L’Art d’aimer (Emmanuel Mouret, 2011)

de le 22/11/2011
 
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« Patience, patience, mais pas trop » est l’un des adages que nous propose Emmanuel Mouret dans son dernier film. L’Art d’aimer se compose de saynètes liées entre elles par la ferme voix off de Philippe Torreton.

Mouret, parfois considéré comme un héritier d’Eric Rohmer pour la légèreté douce-amère de ses comédies, a modestement choisi de plagier le titre de l’œuvre du poète latin Ovide, se voulant être une initiation assez prosaïque à l’art de plaire et de conquérir les cœurs. Dans le film, les personnages, tour à tour grands timides, dragueurs invétérés, célibataires endurcis ou couples paisibles et installés, frayent avec les affres de la séduction, mus par les démons bienveillants du désir. Pour servir ce film multiple, une ribambelle d’acteurs sont présents. Les habitués : Judith Godrèche, Frédérique Bel, Ariane Ascaride, Elodie de Navarre ; et des nouveaux : le surprenant Gaspard Ulliel et François Cluzet, qui a décidément la cote.

Le scénario commence sur les chapeaux de roue par une belle idée romantique : celle d’associer au coup de foudre amoureux une musique particulière, plutôt classique ici. En faisant appel à une sensation qui serait commune à tous, Emmanuel Mouret annonce dès le départ son intention de faire dialoguer les sens de ses personnages avec leurs raisons. En une succession de cas de conscience, L’Art d’aimer puise dans la nature complexe et instable du désir pour l’expérimenter. Si le réalisateur lui-même se définit comme un être « plutôt vacillant », donc peu sûr de lui, il teste sur ses personnages les multiples circonstances de la naissance de l’amour, ou de l’aventure extra conjugale. Cette dimension empirique, voire scientifique, est incarnée par des personnages comme celui d’Amélie qui envisage de faire se rencontrer son prétendant et une amie dans l’obscurité totale d’une chambre d’hôtel, demandant à cette amie de se faire passer pour elle.

L’enchaînement des situations ne laisse aucun répit, ni temps de réflexion, et tout va si vite qu’on en vient un peu à le regretter. On observe Amélie (Judith Godrèche) se dépêcher dans la rue, Isabelle (Julie Depardieu) se démener avec ses livres, ou la voisine d’Achille (Frédérique Bel) gigoter sur un canapé… L’intention de produire un rythme enlevé et une grande variété de situations est limpide mais n’est-elle pas trop évidente ? D’ailleurs, Mouret dit préférer « le mystère niché dans l’extrême clarté, plutôt que dans le flou »  en justifiant ainsi le babillage permanent des personnages. Heureusement, ce flux de paroles continu, tirades ou remarques malines et parfois brillantes, est forgé dans une langue maîtrisée et délicieuse, totalement musicale. La poésie de film est servie à l’image par l’élégance des décors, intérieurs  soignés, rues de Paris propres et ensoleillées, ou encore la forêt du Val-d’Oise qui pointe son nez comme une oasis de bien être.

Bien sûr tout ceci est un peu surréaliste, les personnages sont aussi invraisemblables que les situations, mais tout ici tire sa vérité de stratagèmes et de questionnements réels comme celui d’Emmanuelle (Ariane Ascaride), qui se dit qu’elle n’a peut être pas assez vécu (ce personnage de femme mûre aux tendances nymphomanes fait d’ailleurs beaucoup penser à Sabine Azéma, hilarante dans Le Voyage aux Pyrénées). De ce film, on retiendra aussi quelques traits qui font mouche alors qu’ils semblent prononcés au hasard : « Je ne serai jamais à la hauteur de tes fantasmes » ou  « J’ai l’impression d’être un feu rouge! ».  On pourra aussi se remémorer la savoureuse prestation de Julie Depardieu, en personnage grincheux à qui tout arrive, ou encore celle de son François Cluzet en voisin collant et entreprenant. Enfin les amateurs d’Un baiser s’il vous plaît ou de Fais-moi plaisir !, retrouveront avec joie l’ironie des paroles et l’univers si attachant d’Emmanuel Mouret, teinté de mélancolie et de drôlerie.

FICHE FILM
 
Synopsis

Au moment où l’on devient amoureux, à cet instant précis, il se produit en nous une musique particulière. Elle est pour chacun différente et peut survenir à des moments inattendus...