Last Action Hero (John McTiernan, 1993)

de le 06/11/2011
 
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Un an seulement après le four de Medecine Man (qui ne rapporta que 45 M$ sur le sol américain pour un budget de 55 M$, malgré la présence d’une star au casting) John McTiernan défie les studios et leur communication. Last Action Hero c’est le film de la rupture pour un réalisateur déjà peu estimé des critiques à l’époque et qui va faire les frais d’une campagne de pub désastreuse. Imaginez, le réalisateur de Piège de Cristal et Predator (deux films « bourrins et crétins » ne l’oublions pas) qui retrouve l’acteur devenu la légende vivante du cinéma d’action, Arnold Schwarzenegger, c’est presque trop beau pour être vrai. Last Action Hero est donc vendu comme le nouveau Schwarzenegger, véhicule pour la star de l’action alors au sommet de sa carrière – il avait enchaîné Total Recall, Un Flic à la maternelle et Terminator 2 – et que personne n’imaginait alors mettre en péril son image d’action hero. Coup de tonnerre, le nouveau McTiernan n’est pas un film d’action, ou tout du moins ce n’est pas seulement un film d’action, c’est d’abord un conte. Conséquence logique d’un film mal vendu, il se ramasse violemment au box-office dans ses premières semaines d’exploitation avant d’attirer du monde en salles, le bouche-à-oreille fonctionnant tout de même, comme toujours avec les grands films. Que reste-t-il aujourd’hui de Last Action Hero, presque 20 ans après sa sortie ? Une claque énorme, et ce malgré une équipe globalement mécontente du résultat à l’écran. C’est dire le niveau d’exigence des héros derrière la caméra.

La magie de Last Action Hero vient d’un malentendu, comme souvent, entre deux figures majeures du cinéma américain populaire des années 80/90. D’un côté John McTiernan le mal-aimé qui fait des grands films incompris, bien plus intelligents qu’ils n’en ont l’air, et de l’autre Shane Black, scénariste surdoué déjà auteur du Dernier samaritain et de trois épisodes de L’Arme fatale. La rencontre magique, un peu comme si aujourd’hui Alfonso Cuarón mettait en scène un scénario de Guillermo Arriaga, ce genre de perfection. Petit soucis, Shane Black est arrivé en renfort pour remanier un script des débutants Zak Penn et Adam Leff, et McTiernan n’a pas tout conservé. Last Action Hero c’est donc un film un peu malade, qui a en plus souffert d’une post-production limitée à quelques semaines seulement pour contrer la bombe atomique lâchée par Universal, un petit film nommé Jurassic Park. Ce côté bâtard se fait sentir quelques fois dans la construction des séquences et un montage parfois peu soigné. Aujourd’hui, cela fait partie de la légende et il est impensable d’en voir une version plus « soignée ». Car Last Action Hero a besoin de ses erreurs pour exister, la perfection ne lui sied pas. Last Action Hero ne répond à aucune logique narrative pré-établie, et semble se construire au fil d’un dialogue intime avec le spectateur. À tel point qu’il ressemblerait presque au film le plus intelligent de McT, qui déploie là des trésors de mise en scène pour coller au ton tout à fait fantaisiste de l’ensemble. Là où il est brillant, c’est dans le rapport qu’il entretient avec le public à travers le héros qui se trouve être un enfant cinéphage, Danny. L’identification est immédiate, poussant l’expérience du meta-film à un niveau encore supérieur car si Danny est propulsé dans le film Jack Slater IV, c’est un peu le spectateur qui vit dans le personnage. L’expérience de Danny, c’est le fantasme de tout gamin qui a grandi avec le cinéma d’action de cette époque-là, se retrouver à vivre à l’intérieur d’un film d’Arnold Schwarzenegger – ou Arnold Braunschweiger – et lui montrer à quel point on aime ce qu’il nous a apporté. Mais à y regarder de plus près cette déclaration d’amour à travers Danny, et à travers le spectateur, ne serait-ce pas celle de John McTiernan ?

[quote]Big mistake !

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Sans la moindre dose de cynisme il va clairement déclarer sa flamme à tout un cinéma qu’il aime, tout d’abord par tous ces petits clins d’oeils qui créent la complicité avec le public. Un vélo devant une pleine lune, une incrustation d’Humphrey Bogart dans son imperméable, un chemin qui croise celui de Catherine Tramell et du T-1000… établir la liste est bien trop fastidieux et ce ne sont finalement pas les plus intéressants. Ce qui fascine c’est le regard de McT sur ce cinéma d’action qu’il a contribué à créer et sa volonté d’en faire éclater les mécanismes à l’écran, et cela tout en poursuivant sa thématique fétiche de l’adaptation dans un environnement inconnu. Tout cela passe à travers le personnage d’Arnold Schwarzenegger qui trouve non seulement son meilleur rôle mais participe ainsi à la déconstruction du mythe héroïque moderne et sa représentation à l’écran initiée par McTiernan. Il se passe quelque chose de fascinant, et c’est en cela que Last Action Hero est un grand film, et non une version musclée de La Rose pourpre du Caire. La réflexion et la démonstration, qui dépassent le but avoué de Shane Black de proposer un simple divertissement, vont très loin et découlent d’une logique narrative à l’efficacité assez incroyable. Pour arriver à ses fins et exposer le mythe, il va tout d’abord le faire évoluer dans son univers fictionnel qui sera légèrement remis en cause par l’intrusion d’un élément extérieur avant de le confronter à la réalité. Et toute la dernière partie située dans le monde réel prend du sens quand le personnage prend conscience de sa condition de création et non d’être.

Jack Slater, caricature ultime des personnages de Schwarzenegger, qui ne s’exprime que par punchlines et blagues pourries, dans un univers typique d’actionner aux codes bien définis, devient alors le vrai personnage tragique précédemment détourné dans la parodie de Hamlet, une séquence de rêve presque prémonitoire. McTiernan rend hommage et affronte les mythes d’un genre, faisant preuve d’un regard très lucide sur les dérives de ce genre – y compris les siennes dont Piège de cristal avec la mention à la mort de Karl – et surtout armé d’un talent de conteur et de metteur en scène qui ne faiblit jamais. Il se réapproprie tous les codes du cinéma d’action pour mieux les détourner, compose des mouvements complètement fous et joue même à se parodier lui-même quand il impose du dutch angle sur des séquences qui n’en nécessitaient vraisemblablement pas, entre autres amusements. Finalement, derrière le côté très ludique du film se cache peut-être son oeuvre la plus complexe, et quelque part la plus saine. Une sorte de bilan très conscient après quelques gros coups, un prototype de blockbuster intelligent bourré de scènes folles et de répliques cultes, un film au propos universel et qui semble appartenir à une race de films un peu à part. Et un film qui ose montrer une affiche de Terminator 2 avec Stallone dans le rôle du terminator tout en disant qu’il s’agit de son meilleur rôle, si ce n’est pas un film qui a tout compris à ce qui se tramait dans le cinéma d’action du début des années 90, qu’est-ce que c’est ?

FICHE FILM
 
Synopsis

Grace a un billet magique, Danny Madigan, un enfant de onze ans, peut vivre les aventures de son policier prefere, Slater, croise des temps modernes. Ensemble ils affrontent force danger et triomphent toujours. Mais les choses se compliquent lorsque des personnes mal intentionnees s'emparent du billet magique et gagnent New York, ou le crime paie encore plus qu'au cinema.