L’arnacœur (Pascal Chaumeil, 2010)

de le 06/03/2010
 
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Avec son affiche qu’on a l’impression d’avoir vu des milliers de fois, son casting pas si glamour que ça, son jeu de mot bien trop facile dans le titre, l’Arnacœur n’a à priori pas grand chose d’excitant même si l’accroche ne manquera pas d’attirer le public friand de toutes ces comédies bien légères qui égayent son quotidien, à défaut de lui faire vivre de vrais moments de cinéma. Sauf que dès les premières images Pascal Chaumeil, ancien assistant de Luc Besson et réalisateur pour la TV, impose un style pas si habituel que ça dans nos comédies franchouillardes et qui se rapprocherait plus de ce que nous proposent les réalisateurs US dans leurs comédies. Dans les faits cela se traduit par une véritable recherche dans la mise en scène pour construire un film pas uniquement sur des situations comiques ou le jeu des acteurs, contrairement à beaucoup de productions du genre c’est donc du vrai cinéma avant tout. De plus, on ne peut qu’être interpelé par la présence de Romain Duris, acteur ô combien talentueux, qui en règle générale semble choisir ses rôles avec un grand soin (même si parfois il a beau être au top il ne sauve pas le film). Mais on se rappelle que dans le registre de la comédie, il a déjà fait ses preuves chez Klapisch ou encore dans Dobermann, et le voir associé à Vanessa Paradis dont c’est seulement la neuvième apparition à l’écran semble d’entrée de jeu intéressant. Pour couper court au suspens (si suspens il y avait) l’Arnacœur n’est pas un grand film, il n’en a sans doute pas la prétention, il ne s’imposera surement pas comme un classique du genre, mais il est suffisamment sympathique pour emporter l’adhésion grâce à une sacrée brochette d’acteurs et une mise en scène tout ce qu’il y a de plus classe.

EN fait plus que de comédie il serait préférable de parler de comédie romantique, terrain gardé à l’international par nos voisins d’outre-manche. Et très franchement, sur un plan purement formel, l’Arnacœur n’a pas grand chose à envier aux comédies romantiques british ou US, il en adopte la même approche jusque dans la structure très linéaire du récit et le timing des changements de ton. Le résultat est un film devant lequel on ne s’ennuie pas, même si sur le dernier acte on commence à ressentir la durée de la chose (1h45, dix minutes de moins ça aurait été une bonne idée). Ça fonctionne plutôt bien d’une part grâce au sujet, car rien que l’idée d’un briseur de couples professionnel, avec toute une éthique qui va avec, est excellente, mais surtout comme cela a été dit plus haut grâce aux acteurs. Si Vanessa Paradis est tout à fait convaincante dans le rôle de la petite bourgeoise un peu tête de mule mais finalement très sage (quoique…), Romain Duris illumine le long métrage de sa présence à l’écran, qu’il bouffe à chaque image, comme d’habitude. Il est drôle, touchant, pathétique dans ses techniques tellement grosses qu’elles en deviennent parfois ringardes. Mais ça marche.

À vrai dire, aucun autre acteur n’aurait pu entrer dans la peau de ce personnage avec autant d’élégance décontractée, une sorte de négligence maitrisée qui lui donne un charme fou. Et s’il assure plus la partie romance et « arnaque » (car on est finalement très proche de la structure d’un film d’arnaque ou de braquage), la partie purement comédie est assurée par des seconds rôles savoureux. Julie Ferrier bien plus à l’aise dans ce rôle là, une sorte d’associée maternelle, que dans Micmacs à tire-larigot, Helena Noguera en meilleure amie assez barrée et légèrement poufiasse, Jean-Yves Lafesse en commanditaire digne d’un James Bond mais surtout, très largement au dessus du lot, François Damiens!

Le belge fou livre un véritable festival, donc autant prévenir celles et ceux qui y seraient allergiques, car c’est lui qui porte les séquences les plus drôles du film. Et cette fois, il est souvent présent à l’image, et dès qu’il ouvre la bouche c’est impossible de contenir ce qui commence par des gloussements pour en arriver à de vrais éclats de rire à la fin du film. Damiens apporte un vrai cachet comique au film qui bénéficie grandement de sa présence, qu’il se prenne pour un pilote de F1 italien ou un plombier polonais, il est irrésistible. Aucun doute là-dessus, s’il n’était pas présent l’Arnacœur n’aurait pas le même charme et voguerait tranquillement parmi les hordes de comédies romantiques françaises et insignifiantes. Mais en grande partie grâce à lui, le film se positionne facilement au-dessus de tout ce qui se fait dans le genre chez nous, et facilement.

On rira également de bon cœur aux apparitions de l’homme de main serbe qui bouffe des noisettes avec la coquille, ou des larmes de crocodile de Duris. Les plus fleurs bleues seront aux anges devant l’hommage à Dirty Dancing et tout le monde sort de la salle avec le sourire et l’impression d’avoir vécu un bon moment. Et c’est vrai, on ne s’ennuie pas, on rigole, on a droit à de belles images travaillées, un montage énergique et une BO qui colle parfaitement. Mais il manque ce petit truc qui en ferait un film qu’on n’oublie pas, comme par exemple un scénario qui nous surprendrait. Reste un film très plaisant, fun et léger.

Vu en avant-première grâce au Club 300 Allociné

FICHE FILM
 
Synopsis

Votre fille sort avec un sale type ? Votre soeur s'est enlisée dans une relation passionnelle destructrice ? Aujourd'hui, il existe une solution radicale, elle s'appelle Alex. Son métier : briseur de couple professionnel. Sa méthode : la séduction. Sa mission : transformer n'importe quel petit ami en ex. Mais Alex a une éthique, il ne s'attaque qu'aux couples dont la femme est malheureuse. Alors pourquoi accepter de briser un couple épanoui de riches trentenaires qui se marie dans une semaine ?