemment on retrouve le ton très ironique du roman, jusque dans sa réappropriation des théories maoïstes pour traiter du capitalisme sauvage, mais Costa-Gavras n’en fait rien. Le cinéaste capable de créer la polémique en grattant précisément là où ça faisait mal s’est transformé en une sorte de papy qui lève sa canne en criant à tue-tête que les banquiers sont tous des salauds et que tout cela est vraiment trop injuste. Il en résulte un film vide d’idées neuves, plus proche d’une comédie cynique que du thriller financier qu’il se fantasme, plombé par une accumulation de charges grossières semblant provenir d’un autre temps.

La comédie entre très tôt dans le récit, dès sa séquence d’ouverture sur un terrain de golf. Le malaise d’un grand patron en plein swing, Gad Elmaleh qui entame un dialogue face caméra avec le spectateur, et on apprend que le patron en question souffre d’un cancer des testicules. Un cancer des bourses donc, pour un film qui traite du comportement des banques, les amateurs de métaphores grossières seront aux anges. Et la suite est à l’avenant. On est bien loin de la puissance évocatrice d’œuvres telles que Wall Street ou plus récemment Margin Call. Le Capital y répond par une vulgarisation extrême des montages financiers et une succession d’idées reçues toutes plus bêtes les unes que les autres. A tel point qu’il est bien difficile d’en dresser un semblant de liste, mais concrètement on y apprend que les patrons et les membres des conseils d’administration des banques sont tous des pourris, que l’appât du gain et l’accès au pouvoir pervertit les hommes, que ce sont les méchants américains qui contrôlent les marchés, que l’économie chinoise est tenue par des groupes mafieux, que l’homme est faible face à la chair et que tout ce petit monde passe son temps à se faire tailler des costumes sur mesure, à boire des grands vins, à rouler en limousine, à voyager en jet privé et à se rencontrer sur des yachts. On ne remettra pas en cause la véracité de telles affirmations mais il y a tout de même un sérieux problème lorsqu’un cinéaste réputé engagé tombe dans une telle peinture qui ne dépasse jamais le lieu commun. Qu’apprend-on à la vision du Capital ? Rien qu’on ne sache déjà, et c’est bien là le problème. Costa-Gavras, plutôt que d’étayer son discours par un travail documentaire et une vision moderne de cet univers tournant en vase clos, se contente d’enfoncer des portes ouvertes et de placer dans ce vulgaire jeu de plateau des personnages archétypaux totalement indignes d’un cinéma voulu engagé. La finance est un jeu, et tous ces hommes machos et vénaux ne sont que de grands enfants qui cherchent à amasser leur fortune personnelle en restant déconnectés du monde réel, bien trop occupés à arnaquer les actionnaires, à ruiner des entreprises et à s’échanger des mails et appels skype. Difficile de livrer un travail plus approfondi en terme de collection de clichés.

D’autant plus que Le Capital n’est pas vraiment sauvé par son traitement de cinéaste. Costa-Gavras livre un travail au mieux honnête, au pire lourdingue, avec une mise en scène pataude et des automatismes vieillots. Rien à sauver ou presque non plus du côté des acteurs, à l’exception peut-être d’une Céline Sallette perdue dans un océan de médiocrité. L’ensemble des seconds rôles évoluent en pilote automatique ou montre à quel point ils ne sont pas impliqués (voir la performance désastreuse de Daniel Mesguich) mais sont finalement tous au niveau d’un Gad Elmaleh qui s’est visiblement trompé de plateau. Certes, le comédien permet une certaine forme d’empathie, voire de sympathie, mais jamais on ne voit le personnage de Marc Tourneuil s’imposait devant l’acteur. La faute à un personnage écrit grossièrement, dont les prises de décision, qu’il s’agisse d’actions financières ou personnelles, n’ont aucun sens, et qui n’échappe pas non plus à un traitement archétypal du plus mauvais effet. Le procédé lourdingue du film, autant dans sa construction voulue ludique que dans sa mise en application, finissent d’enterrer ce projet improbable. Et avec lui un réalisateur complètement déconnecté des réalités du monde qu’il cherche à explorer, dont la philosophie gauchiste n’a pas évoluer depuis 20 ans et qui avoue là son renoncement total. Et le fait est que voir un réalisateur qui fut aussi grand sombrer de façon aussi grossière (à l’image de l’hilarante démonstration d’une opération bancaire à travers une animation power point toute pourrave) ressemble à une véritable tragédie.

FICHE FILM
 
Synopsis

La résistible ascension d'un valet de banque dans le monde féroce du Capital.