L’assaut (Julien Leclercq, 2010)

de le 02/03/2011
 
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Qui se souvient en détail des évènements spectaculaires de la prise d’otages du vol Air France 8969 de Noël 1994 à l’aéroport de Marignane? Sans doute pas grand monde, mais nous avons tous gardé en tête une poignée d’images: un membre du GIGN touché accroché à la porte de l’avion, le co-pilote qui saute du cockpit, et c’est à peu près tout. Pour son deuxième film après le partiellement raté Chrysalis (essai ambitieux de SF à la française froid jusque dans son manque total d’émotion), le toujours prometteur Julien Leclercq, une des figures de proue du cinéma de genre en France, s’intéresse de près à ce fait divers qui aura marqué les téléspectateurs de par l’important dispositif médias déployé à l’époque. Un sujet de cinéma en or massif qui remet sur le devant de la scène la menace terroriste, un projet narratif véritablement ambitieux mais qui pouvait tomber dans tous les pires pièges de ce genre de cinéma : trop spectaculaire, trop larmoyant, trop héroïque, trop long… pièges que Julien Leclercq évite habilement pour la plupart tout en livrant un film qui ne convainc encore qu’à moitié. Il y a dans L’Assaut quelques très belles idées de cinéma, mais d’autres plus discutables également. Ceci dit, si l’ensemble est imparfait, il convient de saluer l’entreprise plus ou moins inédite en France de transformer un fait d’actualité assez récent en un film de genre.

Julien Leclercq aborde cette course contre la montre selon trois angles d’approche bien précis. Les terroristes, les membres du GIGN et le gouvernement français. Dans sa construction, L’Assaut ressemble bien plus à du cinéma américain qu’autre chose. D’ailleurs une ombre très (trop?) évidente plane sur tout le film, celle du magistral Vol 93 de Paul Greengrass. Dans le déroulement de l’action et dans le découpage, Julien Leclercq s’en inspire largement tout en sachant rester à sa place et ne pas tenter le diable. Mais là où on ne lui en aurait pas voulu de singer le génie anglais, c’est dans la posture politique et l’engagement tout simplement. Avec un tel sujet, Leclercq reste complètement neutre, c’est le bon point, mais son film également alors qu’il aurait trouvé une force supplémentaire à être plus engagé. D’autant plus qu’il met bien en lumière les manipulations politiques en coulisse qui auraient mérité plus d’attention plutôt que de finalement se focaliser majoritairement sur les hommes du GIGN, bénéficiant d’un surplus d’exposition.

On a presque l’impression que, terrorisé par l’image de ce fait réel, Julien Leclercq n’ose pas aller trop loin et ne va surtout pas au delà d’une sorte de regard de journaliste bien trop froid et impartial. Emporté par son sujet, il livre finalement, sous forme de cinéma d’action percutant et contemplatif, une déclaration d’amour et de respect à ces surhommes du GIGN dont il tente de percer un peu le mystère. Ce qu’il en ressort c’est que ce sont des hommes clairement pas comme nous, qui ont entamé une discussion avec la grande faucheuse dès leur entrée dans le corps et qui de par leur métier éprouvent toutes les peines du mondes à évoluer dans leur cercle familial. C’est la raison principale pour laquelle le rythme du récit se voit coupé par les séquences entre Vincent Elbaz et sa femme, vecteurs non pas d’émotion mais d’une tentative d’illustrer une psychologie complexe chez ces hommes. Tentative partiellement réussie là aussi, certains éléments ne trouvant pas réellement leur place et c’est bien dommage. En fait s’il est bourré de qualités surtout formelles, L’Assaut souffre vraiment du poids de son sujet, étouffant et au final peu cinématographique, car on ressent parfois l’impression de remplissage narratif.

S’il ne manque pas d’ambition dans son récit à l’américaine, bien que maladroit, L’Assaut vaut surtout pour ses qualités graphiques indéniables, bien que là aussi discutables selon les sensibilités de spectateurs. Ainsi L’Assaut tente un mélange casse-gueule entre hyper réalisme (le sujet a été bossé et il n’y a que peu de place laissée au hasard dans la reconstitution, malgré la fiction apportée à certains éléments) et lyrisme total de la représentation de l’assaut lui-même. On est ainsi en permanence entre le cinéma coup de poing de Paul Greengrass et un côté très blockbuster qui n’est pas sans rappeler la pose héroïque du cinéma de Tony Scott et Michael Bay, pour ne citer que les plus mémorables. Que ce soit dans la réalisation caméra à l’épaule, le montage à grand coups de ralentis poseurs, la photo désaturée à mort ou la musique parfois outrancière, L’Assaut flirte en permanence autour de cette limite difficile à négocier mais s’en sort généralement bien, à condition d’accepter son aspect poseur, pas toujours très fin, et cette tendance à sortir les violons. À noter que pour la plupart les acteurs sont très bien choisis et semblent impliquer, même s’ils peinent à diffuser correctement toute émotion.

[box_light]Lyrique, poseur, un peu lourd, L’Assaut est un film engagé sur la forme mais manquant paradoxalement d’engagement sur le fond. Julien Leclercq continue dans la voie ouverte avec Chrysalis et les deux films ont bien plus en commun qu’il n’y parait. À savoir un traitement aussi froid que spectaculaire, un récit décevant et de beaux acteurs pas toujours bien dirigés. L’émotion est trop soulignée pour véritablement toucher mais le film possède un tel cachet graphique et s’avère quelque part tellement inédit dans le paysage cinématographique français qu’il peut convaincre. Ce qui est certain c’est que Julien Leclercq confirme son talent pour la mise en scène, il ne lui reste plus qu’à trouver un scénario dément et il nous livrera un grand film.[/box_light]

FICHE FILM
 
Synopsis

Samedi 24 décembre 1994. Quatre terroristes du GIA prennent en otage à Alger l'Airbus A-300 d'Air France reliant la capitale algérienne à Paris et les 227 personnes présentes à bord. Personne ne connaît leurs intentions : ils sont armés et apparaissent extrêmement déterminés. Les terroristes revendiquent la libération de leurs camarades d'armes et exigent le décollage immédiat de l'avion. Mais ce n'est finalement qu'après de longues négociations diplomatiques tendues entres les gouvernements français et algériens et l'exécution de 3 passagers que l'avion quitte l'aéroport d'Alger. Nous sommes le lundi 26 décembre, il est 3h33 du matin, quand l'Airbus d'Air France atterrit à Marseille-Marignane. Trois personnages, Thierry, un soldat du GIGN, Carole Jeanton, une technocrate ambitieuse et Yahia Abdallah, un Djihadiste déterminé sont au cœur de l'événement. Leurs logiques vont s'affronter jusqu'au dénouement final. Devant 21 millions de téléspectateurs, l'assaut du GIGN va mettre un terme à cette prise d'otage sans précédent dans l'histoire du terrorisme... mais annonciatrice des terribles évènements du 11 septembre 2001.